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Ce mercredi 9 octobre 2013, la CPI a statué sur une probable libération provisoire de l’ex-président ivoirien Laurent Gbagbo. Après avoir entendu les différentes parties, notamment la procureure Fatou Bensouda, la représentante des victimes, Mme Massida, et la défense conduite par l’avocat français Me Emmanuel Altit, la juge Silvia De Gurmendi a pris date pour le 11 novembre 2013 où le verdict de l’audience sera donné par voie de presse. En attendant, toute la Côte d’Ivoire retient son souffle et au-delà toute l’Afrique, bien que cette probable libération provisoire ne soit qu’une traduction de l’article 60 du statut de Rome en vertu duquel la chambre réexamine périodiquement ses décisions de mise en liberté ou de maintien en détention de ses « illustres hôtes ».

Ne vit-on pas plutôt en Côte d’Ivoire le calme qui précède la tempête ?

Déjà, en Côte d’Ivoire, les petits plats sont en train d’être mis dans les grands pour célébrer « le retour de l’enfant prodigue ». Il faut dire que cette fixation obsessionnelle sur la libération de l’époux de Simone est entretenue non seulement au bord de la Lagune ébrié, mais aussi au bord de la Seine. Ainsi, à l’occasion de l’audience de ce mercredi 9 octobre, « les fous » de Gbagbo en France ont affrété 3 cars de 70 places et une dizaine de véhicules personnels pour rallier La Haye. Mais ils ont dû faire contre mauvaise fortune bon cœur, car sur les 300 personnes qui ont fait le déplacement, seule une cinquantaine a pu suivre en live l’audience, compte tenu des places disponibles et ce, en l’absence de leur mentor.

Cela dit, l’on peut se poser tout de suite la question de savoir si la CPI a pu prendre toute la mesure du tsunami socio-politique que pourrait provoquer en Côte d’Ivoire une libération de « l’enfant de Mama ». Certes, l’on ne veut pas contrarier l’optimisme de Fatou Bensouda pour qui « la situation sécuritaire s’est améliorée depuis ces derniers mois. Les Nations unies ont contribué à la baisse de la criminalité », mais l’on peut tout de même émettre quelques inquiétudes. Cette appréciation de madame le procureur reflète-t-elle véritablement la réalité sécuritaire du pays ? L’on a des raisons d’en douter. Ne vit-on pas plutôt en Côte d’Ivoire le calme qui précède la tempête ?

Il faut craindre qu’une libération de Laurent Gbagbo dans le contexte actuel de la Côte d’Ivoire, où les Ivoiriens dorment sur le même lit, mais ne font pas le même rêve, n’installe le pays durablement dans une période de hautes turbulences dont personne ne pourrait mesurer l’ampleur des dégâts. En effet, la Côte d’Ivoire vit plus que jamais un manichéisme porteur de tous les dangers.

La boîte de pandore pourrait s’ouvrir en Côte d’Ivoire

D’une part, nous avons les pro-Gbagbo dont la passion pour leur mentor s’apparente à un culte. Il faut dire que la plupart d’entre eux ont été nourris aux mamelles de la haine contre Alassane Ouattara, soutenus en cela par des tirades qui font de Laurent Gbagbo, l’unique et implacable défenseur des intérêts de la Côte d’Ivoire face à « l’impérialisme français ».
Pour ces fanatiques, le seul combat qui vaille en Côte d’Ivoire aujourd’hui, c’est la libération pure et simple de leur mentor et sa réinstallation au palais de Cocody. Il faut dire que sous cet angle, ils s’inscrivent harmonieusement dans le schéma politique de Laurent Gbagbo. Ils passent ainsi pour les dignes héritiers d’un homme qui a forgé ses armes politiques sous le signe du défi permanent. Déjà, lors d’une de ses parutions, il avait laissé transparaître cette dimension de sa personnalité quand il invitait ses partisans à la résistance. « Restez debout », avait-il stoïquement martelé.

En face du camp Gbagbo, il y a les partisans de Ouattara. Beaucoup d’entre eux ont souffert le martyre sous le régime du FPI. L’on ne doit pas oublier, même si l’on peut pardonner, qu’il fut un temps où le simple fait de porter certains patronymes pouvait vous coûter la vie.

Le délit de faciès est passé par là. Une rancœur peut toujours habiter toutes ces victimes de l’intolérance, qui peuvent profiter de la chienlit que provoquerait un retour de Gbagbo en Côte d’Ivoire pour assouvir certaines pulsions. Déjà en l’absence de leur gourou, certains caciques du FPI ne se privent pas de propos qui font froid dans le dos.

En tous les cas, l’on est tenté de dire que la boîte de pandore pourrait s’ouvrir en Côte d’Ivoire. C’est pourquoi les extrémistes ivoiriens de tous les bords doivent méditer ces propos d’Emile Cioran : « Sous les résolutions fermes, se dresse un poignard ; les yeux enflammés présagent le meurtre ».

Pousdem Pickou

Publié le vendredi 11 octobre 2013

Source: Lepays.bf