Partager

blanchisseur.jpg


Il relève que l’augmentation est de 50 à 100 Fcfa, selon le type d’habit.

La scène se passe dans une blanchisserie à Magnambougou, à 100 mètres du Centre de santé communautaire du quartier.

Lassana Traoré est pourtant un fidèle client du blanchisseur Mahamoudou Touré. Mais ce jour là, il n’a pu s’empêcher de laisser éclater sa colère après avoir appris qu’il devait payer près du double de l’ancien tarif pour entrer en possession de ses habits, déposés chez l’artisan deux nuits plus tôt. Lassana a vivement protesté contre ce qu’il considérait comme une arnaque. « Comment peut-on se donner le droit d’augmenter les prix unilatéralement ?« , s’est interrogé le client qui était déterminé à ne s’acquitter que de l’ancien tarif. Pour tenter de convaincre son client courroucé, le blanchisseur lui expliquait que même le lait frais dont la consommation régulière est recommandée aux blanchisseurs est passé de 125 à 200 Fcfa.

Peu convaincu par ces arguments, Lassana Traoré a copieusement pesté contre les associations de défense des consommateurs, estimant que celles-ci ne s’occupent pas des préoccupations réelles des populations. Notre homme n’est pas le seul à se cabrer. La décision des blanchisseurs de revoir à la hausse leurs tarifs a surpris beaucoup de Bamakois, au point d’alimenter les conversations dans les grins et les bureaux.

Certains choisissent d’en faire un sujet de plaisanterie, mais la majorité grince des dents. Puisque l’augmentation des tarifs atteint parfois près de 50 %. Les clients ont d’autant plus de peine à s’y soustraire que les blanchisseurs constituent un corps plutôt bien organisé. Venus pour leur majorité du septentrion de notre pays et du pays dogon, bien implantés dans tous les quartiers de notre capitale, ils ont décidé solidairement de la hausse au cours de réunions d’association et ont consacré ce fait dans une assemblée générale tenue en début d’année à Sogoninko, en Commune VI.

Baïdarou Traoré, président de la coordination des blanchisseurs de la Commune VI, explique que la révision des prix de leur prestation est légitime et même nécessaire à la survie du métier.

Il relève que l’augmentation est de 50 à 100 Fcfa, selon le type d’habit. Au lieu de 100 Fcfa pour un complet (pantalon et chemise), les clients paieront désormais 150 Fcfa.

Pour le boubou (forokia) qui était blanchi précédemment à 150 Fcfa, il faut débourser désormais 200 Fcfa.

Le tarif est de 300 Fcfa pour le grand boubou contre 200 Fcfa auparavant.

Notre interlocuteur assure que les tarifs sont fixés en fonction de la taille des habits et l’effort fourni par le blanchisseur. Même si il est difficile de quantifier l’énergie que l’on fournit pour blanchir un habit. Les blanchisseurs n’ignorent rien de la grogne qu’ils soulèvent et tentent de se justifier au mieux.

« La hausse généralisée des produits de première nécessité ne laisse guère le choix aux blanchisseurs qui gagnent péniblement leur vie« , argumente Baïdarou Traoré. Sans compter que le prix du charbon, leur principal « intrant« , a considérablement augmenté, ainsi que le souligne Boubacar Traoré, membre influent de l’association des blanchisseurs et lui-même dans le métier depuis 20 ans.

« Le sac de charbon de 100 kg qui coûtait entre 3000 et 3500 Fcfa est passé à 7000 Fcfa, indique-t-il. Même là, c’est une question de loterie. Il arrive que la qualité du charbon soit exécrable. Vous trouvez souvent des sacs remplis de débris de bois« .

Notre interlocuteur pointe également du doigt une taxe municipale de 2500 Fcfa par an qui vise à compenser l’utilisation abusive du charbon de bois. Taxe contre laquelle les blanchisseurs se rebellent catégoriquement. Par contre, il leur faut bien payer les 1500 Fcfa que les services municipaux leur réclament pour leurs hangars installés le long des rues. A la mairie de la Commune VI, on fait remarquer que la taxe imposable aux blanchisseurs ne peut constituer un argument valable pour hausser leurs tarifs jusqu’à près de 50 %.

De fait, les artisans peinent à expliquer comment s’est structuré la hausse décidée. Aussi se rabattent-ils sur l’augmentation du prix de la location des ateliers (pour ceux qui en occupent), sur les risques que leur font courir les clients négligents (ceux qui viennent tardivement réclamer leurs habits) et sur le manque à gagner causé par les mauvais payeurs.

Rien de franchement nouveau. Mais on sent bien qu’en dépit des embarras d’explication, les blanchisseurs ne reculeront pas devant le mécontentement des clients. Ils estiment que leur travail n’est pas rémunéré à la juste hauteur de sa pénibilité. Surtout en ces temps de grande chaleur où ateliers et même hangars sont de vraies fournaises.

A. M. CISSE – L’Essor

03 Avril 2008.