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Pourquoi la section syndicale dit non au processus ?
Depuis l’annonce par le gouvernement de la privatisation de la Compagnie malienne de développement du textile (CMDT), des voix se sont élevées tant du côté des élus que du côté des travailleurs du géant du coton malien.

La section syndicale filière coton, se référant sur les privatisations calamiteuses de certains pays de l’Afrique, invite les autorités maliennes à surseoir à celle de la CMDT. Et elle fait ressortir ses conclusions dans un document dont une copie a été déposée à notre rédaction.

Nous vous proposons les conséquences désastreuses de la privatisation dans ces pays.


En Côte d’Ivoire

Présentement la filière ivoirienne s’est complètement écroulée après la période de transition.

– l’usine de Bingué de Kagnassy est détruite ;

– à Korogho, la SICOSI-SA, l’usine construite par les producteurs l’URECOCI (Union régionale des coton culteurs de Côte d’Ivoire), serait tombée en faillite avec une perte de 5 milliards de francs CFA.

– a LCCI aurait disparu avec 80 milliards d’impayés après sa liquidation judiciaire.

La filière devait 14 milliards de F CFA au fournisseur d’intrant YARA en 2007/2008.

La prévision de production était fixée à 200.000 tonnes pour 2007/2008.

Il n’y a plus de coton car plus d’intrants par manque de financement.

Le problème majeur qui se pose, porte sur la sécurisation du crédit intrants :

– placement des intrants auprès des producteurs,

– récupération des crédits octroyés,

– remboursement des fournisseurs d’intrants.


Au Bénin

La présence d’un grand nombre d’acteurs aux intérêts souvent contradictoires a donné naissance à un désordre indescriptible qui a entraîné la paralysie du système, en raison de l’absence d’une autorité forte pour imposer dans le système, la discipline à tous les secteurs.

Le déficit cumulé de la filière s’élèverait à plusieurs dizaines de milliards francs FCFA.

Présentement, la filière serait complètement paralysée en raison d’incompréhension totale entre l’Etat et l’interprofession.
La production de coton graine était passée de 500.000 à 100.000 de tonnes, avec des impayés assez importants.

D’ailleurs, l’Etat Béninois a été obligé de revenir sur la privatisation de sa filière cotonnière, en raison de l’imbroglio total dans lequel elle se trouvait.

Et cette campagne, les subventions de l’Etat à la filière coton se chiffrent à des dizaines de milliards francs CFA.

Au Togo

Après le départ de Kagnassy avec les impayés assez importants
vis-à-vis des fournisseurs et des producteurs qui avaient cumulé jusqu’à trois campagnes d’arriérés d’achat de coton, la filière serait complètement morte, car il n’ y aurait plus d’intrants, ni de payement du coton.

La production serait passée de 180.000 à 70.000 tonnes.


En Zambie

Ce serait l’échec total avec le repreneur LONRHO avec pour conséquences :

– la dégénérescence de la qualité du coton en raison de l’abandon

de la recherche et développement (recherche variétale),

– des pertes de plus 400 millions de dollars.

Au Burkina Faso


C’est la filière africaine qui paraissait se porter le mieux, en raison :

– de la présence de repreneurs sérieux dont Dagris ;

– de la privatisation par zone ;

– de la mise en place de structures de régulations mieux organisées ;

– de la présence d’organisations de producteurs bien structurées ;

– d’une plus grande transparence dans la gestion de la filière.
Mais malheureusement, elles n’ont pas pu résister à la crise mondiale du secteur coton, due essentiellement aux subventions américaines, européennes et chinoises, et à la parité euro/dollar défavorable.

Pour la campagne 2007/2008, la prévision de la production coton graine a chuté de 600.0000 à 300.000 tonnes environ.
Lors de la dernière recapitalisation, l’Etat a injecté environ 87 milliards francs CFA d’argent frais, pour relancer la filière, en payant sa part, celle des producteurs et celle de Dagris qui n’avait pas voulu participer.

Et le seul bénéfice que le Burkina aurait tiré de la privatisation de sa société cotonnière, serait le partage du déficit entre plusieurs sociétés, au lieu qu’il soit totalement supporté par une seule.

A la lumière de ces résultats, force est de constater que la privatisation n’a nullement résolu ni la question majeure des déficits structurels croissants, ni celle de la sécurisation des revenus des producteurs, ni le problème de la pérennisation des sociétés cotonnières.

En effet, toutes les sociétés cotonnières de notre sous- région sont déficitaires, et les subventions des Etats respectifs aux sociétés cotonnières n’ont nullement disparu.

C’est que la privatisation n’est pas une panacée, car le problème de nos filières est loin d’être un problème de mauvaise gestion, mais c’est plutôt un problème lié à la conjoncture internationale.

Cela est d’autant vrai qu’une étude de la Banque mondiale intitulée «Analyse comparative des reformes des filières coton en Afrique» présentée à Bamako, le 13 mai 2008 a abouti à la conclusion selon laquelle la privatisation n’était pas une solution à la crise du secteur coton.

Et ceci nous conforte dans notre opposition ferme à la privatisation de la CMDT qui, si elle devait se réaliser sera une vraie catastrophe pour le Mali.

Le plan d’action du PDES et l’initiative riz du gouvernement
Dans le plan d’action du PDES qui prévoit la production 10 millions de tonnes de céréales à l’horizon 2012, le maïs occupe une place importante.

Alors que la zone cotonnière produit 56% de la production du pays en céréales sèches (mil, sorgho, maïs) soit 1.461.962 en 2006/2007, dont 571.369 tonnes de maïs.

Dans la mesure où le coton reste la locomotive des cultures céréalières, sa disparition entraînerait infailliblement une hypothèse sur la sécurité alimentaire des zones cotonnières, voire celle du Mali. Car, on ne peut réaliser la sécurité alimentaire au Mali en ignorant les céréales sèches.


Le cas HUICOMA

La privatisation de l’HUICOMA a été un vrai désastre sur tous les plans.

A ce jour, on note plus de 800 travailleurs licenciés sans aucun plan social, et dont certains n’ont encore reçu aucun droit.

Tout simplement, parce que l’Etat a fui ses responsabilités en refusant avant la cession au privé, de laisser certains travailleurs partir dignement par le plan social, comme le syndicat l’avait demandé. En s’obstinant à retenir tous les travailleurs, il n’a fait que léguer au repreneur ses propres problèmes.
Ainsi :

– l’Etat est seul responsable de la misère et de la désolation nées dans les familles des travailleurs de l’HUICOMA ;

– l’Etat est seul responsable de l’éclatement de plus d’une centaine (135) de foyers des travailleurs à Koutiala, Koulikoro, Kita et Bamako ;

– l’Etat est seul responsable de la perturbation de l’éducation et de la formation des enfants des foyers des travailleurs de l’HUICOMA.

Cependant avec l’application du plan social, on pouvait parfaitement éviter ce drame social.

A la lumière de ce qui précède, la section syndicale filière coton réaffirme son opposition totale à ce processus de démantèlement de la CMDT car elle contribuera infailliblement :

– à détruire le tissu économique du pays,

– à mettre dans la rue des centaines de travailleurs qui viendront grossir les rangs des compressés, de déflatés, des partants volontaires à la retraite,…

– à perpétuer la misère et la désolation dans les familles des travailleurs,

– à accentuer la pauvreté dans notre pays, au lieu de la combattre,

– à hypothéquer la sécurité alimentaire au Mali,

– à hypothéquer le développement et la sécurité dans les zones cotonnières.

Inter de Bamako

Source Synapro filière coton

07 Juillet 2008