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Assignées en justice pour les conséquences dommageables de leurs activités sur l’environnement, les sociétés d’exploitation minières installées au Mali, au lieu de préparer leur défense, tentent aujourd’hui de faire un lavage de cerveau à travers une véritable propagande organisée autour de leurs réalisations sociales sur le terrain.

L’Association « Action pour l’environnement et la santé (APES), leur réclame 150 milliards de Fcfa.

C’est en effet à la veille du procès, c’est-à-dire le jour où le juge des référés de la Commune II du District de Bamako devait se prononcer sur la requête introduite par les avocats de l’association «Action pour l’environnement et la santé» (APES) aux fins de désignation d’un huissier et d’un expert que les sociétés minières prises de panique ont organisé une conférence de presse pour noyer le poisson dans l’eau.

Pourquoi l’action en justice de l’APES fait-elle tant trembler les sociétés minières ? Les miniers ont-ils réellement quelque chose à cacher ? Ce qui est sûr malgré le fait que le juge des référés se soit déclaré incompétent, cette procédure judiciaire va continuer son petit bonhomme de chemin devant le juge du fonds.

D’ailleurs, de sources judiciaires, le juge de la mise en état va se saisir de ce dossier le 12 juin prochain.

C’est un passage obligé avant le procès proprement dit car notre code de procédure civile prévoit en la matière que c’est le juge de mise en état qui est chargé d’organiser les échanges des conclusions et des pièces entre les avocats des deux parties. Ce qui est d’ailleurs conforme au principe sacro-saint du contradictoire.

Seulement au lieu de deux mois de délai légal prévu pour la transmission de l’intégralité du dossier au juge du fonds, la demande de l’APES pour la désignation d’un huissier et d’un expert chargés d’aller constater les conséquences dommageables de l’activité minière sur le terrain risque de faire traîner la procédure en longueur.

Et selon les conseils de l’APES, Me Mamadou Camara et Cheick Oumar Konaré aucun sacrifice n’est de trop pour contraindre les sociétés minières à réparer les dégâts à grande échelle causés au peuple malien.

Ces derniers promettent à travers des témoignages accablants à la barre de prouver que les 150 milliards de F Cfa qu’ils réclament aux sociétés minières sont proportionnels à la gravité des dommages.

En effet, selon eux, nous assistons aujourd’hui à une violation flagrante des droits à l’environnement, à la santé en un mot aux droits humains tout court.


Ce que l’APES reproche aux sociétés minières

Dans leur requête en réparation de dommage introduite le 12 mai 2008 devant le tribunal de première instance de la Commune II du District de Bamako, l’association «Action pour l’Environnement et la santé» soulève entre autres les griefs suivants : une dégradation accélérée et irréversible de l’environnement dans les zones d’exploitation minières et leurs alentours.

Ce qui se traduit par une quasi-disparition de la faune et de la flore. Toute chose qui est de nature à compromettre l’avenir socioculturel des populations.

Un argument d’ailleurs conforté par certaines études scientifiques qui ont montré que «l’usage du cyanure a pour effet de compromettre la fertilité des sols pour au moins sept générations».

La raréfaction des gibiers avec l’exploitation de l’or. En effet, les zones aurifères du Mali qui étaient jadis des zones verdoyantes et des zones de chasse et de pêche par excellence sont aujourd’hui devenues à cause de l’utilisation du cyanure et d’autres produits hautement toxiques nuisibles à la santé des populations des zones inhabitables.

La contamination des eaux souterraines notamment de la nappe phréatique dans les zones minières. Avec l’utilisation abusive des produits hautement toxiques, les cours d’eau dans les zones aurifères sont contaminés.

Ce sont tous ces constats qui ont conduit à la création de l’association «Action pour l’environnement et la santé» (APES) qui regroupe aujourd’hui des Maliens de tous les horizons, des victimes de l’exploitation minière, des citoyens excédés et révoltés par l’attitude des sociétés minières.

Face à ce désastre écologique, on est en droit de se demander de quoi vont vivre les populations après la fermeture des mines ? Avec des sols infertiles, des eaux polluées, le bétail et le gibier menacés d’extinction, ces populations ont un avenir plus que sombre.

Elles sont surtout exposées aux effets des produits toxiques utilisés par les sociétés minières qui créent de nombreuses pathologies notamment le cancer et l’air pollué. Est-il besoin de rappeler que le cyanure et le sulfure couramment utilisés dans les mines sont extrêmement dangereux pour la santé. L’augmentation exponentielle du taux d’accouchement et de fausses couches en est une des manifestations.

Avec l’extraction à ciel ouvert de l’or malien qui est le moins cher et le plus rentable d’Afrique, cet or ne brille pas cependant pour les travailleurs. Ils sont en effet soumis à des conditions de travail extrêmement difficiles, occasionnant d’importants problèmes de santé et de nombreux accidents.

C’est pour toutes ces raisons que les avocats de l’APES avaient demandé au juge des référés la désignation d’un expert pluridisciplinaire pour éviter les risques de disparition des preuves matérielles.

Ce dernier s’étant déclaré incompétent, les avocats de l’APES comptent soumettre la même requête au juge du fonds. Selon eux, leur démarche n’est pas de contester mais de démontrer que leur demande n’a rien de fantaisiste. Des gens sont morts de ces agissements, il existe des victimes directes et indirectes dont l’avenir socio-économique est aujourd’hui assombri.

Au lieu de se préoccuper du sort de ces derniers, les sociétés d’exploitation minières installées au Mali se comportent comme en terrain conquis «parce qu’elles ont construit des écoles, des routes, créé des emplois».

Voilà le problème juridique soumis à la justice malienne qui fait tant trembler les sociétés minières aujourd’hui. Habituées à gérer les revendications syndicales des travailleurs, les sociétés minières font face pour la première fois à une procédure judiciaire en réparation des conséquences désastreuses de leurs activités minières sur les populations.

C’est même une première en Afrique de l’Ouest. Le montant du préjudice, (150 milliards de F Cfa) est aussi très élevé et les griefs soulevés très pertinents. Si donc la justice malienne suit l’APES dans sa requête, il est évident que leurs marges bénéficiaires vont conséquemment diminuer. Et c’est ce qui fait trembler les miniers aujourd’hui.


Birama Fall

02 Juin 2008