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« … Concernant les réformes, je voudrais insister sur la nécessité d’éviter tout délai dans le processus de privatisation de la CMDT afin de permettre aux investisseurs privés de prendre fonction avant le début de la campagne hivernale prochaine.

Pour cela, il faudrait que le gouvernement s’assure que l’Assemblée nationale adopte la loi de privatisation au plus tard fin juillet 2008, que le Commissaire aux apports termine et délivre ses travaux et qu’un mandat soit donné à la Mission de Restructuration du Secteur Coton (MRSC) pour vendre les actions des filiales avant fin juillet 2008 « .

Voilà des injonctions du Représentant Résident de la Banque Mondiale, Alassane Diawara, dans une correspondance adressée au ministre en charge de l’Economie, datée du 11 juillet 2008.

Cette correspondance, distribuée par Alhousseïny Guindo à la conférence des présidents de l’Assemblée nationale, lundi 21 juillet, a circulé dans les allées de l’Hémicycle et plus d’un député a été touché par la méthode paternaliste de la Banque Mondiale. Ce qui est sûr, c’est que rien ne pourra arrêter la vente de la CMDT.

Les discussions publiques sur la question sont déjà annoncées pour le 1er août. La majorité ADP est disposée à donner quitus au gouvernement pour l’ouverture du capital de la CMDT.

La privatisation éventuelle de la CMDT fait couler beaucoup d’encre dans les milieux paysan et syndical de la filière coton.

Place de la République où les honorables députés siègent actuellement en session extraordinaire pour examiner une dizaine de projets de loi dont celui portant sur l’ouverture du capital de la CMDT, les débats s’intensifient au sein de la commission saisie au fond (Commission des Finances, de l’Economie, du Plan et de la Promotion du Secteur Privé) et celle saisie pour avis (Commission du Développement Rural et de l’Environnement).

Les spécialistes, notamment les économistes, les juristes attitrés, les agronomes, les syndiqués et les paysans se succèdent à l’Hémicycle pour les différentes écoutes. C’est avec passion que les uns et les autres répondent aux interrogations des députés, nous a t-on confié.

Compte tenu de la sensibilité de la question, même le président de l’Assemblée nationale, Dioncounda Traoré, a participé, dans l’après – midi du lundi 21 juillet, à des écoutes à la commission saisie au fond, présidée par l’honorable Oualy Diawara.

Traditionnellement, il ne suit pas physiquement les travaux en commissions. Il y était parti pour se faire une véritable religion sur les enjeux de cette privatisation .

Deux heures auparavant, le chef de l’institution parlementaire avait présidé la conférence des présidents, constituée des onze présidents des commissions, des vice – présidents et des présidents des groupes parlementaires.

La ministre en charge des relations avec les institutions de la République, Mme Diabaté Fatoumata Guindo, y participe, côté gouvernement. C’est cette instance qui fixe l’ordre du jour des plénières. Et les discussions sur la privatisation de la CMDT ont été programmées pour le 1er août dans la salle de délibération, Modibo Kéïta de l’Assemblée nationale.

Au lobbying des paysans et du syndicat de la filière coton s’est ajouté celui de certains députés, notamment ceux de la Convergence pour le Développement du Mali (CODEM) présidée par l’honrable Alhousseïny Guindo de Sikasso. Ce 21 juillet a poursuivi son lobbying jusque y compris au sein de la conférence des présidents, lundi dernier.

Au cours de cette réunion, il a distribué à ses collègues députés une correspondance de la Banque Mondiale, adressée au ministre de l’Economie, de l’Industrie et du Commerce, Ahmadou Abdoulaye Diallo, demandant au gouvernement malien de vendre la CMDT avant fin juillet.

Une ampliation de cette correspondance a été faite à Tiémoko Sangaré de l’Agriculture, à Abou – Bacar Traoré des Finances, à N’Fagnanama Koné, Chef de la Mission de Restructuration du Secteur Coton (MRSC) à Ousmane Amion Guindo, PDG de la CMDT, à S.E.M Abdoulaye Diop, Ambassadeur du Mali aux Etats – Unis d’Amérique, à M. Louis Philipe Ong Seng, Administrateur de la Banque Mondiale pour le Mali.

En tout cas, dans cette correspondance signée du Représentant résident de la Banque Mondiale au Mali, Alassane Diawara, on relève que « … concernant les réformes, je voudrais insister sur la nécessité d’éviter tout délai dans le processus de privatisation de la CMDT afin de permettre aux investisseurs privés de prendre fonction avant le début de la campagne hivernale prochaine.

Pour cela, il faudrait que le gouvernement s’assure que l’Assemblée nationale adopte la loi de privatisation au plus tard fin juillet 2008, que le Commissaire aux apports termine et délivre ses travaux et qu’un mandat soit donné à la Mission de Restructuration du Secteur Coton (MRSC) pour vendre les actions des filiales avant fin juillet 2008« .

Privatisation par filialisation

Et M. Alassane Diawara de poursuivre en ces termes: « Quant au prix d’achat du coton graine, fixé pour la campagne 2008/2009 à 200 F CFA à l’issue d’une décision visant à relancer le coton au Mali, il impliquerait une subvention du budget de l’Etat au secteur coton en 2009 dans l’ordre de 4 à 9 milliards de FCFA, dans le cas où les projections actuelles sur l’évolution du prix du coton sur le marché mondiale se confirmeraient« .

Rappelons que le schéma opérationnel de privatisation de la CMDT prévoit la création de quatre filiales : la filiale ouest, la filiale sud, la filiale nord est et la filiale centre.

Le capital de chaque filiale sera cédé comme suit : 20% aux producteurs, 2% aux travailleurs, 1,7% à l’Etat et 61% à un opérateur privé de référence.

Conformément à ce schéma, quatre sociétés filiales ont été effectivement créées par la CMDT, en décembre 2007. Il reste, toutefois, à répartir entre elles l’actif, le passif et le personnel de la CMDT.

Chahana TAKIOU

23 Juillet 2008