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Poursuivant sa progression vers les sommets, le pétrole a dépassé aujourd’hui les 125 dollars le baril.

Et tout porte à croire le précieux combustible continuera à progresser vers des cimes insoupçonnées.
Le pétrole est tiré vers le haut par les besoins de consommation gloutons des pays émergents, les achats spéculatifs des fonds de pension, la crainte de baisse des stocks mondiaux de diesel et de fuel domestiques liées à des perturbations de production au Nigeria et par un faisceau d’autres facteurs objectifs, subjectifs ou même carrément irréels.

Dejà plus de 14 milliards de Fcfa

Les analystes du marché pétrolier surveillent aussi la situation géopolitique au Proche-Orient où la Turquie a lancé ce week-end de nouvelles opérations militaires contre des rebelles kurdes dans le nord de l’Irak.

À cela s’ajoute la tension au Liban, pays qui ne produit pas de pétrole mais où les affrontements inter communautaires ont un impact sur les relations avec son voisin israélien. Ainsi, les cours du brut avaient grimpé à l’été 2006, lorsque l’armée israélienne avait envahi le Liban pour tenter d’écraser le Hezbollah.

Cette flambée des cours de l’or noir qui tient à des facteurs lointains, a malheureusement des conséquences immédiates sur notre pays. Elle est, en effet, lourde de menaces pour la stabilité économique, financière, sociale de notre pays et compromet du coup la réalisation de ses ambitions.

Importateur de produits pétroliers, notre pays est aussi handicapé par son enclavement et son immensité. Le volume de nos importations de produits pétroliers a atteint 700 millions de litres en 2007 pour une facture pétrolière de plus 252 milliards de Fcfa.

Pour éviter que la flambée du pétrole ne se répercute avec toute son ampleur sur les prix à la pompe, les pouvoirs publics ont pris, dès 2005, des mesures de stabilisation des prix, notamment par une baisse de la taxe intérieure sur les produits pétroliers (TIPP).
Le manque à gagner pour les caisses de l’État s’est chiffré à 15,3 milliards de Fcfa en 2005.

L’année suivante, il a atteint 19 milliards de Fcfa. L’an dernier, l’État a sacrifié 22 milliards de Fcfa pour maintenir les prix à la pompe à un niveau acceptable pour les consommateurs.

Ainsi, les répercussions sur les prix à la pompe se sont situées entre 7 % et 17 % en 2005 et 4 % et 13 % en 2006, selon les produits. Le renchérissement des carburants s’emballant sur le marché mondial, pour le premier trimestre de 2008, la subvention s’élève déjà à plus de 14 milliards de Fcfa.

Un bouleversement de la situation

L’Office national d’approvisionnement des produits pétroliers (Onap) représente les pouvoirs publics en première ligne pour maîtriser les prix à la pompe et développer le sous-secteur.

La directrice de l’Onap, Mme Tapo Touga Nadio, explique que l’approvisionnement du pays en produits pétroliers est confronté à deux types de difficultés : les problèmes d’accès aux sources d’approvisionnement liés à des crises dans les pays d’exportation et la forte augmentation du prix du pétrole sur le marché international depuis 2004.

Aujourd’hui, révèle-t-elle, « sur chaque litre vendu au consommateur, l’État prend à sa charge 320 Fcfa« .
Cette subvention fait du Mali l’un des pays ou les hydrocarbures sont les moins chers dans la sous-région, assure-t-elle, exemples à l’appui.

Au Mali, le super coûte 635 Fcfa, le pétrole 460 Fcfa et le gasoil à 555 Fcfa. Au Burkina Faso ,un contexte comparable, le super coûte 670 Fcfa, le pétrole 460 Fcfa et le gasoil 603 Fcfa. Le Sénégal, pays côtier, vend le super aux automobilistes à 735 Fcfa. Le pétrole y coûte 550 Fcfa et le gasoil 668 Fcfa.

Le mécanisme de maîtrise des prix mis en place par notre pays est donc fonctionnel. Mais la montée ininterrompue des prix du baril le met à rude épreuve et le porte désormais à la limite de la rupture.

Les acteurs du sous-secteur pétrolier se sont par conséquent réunis vendredi dernier à l’Onap, pour envisager les scénarii possibles. Les « pétroliers » ont souligné à cette occasion, un bouleversement de la situation du marché entre avril et mai et une érosion sérieuse de leur marge bénéficiaire.

Le constat s’impose presque de lui même : une augmentation est inévitable. Où doit-elle être opérée : sur les prix à la pompe, sur la subvention ou un peu sur les deux ?.

Quel que soit le choix, il sera douloureux, soit pour les caisses de l’État qui ont déjà été lourdement ponctionnées, soit pour le porte-monnaie de consommateurs qui savent qu’un renchérissement du carburant va entraîner une cascade de conséquences sur d’autres prix.

Doussou DJIRÉ / Essor du 15 Mai 2008


Les consommateurs expriment leurs inquiétudes

Depuis la hausse des prix des carburants, beaucoup de Maliens ont quelque peu modifié leurs habitudes de consommation et de mouvement, n’hésitant pas à faire la tournée des stations de distribution à la recherche des carburants les moins chers, à changer de moyen de déplacement passant de la voiture à la mobylette ou de la voiture aux transports en commun, à réduire le nombre de leurs déplacements ou même à faire de l’auto stop. Malgré les efforts de l’Etat, les effets se sentent à quel que niveau social ou de responsabilité que l’on soit. Certains Bamakois se sont confiés à nous :

Madou Sidibé, pompiste:

« La hausse des prix du carburant handicape considérablement les ventes. Les consommateurs ne s’attendaient pas à une hausse aussi brutale, car le litre du Super 91 était, il y a 3 ans, déjà à 600 FCFA et le gasoil à 455 FCFA. Ils se plaignaient déjà de ces prix. Maintenant qu’on leur dit qu’ils ne peuvent plus avoir la même quantité de carburant avec ces mêmes sommes, il arrive que certains réagissent violemment sous le coup de l’énervement. Des clients rebroussent parfois chemin, car ils n’ont rien pour compléter, car souvent, ils ne sont pas informés du changement de prix. Les pompistes ne font que recevoir des injures comme si ce sont eux qui fixent les prix pour se remplir les poches ».

Mamadou Samaké, transporteur sur l’axe Bamako-Ségou :

« Les transports interurbains subissent considérablement les effets néfastes de la hausse des prix du carburant. Le tarif Bamako-Ségou coûte 3 000 FCFA, contre 2 000 FCFA il y a 5 ans. Certains clients n’arrivent même pas à payer cette somme. Les coûts des hydrocarbures connaissent sans cesse une hausse pendant que les tarifs des transporteurs sont fixes. Mais cela ne saurait perdurer. Les autorités de ce pays doivent intervenir pour alléger le fardeau des transporteurs en commun. Ils ne peuvent aujourd’hui réaliser aucun bénéfice de leurs activités, car tout s’évapore dans les assurances, les taxes routières, le carburant.

Moriba Diawara, fonctionnaire à la retraite :

« Le Mali ne dispose certes pas de puits de pétrole, mais ses dirigeants ont tout de même le devoir d’empêcher la hausse des prix du carburant, car ils savent l’importance des hydrocarbures dans la vie des populations. Des mesures ont été prises pour le riz, pourquoi pas le carburant ? Tout laisse à croire que la lutte contre la pauvreté et la bonne gouvernance sont des slogans vains ».

Mme Oumou Maïga, vendeuse de poisson:

« L’augmentation du prix du carburant empêche les pauvres de survivre. Cette situation diminue nos bénéfices, car les transporteurs vont aussi augmenter leurs tarifs. Outre cela, les prix de toutes les denrées vont connaître une hausse. C’est un cycle infernal qui entraînera plus de misère dans les familles ».

Un directeur de publication de la place :

« Moi, ça m’est égal. Je n’ai jamais senti les effets de cette hausse des prix du carburant. Je ne sais même pas aujourd’hui combien coûte le litre d’essence. Si j’arrive dans une station, je demande au pompiste de mettre pour 2 000 F ou 3 000 F ou bien 5 000 F ».

Sékou Tamboura / L’Aube du 15 mai