Partager

Ce serait une prétention démesurée que de vouloir mener dans les colonnes d’un journal une analyse exhaustive et détaillée de la question de la paix dans la région des grands lacs notamment au Tchad, le Soudan, en République Centrafricaine, au Congo Brazzaville, en République Démocratique du Congo.

Cela est d’autant exact que cette région de l’Afrique n’a jamais vécu sans les troubles à caractère militaire. Ainsi hier, comme aujourd’hui, les hommes ont crépité et crépitent toujours au Tchad, au Congo Brazzaville, en République Démocratique du Congo (RDC), au Rwanda, le Burundi. On pourrait même dire qu’à compter des guerres de conquêtes coloniales, les armes ne se sont jamais tues en Afrique.

Au compte de la colonisation, citons tout simplement les guerres menées au Congo Belge par les troupes coloniales d’abord contre Patrice Emery Lumumba et ensuite contre Pierre Mulélé.

Sans vouloir ouvrir ici une page d’histoire, rappelons que le Congo Belge a accédé à l’indépendance le 30 Juin 1960. Une semaine plus tard la lutte armée par Lumumba éclata le 10 Juillet, l’armée Belge s’abat sur Elisabethville et Luluabourg. Le 12 Juillet les troupes Belges débarquent à Matadi.

Le 12 et le 13 Juillet (toujours en 1960) 2000 soldats Belges occupent l’Aéroport et le centre de Léopoldville. Moïse Tshombé se proclama président du Katanga. Les Belges possédèrent ainsi à la formation d’une gendarmerie de véritables mercenaires pour soutenir Tshombé, le même 13 Juillet les troupes Belges furent mises à la disposition de Tshombé pour mater le peuple laborieux du Congo. Les casques bleus de l’ONU appelés par Lumumba n’ont fait que piétiner au lieu d’agir.

Mais il ne pouvait en être autrement quand on sait que ces casques bleus sont envoyés au Congo pour défendre les intérêts capitalistes occidentaux. C’est plus tard le 21 Février 1961 que le secrétaire général des Nations Unies a ordonné aux troupes Belges d’évacuer le Congo et en particulier la région du Katanga.

Lumumba a ainsi opté pour la lutte armée. Des villages entiers furent ravagés. Plus de 7000 victimes congolaises taxées de rebelles par l’un des bras droit de Tshombé en la personne de Pierre Davister. Tirant tous les enseignements de cette indifférence de l’ONU, Lumumba a mobilisé l’Association des Nationalistes du Congo (ANC) pour engager le combat contre les ennemis du peuple congolais.

En complot contre le peuple laborieux du Congo, les forces de l’ONU et l’Ambassade Américaine ont décidé de ce qui suit : »le conseil de sécurité adopte une résolution stipulant que les troupes de l’ONU restent en marge de tout conflit d’ordre intérieur« .

C’était le 8 Août 1960. Comme on le voit donc, l’ONU considérait l’occupation Belge du Congo notamment du Katanga comme « une affaire intérieure ».

C’est dans la tumulte des événements qu’une filiale américaine de la société générale a poussé Albert Kalonji (un riche congolais antinationaliste) à proclamer l’indépendance de l’Etat minier du Kasaï. Comme pour dire qu’hier, comme aujourd’hui d’ailleurs, le capitalisme monopoliste avait ses valets nationaux, ses rallonges au Congo. Dès lors Lumumba ne pouvait plus compter que ses propres forces contre les comploteurs du Katanga et Sud Kasaï.

Le 26 Août 1960, les troupes de Lumumba occupèrent la capitale du Kasaï alors appelée Bakwanga. Sur ordre des américains , le colonel Mobutu cesse l’offensive victorieuse sans consulter personne, ni Lumumba, ni le chef d’Etat Major de celui-ci, ni le général Lundala lui-même commandant de toutes les armées. Pour prouver une fois pour toutes aux congolais qu’ils est à la solde des intérêts étrangers, Mobutu décréta avec l’ONU quelques semaines plus tard le cessez-le-feu au Katanga pour stopper l’avancée des Lumumbistes et cela en vue de sauver l’Etat fantoche de Tshombe d’un effondrement imminent.

Le 5 Septembre 1960, le président Tshombe a dissout le gouvernement de son 1e ministre Lumumba et ordonna aux soldats de l’ANC de déposer les armes. Le 14 Septembre Mobutu organisa son 1er coup d’Etat pour éliminer Lumumba.

Celui-ci fut assigné en résidence surveillée des casques bleus de l’ONU. Lorsqu’il a voulu rejoindre le siège général de l’ANC à Stanleyville, il fut pris en chemin pas les hommes de Mobutu qui le livrèrent à Moïse Tshombé.

Son sort est désormais scellé. Il appela ses compagnons d’armes à poursuivre la lutte armée jusqu’à la victoire finale sur les traîtres congolais et leurs supports étrangers. Dans sa dernière lettre à ses camarades voici ce que Lumumba a dit: « je sais et je sents au fond de moi-même que tôt ou tard, mon peuple se débarrassera de tous les ennemis intérieurs et extérieurs, qu’il se lèvera comme un seul homme pour dire non au colonialisme dégradant et honteux et reprendre sa dignité sous un soleil pur ».

Notons au passage que Karl Marx avait bien dit auparavant que le prêtre (le religieux) est soit du coté du peuple contre le roi ou coté du roi contre le peuple.

Ce fut le cas du prêtre du Congo le sieur Mulula contre le peuple congolais et contre Lumumba lorsqu’il a fait lire le 17 Juillet 1960 dans ses églises ce qui suit: «  mes chers frères (s’adressant aux congolais) quand dans un pays la liberté d’information n’existe plus; on ne parle plus de démocratie. Or, la dictature mène à l’esclavage, à l’asservissement de l’homme par l’homme(…) fiers et jaloux de vos droits nouvellement acquis, montrez que vous n’êtes par mûrs pour une nouvelle forme d’esclavage« .

Comme on le voit donc, ce prêtre Malula n’était pas au Congo pour prêcher l’amour, la justice, la paix au nom du christ, mais pour défendre les intérêts Belges et ceux des valets locaux de l’impérialisme que furent Moïse Tshombé et Mobutu. Signalons au passage que les gendarmes Katangais commandés par une base militaire Belge ont durement réprimé les Lumumbistes du Balubakat. Retenons donc que cette section des gendarmes Katangais était la perpétuation de la domination coloniale Belge.

A la mort de Lumumba dans des conditions atroces que nous ne rappellerons pas ici, Pierre Mulélé a pris le flambeau de la lutte nationaliste contre les ennemis intérieurs et extérieurs du peuple congolais en réaction à la mort de Patrice Emery Lumumba alors qu’il se trouvait au Caire en Egypte, Pierre Mulélé (dénommé seconde vie de Lumumba) a dit ceci: « la mort ne prend jamais au dépourvu celui qui consacre sa vie à la révolution » .cette inspiration lui venait des propos que Lumumba lui tenait un jour sur le chemin de Stanleyville: « mes frères se laissent si facilement tromper. Je crois que ma mort vaut la peine, pourvu que mes frères, enfin, comprennent… ».

C’est ainsi que Mulélé, en déplacement au Caire a reçu le 13 Juillet 1961 la nouvelle de la mort de son compagnon de lutte Lumumba. C’est dire donc que Pierre Mulélé avait à quoi s’en tenir. Il décida retourner au sein de sa population fort de cet adage de chez lui. « Lorsqu’un crapaud entre dans son trou, un serpent quelque soit sa dimension, ne peut pas en sortir ». Mulélé a déclaré que dans un fief Kwilu il accueillira tous les dirigeants de tous les partis qui voudront continuer la lutte armée.

Pour ce faire, il a prôné la révolution de type chinois c’est-à-dire des campagnes vers la capitale. Il travailla à implanter les bases de la guérilla comme en témoigne la 1ère réunion des Mulélistes du maquis à Nkata. L’insurrection tant préparée éclata dans la nuit du 31 Décembre au 1er Janvier 1964.nous ferons ainsi l’économie de cette guerre menée par Mulélé. Pour dire que Mulélé et son fidèle compagnon Bengila furent exécutés au camp de Kokolo le 3 octobre 1968 à Brazzaville. Le même jour sa mère fut assassinée en public après mois de prison.

Le petit rappel historique a pour but de prouver que le Congo a une tradition guerrière datant de plusieurs décennies.

Mobutu a tué Lumumba et Mulélé. Il fut à son tour chassé du pouvoir par Laurent Désiré Kabila. Celui-ci a été mortellement atteint d’une balle dans le dos jusque dans son Palais à Kinshassa. L’actuel président, Joseph Kabila ne cesse depuis, de faire face à des rébellions. La dernière en date est celle du général Laurent Kunda à la tête des forces du CNDF. Le sort de Kunda fut scellé par son arrestation à Kigali par les forces pro-Kagamé. Comme pour dire qu’une page se tourne lentement au Congo.

Mais pour autant, il ne faut pas penser à la fin de la guerre pour la raison toute simple que le Congo, immensément riche en ressources naturelles de toutes sortes (fer, manganèse, or, bauxite, uranium, cuivre, phosphate, silicium, bronze, cobalt, etc…), fera toujours l’objet de convoitise tant des ex-colonisateurs, de tous les pays du grand capital que des puissances régionales, sans compter les hommes en armes à savoir, : les coupeurs de routes, les rebelles, dont les armes, les vivres et les salaires proviennent des juteuses affaires des ressources minières et énergétiques.

Plus généralement, il faut dire que cette partie du continent africain végète dans une guerre interminable aux multiples facettes. Le génocide rwandais de 1994 restera encore longtemps dans les mémoires. Le Burundi n’a pas encore fini de pleurer ses morts. Le Tchad reste dans la tourmente de la rébellion qui veut, à tout prix, la tête du président Idriss Déby.

Le Soudan n’est pas proche d’enterrer ses rancoeurs internes avec comme nœud gardien, la présence des troupes étrangères de l’UA, soutenues par les éternels bourreaux des peuples africains, en l’occurrence les pays capitalistes de l’ONU.

Les trois grands dénominateurs communs à toutes ces guerres sont le massacre des civils inconscients, le pillage des ressources naturelles et l’éternel soutien des ennemis des peuples que sont les capitalistes yankee et leurs valets euro-africains.

A chaque occasion de bilans, ce sont des centaines de tués et de multiples parmi les populations civiles et cela hier, comme aujourd’hui. D’autres part, ce sont les ressources naturelles qui servent à payer les guerriers et leurs armements.

Les intérêts capitalistes dans les pays des grands lacs ne faisant l’ombre d’aucun doute, les guerres seront toujours alimentées par les capitalistes et leurs valets africains. Cette triste réalité a été prévue par Patrice Emery Lumumba, lorsqu’il disait : « La dernière bataille du colonisé contre le colonisateur sera la guerre entre les colonisés eux-mêmes« .

A entendre les propositions françaises, quant à la communauté des ressources minières dans les grands lacs, l’on ne peut s’empêcher de dire que la France cherche à créer une vaste zone de turbulence qui aura toujours besoin de l’intervention des forces étrangères d’occupation.

Dans tous les cas de figure, l’intervention des forces de l’ONU et des pays qui la composent a un coût exorbitant. Comme pour dire que cette communautarisation de l’exploitation des dites ressources naturelles en Afrique des grands lacs sera à coup sûr, l’occasion pour les puissantes guerrières de la région de dicter leurs intérêts aux Etats faibles et donc aux peuples propriétaires de ces ressources.

Or, en cette matière, faibles soit un Etat, il ne peut être question pour lui de céder ses propriétés à d’autres et cela, pour un besoin d’orgueil nationaliste.

Par la proposition de la France, les peuples africains risque de courir vers leur suicide collectif. Comme pour dire que cette proposition française est un plan de recolonisation de l’Afrique.


Modibo Kéïta a ainsi averti :
« Lorsque les vrais propriétaires deviennent des spectateurs, c’est le festival des brigands ». Disons simplement que la France n’a pas intérêt dans la paix véritable en Afrique, car, elle sera la fin de la main mise de l’occident sur les richesses du continent.


Kodé KEITA

02 Février 2009