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Les négociations s’ouvrent aujourd’hui à Alger, entre la délégation gouvernementale conduite par le ministre Kafougouna Koné et celle de la rébellion du nord Mali, sous l’œil vigilant du Médiateur algérien. Cette rencontre est vue comme celle des concessions, seules conditions pour parvenir à une paix définitive.

Les représentants du gouvernement malien sont à Alger depuis hier soir. Aujourd’hui, commencent sous l’égide du Médiateur algérien, des négociations directes avec les rebelles du nord Mali. Ce serait une grande première depuis l’insurrection du 23 mai 2006, parce que même la signature de l’accord d’Alger n’avait pas occasionné une discussion directe entre le représentant du gouvernement malien et celui des rebelles.

Seule la signature de l’accord, le 4 juillet 2006, a donné lieu à une cérémonie symbolique où a eu lieu la poignée de main entre le Général Kafougouna Koné et Hamada Ag Bibi, dont la presse internationale s’est emparée des images.
Au cours de la présente rencontre, seront autour de la table, les trois parties, engagées dans le processus de paix auquel tous croient.

Il s’agit de la délégation malienne conduite par le ministre de l’Administration Territoriale et des Collectivités Locales, le Général Kafou-gouna Koné, des représentants de la rébellion menée par Ibrahim Ag Bahanga, le Colonel Hassane Fagaga, leur porte parole Hama Ag Sidi Ahmed, Ba Moussa Ag Mossa, le frère de l’Imam Mohamed Ag Mossa tué en même temps que le Commandant Barka.

Seront également là, le porte parole de l’Alliance du 23 mai, Hamada Ag Bibi, et bien d’autres, quand on sait que depuis ce double assassinat, certains membres touareg des unités spéciales ont regagné la rébellion, souvent avec l’émergence de nouveaux groupes armés.

Lors des présentes négociations, le rôle déterminant de facilitateur sera évidemment assuré par le Médiateur en la personne de l’Ambassadeur de l’Algérie au Mali, Abdel-krim Gheraieb. Ce dernier, pour préparer le terrain de sorte à n’oublier aucun détail, se trouve sur place à Alger. L’Ambassadeur a quitté Bamako depuis le lundi 14 juillet.

Grâce à un effort de médiation en amont, tous les groupes armés ont été convaincus de revenir à l’accord d’Alger et ils y sont effectivement aujourd’hui. Une concession que la partie gouvernementale doit comprendre comme un signal qui est attendu des deux côtés. Pour être clair, les représentants du gouvernement malien doivent s’inscrire dans une logique de concession.

Concéder et accepter le compromis, pour ne pas revenir les mains vides au pays. Les Maliens ne comprendraient guère que la paix soit repoussée à une autre échéance. Ils l’exigent ici et maintenant !

A Alger, il sera question d’évaluation de l’accord d’Alger depuis sa signature à maintenant. Les parties apprécieront ce qui a été réalisé et ce qui ne l’a pas été, afin d’arriver à une application effective qui passera certainement par la libération des otages et l’allègement du dispositif militaire au nord Mali.

Pour une paix négociée, les parties doivent éviter de se cramponner sur des positions figées. Pourquoi ne pas se ménager, concéder pour avoir la paix, du moment que personne, ni le gouvernement ni les rebelles, ne veut plus de la guerre.
A la date d’aujourd’hui, la rébellion détient quelques 92 otages militaires comprenant ceux pris par Ba Moussa lors de la dernière attaque d’Abeibara.

Au-delà des questions se rapportant aux otages et à l’allègement du dispositif militaire qui ne constitueront certainement pas des points de blocage, si les parties tiennent réellement à la paix, l’accélération du processus de développement des régions du nord sera à l’ordre du jour à Alger.

Pour réussir cette mission, la partie malienne conduite par le Général de Division Kafougouna Koné comprend Babaha-mane Maïga, Conseiller technique au département, le Contrôleur général de police Mahamadou Diagouraga, président du Comité de suivi de l’accord d’Alger, le colonel Mamadou Mantala Cama-ra du ministère de la Défense et des Anciens combattants, Moulaye Hamed Ould Moulaye Riggani, membre du Comité de suivi et Rhissa Ag Sidi Mohamed, personne ressource.

Cette délégation rejoindra sur place, Mamadou Magassouba, Ambas-sadeur du Mali en Algérie et le colonel Cheick Fanta Mady Maïga, attaché militaire à l’Ambassade, le Consul du Mali à Tamanrasset, le contrôleur général de police Namakoro Diarra qui prendront tous part à la rencontre.

A-t-on besoin d’évoquer ce que le Mali et son voisin du nord peuvent faire ensemble, par-dessus tout, dans l’intérêt de nos populations respectives ? La libre circulation des personnes et des biens, la lutte contre le trafic illicite, le terrorisme, etc…

Toutes choses qui expliquent la présence au Mali, depuis quelques jours, d’une délégation de généraux algériens pour le renforcement de la coopération militaire entre nos deux pays. Il y a quelques semaines, le ministre de la Défense du Mali, Natié Pléa, se rendait à Alger dans le même cadre. Cette coopération doit conduire à l’application des accords dans ce domaine, la lutte contre le trafic des armes et le terrorisme, l’organisation de patrouilles mixtes et unitaires le long de la frontière.

Le rôle du Médiateur ne doit pas s’arrêter à la proclamation de la paix entre les deux parties et la libération des otages. Après avoir mis tous les groupes armés en phase avec l’Alliance du 23 mai, signataire de l’accord d’Alger, le Médiateur doit maintenant veiller scrupuleusement à l’application de celui-ci, pour que ni Bahanga, ni un autre rebelle n’ait de brèche où s’engouffrer. Couper, en quelque sorte l’herbe sous les pieds des rebelles.

Ainsi doit on le souligner, l’accord d’Alger prévoit le retour à la situation antérieure à l’insurrection du 23 mai, en ce qui concerne le dispositif militaire. Il prévoit également la mise en place d’unités spéciales composées des éléments intégrés et des militaires de l’armée, sous la tutelle de la hiérarchie militaire du ministère de la Défense.

Tous les Maliens épris de paix doivent garder à l’esprit qu’il est temps d’arrêter la provocation de part et d’autre et de regarder dans la direction de la paix et du développement durable. Il est temps d’instaurer la confiance entre toutes les parties.

Car une grande méfiance s’est installée de part et d’autre depuis l’assassinat odieux du Commandant Barka. L’armée peut ne pas être en cause, contrairement à ce que certains pensent ; le gouvernement doit mettre en place une commission d’enquêtes pour élucider la vérité. S’il y a des éléments zélés de l’armée, agissant de leur propre chef, qu’ils soient jugés. Si non blanchis.

En outre, la question cruciale de l’instauration de la paix reste liée à celle du développement de la région nord que la nature n’a pas favorisée. Il convient pour l’Etat malien de déclarer la bataille pour le développement de cette région qui a ses spécificités. La paix durable en dépend.

(A suivre)

B. Daou

Le Républicain du 17 Juillet 2008