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jpg_djelibougou_1.jpgOn se rappelle que pour le rachat des 51% du capital de la Sotelma, les sociétés Sudatel (Soudan) Portugal Télécom, Orascom (Egypte) et Maroc Télécom étaient en compétition. L’offre de la firme marocaine était de loin la mieux-disante avec 250 millions d’euros, soit quelque 164 milliards de F CFA, contre 110 millions d’euros pour son suivant immédiat et seulement 80 millions d’euros pour le troisième.

Aussi, la Commission d’évaluation avait-t-elle déclaré sans difficulté Maroc Télécom adjudicataire provisoire de l’appel d’offres international. Seulement voilà: deux semaines après cette adjudication, l’Etat est en passe de déclarer l’appel d’offres infructueux pour, semble-t-il, un manque de transparence qui, en provoquant le désistement de certains concurrents, n’aurait pas permis d’atteindre le montant espéré par l’Etat.

Le processus de privatisation de la Sotelma, lancé depuis plusieurs années, continue de piétiner. En effet, annoncée pour être achevée au premier trimestre de 2009, l’ouverture du capital de la Sotelma pourrait encore attendre pour la simple et bonne raison que l’Etat s’apprête à annuler l’adjudication du 51% des actifs à Maroc Télécom. Lequel avait fait l’offre la mieux disante lors de l’ouverture des plis le 15 janvier dernier.

Les dessous de cette annulation qui se dessine portent essentiellement sur l’absence de transparence aux différentes étapes de la privatisation.

A en croire nos sources, la commission d’évaluation des offres, présidée par la ministre de la Communication et des nouvelles technologies, Mme Diarra Mariam Flantié Diallo, a siégé et a rendu publics les résultats de ses travaux quand bien même que la valorisation de la Sotelma n’était pas réellement connue. A la fois par le Président de la République, Amadou Toumani Touré et du Premier ministre, Modibo Sidibé. Nos sources indiquent que ce travail a été effectué par deux Cabinets différents.

Le premier a été choisi à l’extérieur par le ministère en charge des télécommunications, le second par la Direction de la Sotelma. Les rapports produits sont aussi distant que le ciel et la terre. Autrement dit l’un valorise la société tandis que l’autre minore sa valeur.

Ces deux rapports sont tombés sur la table des plus hautes autorités du pays en même temps que le rapport sur l’adjudication des 51% du capital de la Sotelma à Maroc Télécom. S’y ajoute une vaine rivalité entre le Cabinet du ministre en charge des télécommunications et la Direction générale de la Sotelma.

Ces deux structures en charge de conduire concomitamment le projet de privatisation, au lieu d’être complémentaires, se jetteraient des peaux de banane sous les pieds tout en s’accusant mutuellement.

Cette atmosphère délétère a fini par se faire ressentir au niveau de certains opérateurs des télécoms. Aussi, quatre d’entre eux ayant acheté chacun l’offre à 10 millions de F CFA ont fini par se désister pour, disent-ils, « manque de transparence ».

Devant cette situation, le Président de la République, Amadou Toumani Touré, est resté perplex. Les questions que l’on est fondé à poser restent sans réponses.


Combien vaut réellement la Sotelma ?

Que cache la rivalité entre le PDG de la Sotelma, Lassana N’Diaye et la ministre de tutelle, Mariam Flantié Diallo ?

Pour quelle raison cette dernière a-t-elle personnellement présidé la commission de dépouillement?


Qui d’entre les deux a fait fuir les grands opérateurs ?

Voilà des interrogations qui pourraient conduire ATT, très estomaqué par la situation, à annuler l’offre de l’opérateur marocain, 250 millions d’euros, soit quelque 164 milliards de F CFA. Dans cette optique, quelles seront les conséquences d’une telle décision ?

Il est clair qu’en déclarant infructueuse cette offre, le gouvernement va devoir rebeloter. Le processus sera donc en partie repris, cette fois-ci, dans la plus grande transparence, du moins faut-il espérer.

Seulement voilà : l’Etat joue à quitte ou double. Il pourrait perdre beaucoup d’argent si de nouveaux concurrents proposent des offres en deçà de celle de Maroc Télécom. C’est le lieu de rappeler que les offres financières de Sudatel (Soudan) Portugal telécom et Orascom (Egypte) oscillaient entre 80 et 110 millions d’euros, bien loin derrière Maroc Télécom.

En revanche, si l’opération se passait bien, l’Etat pourrait gagner plus.

Alors wait and see.

Abdoul Karim KONE, Chahana TAKIOU

L’Indépendant du 02 Janvier 2009