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Le procès des présumés casseurs a débuté avant-hier dans différentes juridictions du District où ont été perpétrés les saccages. Ce procès vient à point nommé quand on sait que les uns et les autres avaient déploré la faiblesse de l’autorité de l’Etat. Par ailleurs, malgré la grande passion qui était dans l’air à la veille du match, on ne s’attendait pas à ce que les manifestations de mécontentement conduisent à de tels dégâts qu’il faut le reconnaître, ne justifient pas la défaite.

L’INCIVISME

L’incivisme est une gangrène de notre processus démocratique dans la mesure où beaucoup de citoyens pensent encore qu’ils peuvent continuer à fouler au pied les lois de la République démocratique. S’attaquer aux biens d’autrui pour les détruire est un acte de vandalisme qui ne doit pas rester impuni.

En effet, c’est très facile de porter préjudice aux biens matériels de l’Etat et des particuliers au motif qu’on est mécontent, que son équipe a perdu un match.

Cela ne relève ni plus, ni moins que de la délinquance. S’agissait-il des nostalgiques des événements de Janvier à Mars 1991, au cours desquels certains n’avaient d’autre souci que de s’accaparer des biens d’autrui, ou de ceux qui espéraient de cette manière parvenir à une déstabilisation du pouvoir et qui seraient derrière les casseurs ?

Une chose est sûre, 1991 est différent d’aujourd’hui, les réalités ne sont pas les mêmes tant au plan politique économique que social. En effet, à l’issue des événements de Janvier à Mars 1991, c’est le régime défunt qui a assumé toutes les responsabilités des tueries et des dégâts matériels.

Aujourd’hui, dans le cas des casses sauvagement perpétrées à l’issue du match Mali -Togo, ce sont les présumés casseurs qui sont à la barre pour répondre de leurs actes inacceptables dans un Etat de droit. Il est temps que l’on comprenne que le processus démocratique a beaucoup évolué et qu’il faudra que les uns et les autres acceptent de suivre cette dynamique qui est la voie royale des progrès socio-économiques et politiques. Nous n’avons pas intérêt à revenir toujours à la case départ en démolissant ce qui a pu être réalisé jusqu’ici.

LA VALEUR PEDAGOGIQUE DU PROCES

Le procès des présumés casseurs suite au match du 27 Mars est très significatif. A la fois une exigence de la démocratie, il répond également à la demande des acteurs politiques, et de la société civile adressée aux pouvoirs publics afin que ceux-ci travaillent à rétablir l’autorité de l’Etat contre l’argument soutenu par certains qui tentent de justifier des actes de violence par l’état de dénuement des populations.

Les casses ne sauraient être le moyen de résoudre la pauvreté des populations. Les casses perpétrées traduisent non pas la passion du Malien pour le football, mais la faiblesse de l’autorité de l’Etat décriée depuis l’ouverture démocratique, l’incivisme des populations.

Ainsi, à partir de ce procès, tous devront être convaincus que dans une République démocratique il existe des lois qui protègent les propriétés de tous les membres de la société et que lorsqu’on s’en prend à ces biens, on a affaire à la justice. Les casses du 27 Mars ont aussi démontré qu’au sein de notre société il y a des gens qui ne cherchent que des situations de trouble pour tenter d’en tirer profit.

Comme les acteurs politiques lors du meeting du samedi dernier l’ont si bien dit  » plus jamais ça au Mali »; il faudra que tous se tournent résolument vers la construction nationale, bannissent pour de bon la violence sous toutes ses formes. C’est à ces conditions seulement que les acquis de notre processus démocratique seront préservés pour le bonheur de tous les Maliens.

Moussa SOW

13 avril 2005