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Au Mali, selon les services en charge des eaux et forêts, 300 à 400 ha de forêt sont dévastés illégalement par an dont plus de 100 ha pour la seule région de Koulikoro. L’exploitation du bois de cuisine et du charbon de bois dépasse les seuls besoins ménagers pour devenir une profession lucrative à part entière. De la hache, on est passé aux tronçonneuses et des charrettes attelées aux ânes et aux camions remorques.

En janvier 2012, le conseil communal de Keme-Kafo a tenu une réunion élargie aux chefs de village pour dégager les voies et moyens susceptibles de circonscrire le fléau. Lundi dernier, dans une lettre adressée au chef de cantonnement forestier de Dioïla, Chaka Coulibaly, il est question d’une nouvelle race de jeunes opérateurs dans le commerce de charbon, dotés de moyens sophistiqués et de nouvelles techniques de carbonisation du bois.

Véritables prédateurs de l’environnement, notamment dans la Commune de N’Gara, ces jeunes n’auraient aucun respect pour les chefs de villages, ne laissant que des ronces et des écorces sur leur passage. Le préfet de Dioïla, le sous-préfet et le maire ont reçu copie de la correspondance à laquelle fut jointe une liste de conseillers participants à la pétition.

Contacté, le chef de cantonnement forestier a dit avoir reçu certains élus et s’est inscrit en faux contre la coupe abusive du bois dans les communes citées.

« La loi n°10-028 du 12 juillet 2010 interdit l’exploitation incontrôlée du bois, s’est-il défendu. A notre niveau, nous n’avons délivré aucun permis d’exploitation dans les zones non délimitées. Cependant, nous rencontrons des problèmes de divers ordres : nous ne disposons que de deux agents pour les 6 communes de Kaladougou et un seul agent couvre 67 villages dans 5 communes. Depuis un certain temps, nous avons été saisis par les élus de la localité à qui j’ai d’ailleurs remis mon numéro de téléphone à toutes fins utiles, en cas de délit constaté.

Avec seulement 2 agents pour 86 villages, nous sommes obligés de louer souvent un véhicule pour nos missions quand le nôtre est en panne. Seul dans l’arrondissement central de Falacono, il existe une zone délimitée. Pour qu’une zone soit délimitée, il faut l’accord du maire et du chef de village. La procédure administrative implique également les services des eaux et forêt, de l’élevage et de l’agriculture, sous l’égide de la préfecture. La vigilance est de rigueur et tous ceux qui ont été pris ont été verbalisés pour plus de 100 000 F CFA. Toutefois, la déforestation ne se limite pas à la seule carbonisation mais également au défrichement qui a cours souvent et dont personne ne fait pourtant cas ».

De l’avis de son chef de poste, Mamadou Kané, « toute exploitation doit se faire dans un massif délimité. Dans nombre de villages le phénomène a été circonscrit, notamment à Téména, Tienfola, N’Goloténa, Bodioli, Bedia, Tongola, villages frontaliers de Falacono où se trouve la seule zone d’exploitation légale de la commune. Le maire de Keme-Kafo, Mamourou Sidibé nous a même félicités pour nos résultats perceptibles dans sa commune. Nous sommes unanimes pour dire que les exploitants de bois sont en complicité avec les populations elles-mêmes».

Ailleurs, la réalité est moins reluisante quand on sait que des ponts en bois ont été érigés par des conseils communaux en échange d’un certain nombre de voyages accordés aux exploitants de bois. Une école rurale aurait même été équipée en tables-bancs par les exploitants de bois, avec l’aval des élus locaux contre la permission d’exploitation des arbres dans leur localité.

Le spectacle de la déchéance de leur environnement et le peu de ressources financières qui en résultent pour les maires expliquent-ils cette volte-face des élus communaux ? Effectivement, à en croire certains conseillers, sur 30 millions de F CFA de recettes réalisées par ces commerçants de charbon – qui drainent chaque jour des tonnes de charbon vers la capitale – ceux-ci ne rétrocéderaient que 150 000 F CFA dans lesquels 30 000 francs seulement sont perçus par la mairie. D’où la tension actuelle entre population et exploitants de bois, le plus souvent ressortissants des mêmes zones et l’effilochement du tissu social qui risque de rompre à tout moment.

Le conseil communal de Keme-Kafo, à l’analyse, doit collaborer avec le service des eaux et forêts pour repérer tout auteur de coupes abusives des arbres. A noter que cette dernière est félicitée chaque année par la hiérarchie et l’Amader pour ses recettes de transactions colossales, le sérieux de ses agents et ses réalisations. Ceci expliquant cela, ne sommes-nous pas en droit de mesurer l’ampleur de cette exploitation incontrôlée au prorata des recettes de transaction ?

Mahamane Imrane Coulibaly

(correspondant local)

Le 20 Février 2012