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Les producteurs de coton sont très inquiets, quelques semaines seulement après la création de quatre filiales au sein de la CMDT, prélude à sa privatisation attendue d’ici à la fin de l’année en cours.

Pour Ampha Coulibaly, président de l’Union régionale des sociétés coopératives des producteurs de coton et premier vice-président de l’Union Nationale des Sociétés Coopératives des Producteurs de Coton, Bougoutio Coulibaly, producteur cotonnier de Wolobougou (Koutiala) et Bakary Dembélé, cotonculteur dans la région CMDT de San, les autorités commettront une grosse erreur en privatisant la CMDT. Nous vous proposons dans ce numéro les différentes interventions de ces producteurs cotonniers que notre envoyé spécial, Zhao Ahmed Bamba, est allé rencontrer dans les régions CMDT de Koutiala et de San.

La privatisation de la CMDT ne semble pas être la bonne solution pour sauver la filière cotonnière de la situation peu enviable dans laquelle elle se trouve plongée. Si la CMDT est vendue, je ne vois pas quel sera l’avenir de la culture du coton au Mali. Pour moi, s’il arrivait que la CMDT soit gérée par des privés, je ne vois pas ce à quoi s’en tiendront les producteurs de coton.

Lors d’une visite conjointe de techniciens en Côte d’Ivoire, au Bénin, au Burkina Faso et au Togo dans ces pays où les filières cotonnières sont privatisées, il a été constaté que les producteurs vivent dans la misère.

Ce que je crains dans cette privatisation de la CMDT, c’est l’abandon total de la culture du coton au Mali. Nous, au niveau des structures dirigeantes du système cotonnier, nous avons fait notre possible pour ne pas tirer la filière coton vers la catastrophe. En dépit des assurances données aux producteurs -ils seront actionnaires- la privatisation n’est pas une panacée- Loin s’en faut !

En conclusion, je crois qu’en dépit du lancement réel du processus de privatisation avec la création des quatre filiales, qui sont entre autres, Sikasso et Bougouni ; Koutiala et San ; Fana et Zone OHVN et enfin Kita, il importe que les décideurs, notamment le Président ATT et son gouvernement réfléchissent mûrement pour ne pas commettre l’irréparable. La CMDT représente beaucoup dans l’économie de nos paysans, donc sa privatisation ne doit pas être faite à la va vite, de souligner Ampha Coulibaly, président de l’URSCPC de Koutiala.

selon Bougoutio Coulibaly, producteur cotonnier de Wolobougou, un village de la région CMDT de Koutiala et président de l’Union Communale des Sociétés Coopératives des Producteurs de Coton, la privatisation de la filière coton n’augure rien de bon pour nous les paysans.

«Pour moi la CMDT a franchi plusieurs étapes avant la création des filiales qui annoncent sa privatisation. Je suis producteur cotonnier depuis l’époque où la CMDT était appelée CFDT. Je ne peux rien décider, sinon j’aurais mis tout en œuvre pour éviter cette privatisation de la CMDT.»

Privatiser la CMDT est un désastre pour l’économie de base de notre pays. Il n’est pas temps pour notre pays de privatiser ce secteur.

Primo, les producteurs, qui sont à plus de 80% analphabètes, ne sont pas formés pour gérer un secteur aussi important comme la filière cotonnière. Ils ne sont pas formés, ils n’ont pas non plus reçu de formation dans le domaine de la gestion d’une entreprise privée. Secundo, nombreux sont les paysans qui consacrent les 60% de leurs activités hivernales à la culture du coton.

En décidant de privatiser la CMDT, nos autorités n’ont certainement pas calculé le mal que cela pourrait créer dans les milieux ruraux.

Dans les milieux ruraux au cours de l’hivernage qui vient de s’achever, plusieurs producteurs ont déjà abandonné la culture du coton au profit des céréales et d’autres spéculations. Il y a lieu de faire énormément attention avec cette question de privatisation de la filière coton. Mais comme nous paysans ne pouvons pas empêcher cette privatisation de la CMDT, nous sommes obligés d’y assister impuissants.

Dans un passé récent, ce sont les agents de la CMDT qui formaient les paysans et tout marchait bien, mais depuis que cela a cessé, les choses ont commencé à se dégrader. Ce qui m’amène à vous dire que la privatisation signera l’acte de décès de la culture du coton au Mali», a-t-il confié.

Bakary Dembélé, producteur cotonnier de la région CMDT de San et membre du bureau national de l’UNSCPC, « en fait de privatisation, la filière coton a plutôt besoin d’une structuration rigoureuse« . Avant de porsuivre.

Depuis près huit ans, rares sont les paysans qui sont parvenus à payer leurs dettes annuelles. Je crois bien que si la privatisation sera effective, il n’y a aucun doute, la culture du coton dans notre pays connaîtra un mauvais sort. Je ne vois pas ce que la privatisation pourrait apporter de meilleur aux producteurs de coton.

La privatisation de la CMDT pourrait consacrer, sans nul doute, la signature de l’acte de décès de la culture du coton au Mali. Déjà et bien avant aujourd’hui, l’approvisionnement des paysans en intrants agricoles a connu des difficultés. C’est parce la gestion des intrants a été confiée aux producteurs. Mais avant, avec la CMDT qui avait en charge l’approvisionnement et l’acheminement des intrants dans les zones de production agricole, il n’y avait pas de problèmes majeurs à signaler.

Moi, je ne crois pas que la solution réside dans la privatisation de la CMDT. Aux autorités de revoir la gestion interne de cette boîte. La solution au problème, à mon avis, n’est vraiment pas la privatisation. La filière cotonnière a plutôt besoin d’une structuration sous-tendue par la rigueur à tous les niveaux.

En tant que producteur, je me pose toujours des questions: qu’est-ce qui a provoqué la chute de la production du coton de notre pays ? Pourquoi plus de 600 000 tonnes de coton nous nous sommes retrouvés à moins de 420 000 tonnes ? En essayant de trouver moi-même les réponses à ces questions, je dirais que le rendement à l’hectare n’est plus comme avant, mais également il y a aussi le découragement qui commence à occuper une place importante dans les cœurs des producteurs, à cause de tous les problèmes et autres difficultés que le secteur traverse depuis quelques années.

Le coton n’apporte plus grand-chose aux paysans à cause de la chute du prix du fibre sur les marchés internationaux et surtout à cause de la cherté du coût des intrants agricoles, qui ne sont plus à la portée du producteur moyen. Mais en dépit de tout cela, si vous voyez que les ruraux continuent à cultiver le coton, c’est parce qu’ils savent que le Gouvernement est derrière eux.

Le jour où ils ne seront pas soutenus par le Gouvernement, je crois qu’ils seront, sans nul doute, très nombreux à abandonner cette activité.

Zhao Ahmed BAMBA