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Cette année, le prix Houphouët Boigny pour la paix récompense l’aide aux migrants. L’UNESCO a décerné le prix, hier, 27 juin 2017 à Paris, à l’ancienne maire de Lampedusa, en la personne de Giuseppina Maria Nicolini, et à l’ONG de secours des migrants en mer connue sous le non de SOS Méditerranée. Pour emprunter le terme du président du jury, Joaquim Chissano, il s’agit là d’un prix réservé à des personnes qui ont réalisé des choses extraordinaires. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que Giuseppina Maria Nicolini et SOS Méditerranée méritent une telle récompense pour leurs efforts multiples visant à sauver des milliers de personnes et à restaurer la solidarité. C’est tout à leur honneur. Car, faut-il le rappeler, l’ex-maire de Lampedusa, en cinq ans, a accueilli des milliers de rescapés déshérités qui ne savaient plus à quel sauveur se vouer. Quant à ses co-lauréats, c’est-à-dire SOS Méditerranée, elle a, à bord de l’Aquarius, sauvé la vie à près de 20 000 personnes en 2016, sans compter les 750 autres migrants secourus ces derniers jours au large des côtes libyennes. En tout cas, dans un monde où l’altruisme est perçu comme un vice, où le rejet de l’autre est devenu la chose la mieux partagée, le prix Houphouët Boigny ne pouvait pas trouver meilleurs preneurs, tant les lauréats ont fait la preuve de leur humanisme. Et c’est peu dire. Surtout quand on sait que la Méditerranée, au fil des ans, est devenue une nécropole à ciel ouvert.

Il faudra songer à attaquer le mal à la racine

Comment, du reste, ne pas se féliciter d’une telle récompense quand on sait aussi que nombreux sont les migrants dans le désert comme en Méditerranée, qui sont abandonnés à leur sort par des passeurs, le plus souvent quand intervient une situation de détresse. La preuve en a été donnée avec ce qui s’est passé très récemment dans le désert nigérien où une cinquantaine de migrants sont portés disparus. On peut multiplier les exemples. Car, on a aussi en mémoire que les corps sans vie d’une quarantaine de personnes dont des bébés avaient été découverts en début juin dans la même localité du Niger.

Cela dit, tout en saluant la récompense de l’ex-maire de Lampedusa que l’on surnomme à juste titre la Lionne italienne et l’ONG franco-allemande et italienne SOS Méditerranée, il serait souhaitable qu’à l’avenir, le prix Houphouët Boigny songe à récompenser aussi le dirigeant africain qui, par sa bonne gouvernance, aura réussi à maîtriser le phénomène de l’immigration dans son pays.

Car, comme on le sait, l’une des causes des migrations est la mal gouvernance politique et économique qui engendre les rébellions et les guerres civiles. En plus donc de récompenser ceux-là qui subissent les effets pervers de l’immigration, il faudra songer à attaquer le mal à la racine en encourageant ceux-là qui, désormais, mettront en place des politiques visant à endiguer le phénomène.

B.O
Le pays du 28 Juin 2017