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Les douloureux évènements du 27 mars dernier auront sidéré plus d’un Malien. En effet, de Yaoundé 72 à nos jours, l’on n’a jamais assisté à des actes de vandalisme d’une telle ampleur. Jusque-là, on avait vu des supporteurs surexcités s’attaquer à des feux de signalisation et à des symboles de l’Etat. Mais jamais ils ne s’étaient attaqués à des édifices privés, à de simples passants ou à des étrangers. Jamais ils ne se sont livrés sans scrupules à des viols collectifs.

Ces actes de vandalisme d’une violence et d’une gravité inouïes ont ces derniers temps donné lieu à toutes sortes de spéculations. En effet, chacun de son côté a tenté de donner des explications aux casses. A commencer par la thèse islamiste. Le fait que des bars restaurants aient été la cible privilégiée des vandales donnait, selon certaines personnes, à réfléchir. Qui peut en vouloir aux bars restaurants, s’interrogeaient-elles, si ce ne sont des islamistes ? Les faits reprochés aux islamistes étaient d’autant plus vraisemblables qu’ils sont connus pour leur aversion contre la prolifération des bars restaurants.

La communauté musulmane, qui s’est sentie indexée par ces accusations graves, a tantôt réagi à travers le Haut Conseil Islamique. En effet, dans une déclaration lue à la télévision nationale, le HCI avait condamné les actes de vandalisme du 27 mars et s’était défendu en soutenant que ce qui s’est passé au cours de cette nuit de folie n’avait rien à voir avec l’islam. Malgré ce démenti formel, la piste islamiste poursuivait son petit bonhomme de chemin, à telle enseigne que le pays était sous menace d’une guerre de religion.

A cette piste islamique était venue se greffer la piste politicienne. En effet, beaucoup étaient fondés à croire que des politiciens étaient derrière les évènements du 27 mars. Leurs arguments ? Les actes de vandalisme du match Mali-Togo sont intervenus dans un contexte de remise en cause de consensus politique actuel. Selon cette thèse, des forces politiques hostiles au régime actuel étaient derrière les casses. Celles-ci s’activaient, selon toute vraisemblance, à salir l’image du président ATT en amenant des citoyens à fouler au pied l’autorité de l’Etat.

Ces forces politiques étaient censées s’appuyer sur cette défaillance du régime en place pour en faire leur mot d’ordre de campagne en 2007. Longtemps tapies dans l’ombre, elles attendaient l’occasion inespérée offerte par les casses du 27 mars pour passer à l’acte. Cette hypothèse avait emporté la conviction de certains compatriotes étant donné que les douloureux évènements ont eu lieu à un moment où des responsables politiques tiraient à boulets rouges sur Koulouba. Des hommes politiques en veulent certes au chef de l’Etat, mais en viendraient-ils à cette solution extrême ?

Les adeptes du drame sociétal étaient également de la fête. Ils ont fait valoir que les actes de vandalisme du 27 mars trouvent leur explication dans la cherté de la vie, le chômage, la pauvreté généralisée, l’absence de perspectives pour la jeunesse. Bref, le pays va socialement mal. Il est sur répondeur comme le dirait l’autre. Toute chose qui a amené les jeunes à se défouler sur le District à la fin du match Mali-Togo. De ce point de vue, les casses du 27 mars seraient l’expression de la détresse juvénile. Pour les adeptes de cette thèse, les évènements du 27 mars sont à analyser comme un signal fort à l’endroit du président de la République plus que jamais appelé à remettre les pendules à l’heure. Enfin, d’aucuns sont allés jusqu’à émettre l’idée d’une tentative de coup d’Etat.

Cependant, on aura constaté que la justice a balayé d’un revers de main toutes ces fausses pistes en retenant le lundi dernier contre les casseurs l’obstruction à la circulation, l’atteinte aux biens publics et privés, incendie volontaire… En effet, en rendant leurs décisions, les tribunaux de la commune II, V et VI ont mis fin aux spéculations et aux amalgames compromettants. Il est à espérer que cette décision judiciaire sera acceptée par tous. Comme quoi, la justice est facteur de paix et de stabilité sociale.

Car au rythme où allaient les choses, le pays risquait de se retrouver au bord du chaos. Mais la solution judiciaire fera-t-elle l’unanimité ? C’est moins sûr quand on sait que d’aucuns parlent déjà d’affaire politico-judiciaire.

En tout cas, dans cet imbroglio, la justice, bien qu’elle soit tant décriée par les temps qui courent, a su jouer sa partition en se limitant à réprimer les faits soumis à son appréciation. Les différentes pistes avancées avant même le jugement de l’affaire étaient des peaux de banane à éviter soigneusement. En entrant dans des considérations islamistes, politiques ou de coup d’Etat, la justice serait passée à côté de sa mission.

Samou KONE

15 avril 2005