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Ils sont plusieurs milliers de jeunes qui s’étaient mobilisés lors du déclenchement de la crise qui a occasionné la perte de notre souveraineté sur les 2/3 de notre territoire pour aller combattre les forces obscurantistes du Mnla, des jihadistes et autres narcotrafiquants.

Ils étaient regroupés au sein des mouvements d’autodéfense de Ganda-Koy, de Ganda-Izo, du Front de libération national (FLN) auxquels est venu s’ajouter le Mouvement Bellah pour la justice et l’équité dans le nord. La perte de l’autorité de l’Etat du Mali dans les trois régions avait fait vibrer la fibre patriotique de ces jeunes qui voulaient partir régler le compte à ces bandits armés qui semaient la terreur dans le septentrion malien. Pour ce faire, les responsables des différents mouvements avaient mis en place des camps d’entrainement pour ces jeunes à Sévaré. Ils ont donc passé des mois à être formés à l’art militaire dans des conditions très difficiles. En effet, c’est avec des haillons, pieds nus et affamés que ces jeunes ont appris l’art militaire dans l’optique d’aller se battre pour libérer nos régions du nord.

Maintenant que la paix semble revenir avec la signature de l’Accord préliminaire de Ouagadougou qui a permis la tenue de l’élection présidentielle à Kidal, la question qui se pose c’est de savoir le sort qui sera réservé à ces jeunes dans le processus de paix. Ils sont près de 4 000 jeunes pour le mouvement Ganda-Izo et 1 340 pour le FLN, en plus du mouvement Bellah pour la justice et l’équité qui a longtemps été marginalisé dans le cadre des débats nationaux.

Selon le président de Ganda-Izo, Ibrahima Abba Kantao, que nous avons rencontré, après la libération de nos régions, les jeunes de son mouvement ont quitté leur base à Soufouroulaye et sont répartis dans leurs localités de résidence. Il a expliqué qu’ils sont dans tous les cercles de la région de Gao et à peu près dans les cercles de Tombouctou. Pour lui, le recrutement dans l’armée n’est pas la seule alternative. Et d’ailleurs, a-t-il précisé, tous ces jeunes ne veulent ne veulent pas entrer dans l’armée. «Certains veulent retourner aux activités qu’ils pratiquaient avant. Il y a des bergers, des gens qui avaient leurs boutiques. Il s’agit simplement de trouver, conformément à l’Accord de Ouagadougou, les moyens de faciliter leur réinsertion socioéconomique afin qu’ils puissent reprendre une vie normale», a-t-il souligné. Avant de suggérer la création d’une police municipale qui va assurer la sécurité de la population et des biens dans leurs diverses localités. Pour lui, cela permettra de donner du travail à ces jeunes. Même son de cloche chez le Président du FLN, Amadou Abdoulaye Cissé, qui estime ses éléments à 1 340 après les premiers recrutements dans l’armée. Il a indiqué que ses jeunes sont en voie de cantonnement dans la région de Gao et à Niafunké dans la région de Tombouctou. Le FLN attend l’Etat malien pour ouvrir les discussions sur les modalités de leur réinsertion socioéconomique.

Pour sa part, le Mouvement Bellah fonde un espoir sur la refondation de l’Etat prônée par le président de la République. Car, regrette, Ag Intazoumé Moussa Dicko, Président du Mouvement Bellah pour la justice et l’équité, «s’il y a quelqu’un qui a besoin d’une refondation inclusive, c’est bel et bien le peuple Bellah, cela pour des raisons de visibilité et de lisibilité. Il ne manque pas d’atouts: numériquement, il est présent». A titre d’illustration, il a rappelé un écrit d’un explorateur français, Despnage, qui a écrit dans un livre intitulé «Acte des colloques scientifique africains tenus à Niamey au Niger en 1976-1977» où il souligne ceci: «le Bellah est un vieux habitant du Sahara profond. Il représente 95% de la communauté touareg». Il a martelé que cela a été confirmé par un recensement au temps colonial en 1949 où l’Administrateur de Tombouctou, à l’époque, écrivait au Gouverneur du Soudan à Koulouba que le peuple Bellah représente les 3/4 de la population totale du Gourma.

Et mieux, renchérit notre interlocuteur, le Bellah est un peuple travailleur. Pour preuve, l’architecture de toutes les villes touristiques du nord sont en grande partie leurs œuvres. C’est pour toutes ces raisons qu’il a protesté contre le fait que la communauté Bellah soit mise à l’écart des débats nationaux. Pour lui, cela est dû au pouvoir, à l’époque, qui faisait la politique de la communauté-phare. Dans le processus de réconciliation en cours, le Mouvement Bellah espère que le nouveau pouvoir fera une refondation inclusive. Car, a-t-il estimé, toute politique qui ne prendra pas en compte la règlementation des équilibres sociaux est vouée d’avance à l’échec, eu égard à l’aspiration croissante à plus de justice et d’équité, par ailleurs chères à IBK.

Youssouf Diallo

22 Septembre du 30 Septembre 2013