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L’avènement du général Amadou Toumani Touré au pouvoir avait suscité beaucoup d’espoir car les enfants, les jeunes et les femmes occupaient théoriquement une place importante dans son programme. Au regard du résultat du 1er mandat et le début de ce second et dernier mandat, l’espoir s’amenuise.

Et pourtant le sommet Afrique – France, tenue dans notre capitale en fin 2003, réveilla encore auprès de la jeunesse africaine en général et celle du Mali en particulier un autre espoir de prise en compte de ses préoccupations tant le thème et les recommandations issues de ces assises répondaient aux aspirations de cette couche de la population.

Mal nous en a pris car ce sommet a été un de plus dont les recommandations sont tombées dans les oubliettes à l’instar des assises précédentes. Ledit sommet qui se résume en défilé de chefs d’Etat, rencontre de haut niveau, élaboration de recommandations, et rendez-vous pour un prochain sommet sans suivi efficace des recommandations.

Malgré cette situation, par rapport à la promotion des jeunes, les efforts du panafricanisme Abdoulaye Wade forcent l’admiration. Ce dernier déclarait, au lendemain du sommet, que le Sénégal était en avance sur beaucoup de pays africains avec le plus jeune ministre africain et plus de 25% des députés qui avaient moins de 35 ans, des projets et programmes de plusieurs milliards de F CFA pilotés par des jeunes avec l’accompagnement des aînés. Dans notre pays, il est regrettable que la promotion des jeunes manque de lisibilité.

Pire, on assimile la jeunesse au sport à tel point qu’on estime qu’il ne peut y avoir meilleur cadre à la tête du département de la Jeunesse qu’un président de fédération qui fait de bons résultats dans son domaine. Ces résultats sont encourageants et toutes nos félicitations à monsieur le président de la Fédération malienne de basket-ball et actuel ministre de la Jeunesse et des sports.

Avec tout le respect que j’ai pour le ministre de la Jeunesse et en espérant qu’il sera à hauteur de mission, les considérations qui ont prévalu à son choix sont de nature à reléguer au second plan les activités de promotion des jeunes outre que le sport.

Nous espérons que cette nomination n’entraînera pas de difficultés entre différents présidents de fédération dont celui du basket doit désormais être perçu par ses pairs comme leur ministre de tutelle.

Malgré les tapages médiatiques, la réponse à certaines interrogations permet d’édifier sur les réalités de la promotion des jeunes au Mali. Ainsi :

1) Combien de jeunes ont accès à une formation de qualité?

2) Combien de jeunes ont accès à l’emploi et à quel type d’emploi ?

3) Pour ceux qui ont accès à l’emploi, quel est leur niveau de responsabilité dans leur service respectif ?

4) Combien de ministres, secrétaires généraux de ministère, directeurs centraux, chef de projet et programmes ont moins de 40 ans ?

5) Combien de jeunes diplômés ou non prennent le chemin de l’aventure à la recherche d’un mieux-être ?

A l’instar des autres couches de la population, il est évident que tous les jeunes ne sont pas compétents, mais c’est en accordant la confiance à quelques-uns qu’on pourra mieux apprécier leur capacité.

En plus de la responsabilité de l’Etat dans cette situation, il y a celle des partis politiques qui pensent majoritairement qu’il y a un âge pour occuper un poste de responsabilité. Cette classe politique qui ne fait appel aux jeunes que lorsqu’il s’agit de mobiliser à des fins électoralistes.

La mauvaise formation, le sous-emploi et la sous responsabilité des jeunes ne sont pas nécessairement la faute aux autres. Une grande part de cette situation incombe aux jeunes eux-mêmes dont une frange importante pense trouver dans les clubs de soutien aux autres, le Conseil national de la jeunesse un tremplin pour leur ascension socioprofessionnelle.

Il est important pour nous jeunes de comprendre que nul ne sera convié au banquet qu’il n’aurait mérité et qu’il est de notre devoir d’accomplir notre mission historique de participation effective aux efforts de développement de notre pays.

Pour sortir de cette situation, il est urgent d’élaborer, de façon participative, une vraie politique de promotion des jeunes assortis de programmes et de plan d’action à court, moyen et long termes. En fonction des problèmes de la jeunesse, il reviendra de proposer des solutions appropriées.

Du milieu rural à l’urbain, du diplômé au non diplômé, tout le monde doit être pris en compte.
Un tel programme mettra la jeunesse à l’abri de la précarité comme le cas des stagiaires de l’A.P.E.J (Agence pour la promotion de l’Emploi des Jeunes) au niveau de l’administration.

Il est impératif pour notre pays aujourd’hui d’identifier des actions prioritaires et les moyens correspondants pour la promotion des jeunes avec une mise à jour périodique en fonction des réalités nationales et internationales.

L’APEJ (Agence pour la Promotion de l’Emploi des Jeunes), le PNAE (Programme Nationale d’Action pour L’Emploi), et l’ANPE (Agence Nationale Pour l’Emploi), le FARE (Fond Auto renouvelable pour l’Emploi) dans leur structuration actuelle pourront difficilement donner de résultats satisfaisants.

La confusion dans les missions de ces structures de création et de promotion de l’emploi compromet dangereusement leurs activités au dépens de la jeunesse. Chaque structure se battant pour mieux se positionner sur la scène. Loin de moi toute idée de conflit de génération mais, en tant que citoyen jeune, il s’agit d’apporter mon point de vue au débat pour la construction d’un Mali compétitif dans un contexte de mondialisation.

En attendant que le gouvernement se ressaisisse, et que les jeunes prennent conscience, je félicite et encourage Mme Diabaté Fatoumata Guindo – née en 1973 – qui représentera toute la jeunesse dans ce gouvernement dont la moyenne d’âge est largement supérieure à 50 ans.

msoibou@yahoo.fr

Bamako

29 octobre 2007.