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Alors que des millions de Maliens, de Bamako à Kidal, manquent cruellement d’eau potable, les autorités ont encore avoué leur « inertie » face à la pénurie qui frappe de plein fouet notre pays. L’eau est une denrée rare dans beaucoup de localités du Mali, et pourtant, pour la énième fois, des mesures « salvatrices » sont annoncées.

La troisième édition du Salon international de l’eau (Sideau) 2008 vient d’ouvrir ses portes. La cérémonie d’ouverture a été notamment marquée par de beaux discours et de belles promesses, qui, à n’en pas douter, ont convaincu nos compatriotes de l’aveu et l’incapacité des responsables à mettre cette précieuse denrée à la disposition de tous, du moins dans la capitale en premier lieu.

« Nous entendons la même promesse depuis belle lurette, mais la situation s’empire de jour en jour.

Combien de gens sont tombés malades à cause de la consommation d’eau sale dans cette même capitale ? Combien de gens sont handicapés par la quête de ce désormais luxe pour nous ? Et dire que ce sont les belles phrases et de larges promesses jamais concrétisées qui vont nous sortir de ce calvaire, nous ne le croyons aucunement
», tranche un habitant de Sabalibougou.

De beaux engagements, il en a été entendu sur les antennes des médias d’Etat dans la bouche du ministre des Mines, de l’Energie et de l’Eau, Ahmed Sow. Celui-ci s’est fièrement présenté comme le maître de la situation, le sauveur des Maliens, reconnaissant d’abord l’inexploitation de l’immense potentialité dont dispose le Mali en matière d’eau. En effet, notre pays a à son entière disposition 70 milliards de m3 en période humide et 30 milliards de m3 en période sèche.

Et dire que l’eau que nous utilisons représente moins de 4 % de cette aubaine que nous avons. Le calvaire des Maliens n’est donc aucunement lié à l’insuffisance des sources d’eau. Bien au contraire, nous avons des possibilités hydrauliques beaucoup plus supérieures à celles des pays comme le Burkina Faso, qui s’en sort mieux que nous à travers un lac artificiel. « Vous voyez cet immense cours d’eau qui vient et qui repart sans que rien ne soit fait pour la maîtriser et l’exploiter judicieusement afin de répondre à nos multiples besoins. Que de gâchis ! », a déploré un responsable local de l’Union mondiale pour la conservation de la nature (UICN) en faisant allusion au Delta intérieur du Niger.

Le mépris des menaces

La déception est par conséquent perceptible chez les populations par rapport aux engagements pris par le ministre. « Ce n’est pas la réalisation de forages et de stations, annoncée maintes fois qui doit servir de faux-fuyant au ministre. Nous voulons maintenant des actes concrets et non des discours. Nous sommes à bout de souffle et nous ne pouvons plus interrompre nos sommeils et parcourir des kilomètres pour avoir de l’eau. Peu de grâce pour nous populations de la capitale ! », a crié un habitant de Niamakoro. « L’optimisme démesurée » du ministre, contraste cruellement avec les réalités dans la cité des trois caïmans. Ne parlons même pas des zones de l’intérieur.

Le ministre des Mines, de l’Energie et de l’Eau, qui compte concrétiser le volet eau du Programme de développement économique et social (PDES) du président de la République, a superbement ignoré les menaces qui guettent nos sources d’eau, sans la prise en compte desquelles, aucune œuvre viable ne peut être entreprise. Le cas du fleuve Niger est plus qu’édifiant.

La baisse de la pluviométrie a conduit à un ensablement croissant et à une diminution du renouvellement des eaux. La réduction des pluies, conjuguée à une exploitation intensive des eaux, conduit à une dégradation de la qualité des eaux du fleuve. Les principales industries et activités locales y rejettent aussi leurs eaux usées.

Selon des estimations, des milliers de m3 d’eaux usées sont rejetées chaque jour dans le fleuve sans aucun traitement. Un piètre constat avait déjà été posé. Depuis, c’est pire. L’exploitation des eaux s’est intensifiée. Le rejet d’eaux usées s’est logiquement accentué. Demandes et rejets sont croissants, mais aucune conscience publique ne s’est réellement organisée. Le simple citoyen ne peut que constater l’insécurité de l’approvisionnement en eau à son grand dam.

Ogopémo Ouologuem
(stagiaire)

04 Mars 2008.