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Impatiente face aux retards constatés dans le processus de privatisation de la Compagnie malienne de développement des textiles (CMDT), la Banque mondiale tape du poing sur la table et fixe au gouvernement malien une date butoir : le 31 juillet.

Dans une correspondance au ton ferme adressée au ministre de l’Economie, de l’industrie et du commerce, elle réaffirme sa volonté de faire place nette aux investisseurs privés avant l’hivernage prochain. Le sort du géant malien du coton est scellé.

Comme bien d’autres sociétés et entreprises d’Etat avant elle, la Compagnie malienne pour le développement des textiles (CMDT) n’échappera pas au couperet de la Banque mondiale. Son sort qui est actuellement entre les mains des députés semble désormais scellé.

En effet, dans une correspondance en date du 11 juillet, adressée au ministre de l’Economie, de l’industrie et du commerce, Ahmadou Abdoulaye Diallo, le représentant résident de la Banque mondiale au Mali, Alassane Diawara, a dicté aux autorités ma-liennes, dans un ton ferme la conduite à suivre.

« Concernant les réformes, je voudrais insister sur la nécessité d’éviter tout délai dans le processus de privatisation de la CMDT afin de permettre aux investisseurs privés de prendre fonction avant le début de la campagne hivernale prochaine.

Pour cela, il faudrait que le Gouvernement s’assure que : (i) l’Assemblée nationale adopte la loi de privatisation au plus tard fin juillet 2008, (ii) le commissaire aux apports termine et délivre ses travaux et (iii) un mandat soit donné à la MRSC pour vendre les actions des filiales avant fin juillet 2008 », ordonne la correspondance du représentant résident de la Banque Mondiale. Cette missive accompagnait l’Aide mémoire de la Mission d’appui à la filière coton qui a séjourné au Mali du 9 au 14 juin derniers.

La lettre de M. Diawara reprend de façon succincte les recommandations de cette mission qui insiste sur « la nécessité d’accélérer le processus de privatisation de la CMDT afin de permettre aux investisseurs privés de prendre fonction avant le début de la campagne prochaine (mai 2009) ».

Ce qui implique que l’Assemblée nationale adopte le plus rapidement possible la loi de privatisation, que le commissaire aux apports termine et livre, vite fait, ses travaux et qu’un mandat soit donné à la Mission de restructuration du secteur coton (MRSC) pour vendre les actions des filiales de la CMDT avant fin juillet 2008.

La Banque mondiale recommande au Gouvernement de veiller à ce que toutes ces étapes soient réalisées comme prévu. L’on comprend aisément pourquoi le Premier ministre Modibo Sidibé s’est empressé à demander une session extraordinaire du Parle-ment et à renvoyer aux députés pour adoption le projet de loi sur la privatisation de la CMDT qu’ils n’ont pas jugé utile d’examiner lors de la session ordinaire qui a pris fin le 5 juillet.


Perte de 4 à 9 milliards ?

D’autre part, la Banque Mondiale qui ne semble pas apprécier l’augmentation du prix d’achat du coton graine aux producteurs qui passe de 160 à 200 F CFA le kilogramme se pose en donneur de leçons.

« Le prix d’achat du coton graine fixé pour la campagne 2008/2009 à 200 francs Cfa n’est pas issu de calcul émanant d’un mécanisme de prix mais plutôt d’une décision du gouvernement visant à relancer la production de coton du Mali », soulignent les émissaires de la Banque mondiale Abdou-laye Touré et Olivier Durand, auteurs de l’Aide mémoire.

Par conséquent, ils prévoient un déficit de 4 à 9 milliards de francs Cfa que le budget national doit supporter en 2009 si la production estimée à 450 000 tonnes de coton graine est atteinte à l’état actuel des cours. Tout le contraire des prévisions de la direction de la CMDT qui estime qu’avec une production de 300 000 tonnes avec les cours actuels la société équilibrera ses comptes. Mais toutes ces prévisions sont actuellement battues en brèche par la réalité du terrain.

A la date du 10 juillet seulement, 45% des semis avait été effectués par les paysans (contre 56% en 2007 et 88% en 2006) malgré les efforts de sensibilisations entrepris depuis le début de la campagne. Et depuis, la CMDT a déjà révisé son plan de campagne. Elle table désormais sur une production de 240 000 tonnes de coton graine, bien en deçà du seuil de rentabilité. La moitié des producteurs se sont détournés de la culture du coton.

En cause : le surendettement des paysans, le prix élevé des intrants, les retards de paiement du coton, les inquiétudes liées à la privatisation. En effet, les expériences de privatisation dans la sous région (Côte d’ivoire, Bénin, Togo) se sont soldées par des échecs répétés.

Les privés ont enlevé le coton des paysans sans pouvoir les payer. Le découragement des producteurs a fait chuter la production cotonnière de ces pays. Le Mali pourra-t-il éviter ce scénario catastrophe ?


Fousséni Traoré

21 Juillet 2008