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« Il y a la loi qui autorise l’Etat à libérer sa part des actions de la CMDT. C’est ce que nous sommes en train de faire». Le Premier ministre, Modibo Sidibé s’exprimait ainsi avant-hier matin (7 juillet 2008) sur Radio France internationale (RFI). Lui qui avait gardé un lourd silence jusqu’ici au sujet de la privatisation de la Compagnie malienne de développement du textile (CMDT).

En réalité, les propos du chef du gouvernement malien en disent long sur le déphasage qui ne cesse de grandir entre l’Etat et le peuple : le rejet de la politique du gouvernement qui se trompe sur toute la ligne en matière d’écoute de l’opinion nationale.

Il n’est un secret pour personne dans ce pays que la question de la privatisation de la CMDT est un sujet qui fâche. Cet agacement se lisait dans le ton du chef du gouvernement qui s’employait à justifier la démarche de son équipe.

Pourtant, c’est tout le pays qui dénonce à cor et à cri (à l’exception d’une certaine catégorie) la prochaine privatisation de la CMDT. Hélas, les paroles proférées par le numéro 2 du régime démontrent que le peuple risque de ne pas adhérer à la privatisation de l’entreprise.

Ni les supplications des travailleurs de la CMDT, ni la signature d’une pétition par 2 millions de personnes (en cours) encore moins les états d’âme du monde paysan ne seront de taille à décourager ceux qui veulent démanteler ladite société. La question que l’on peut se poser alors est de savoir pourquoi, en dépit de la volonté majoritaire, le gouvernement persiste et signe.

La privatisation de la CMDT est un sujet de débats depuis 1994. Mais elle n’avait jamais été aussi prise au sérieux par les gouvernants. Qu’est-ce qui explique donc cet empressement de l’équipe Modibo Sidibé ? A ces questions, la réponse du Premier ministre (telle que prononcée sur les antennes de RFI) pourrait être du genre « nous le faisons parce que la loi nous l’autorise ». Ce serait quand même une drôle de façon de légitimer les actions en cours.

Le hic est que le peuple, pour l’intérêt duquel le gouvernement devrait travailler, exprime un avis contraire, à juste titre. Nous sommes dans la logique du dicton des anciens : « Rex Lex » (le roi est la loi). Puisque ce sont eux qui gouvernent, ils mettront la loi à leur service.

N’en déplaise aux députés des zones CMDT?

D’aucuns avancent l’argument selon lequel l’empressement du gouvernement est destiné à séduire les bailleurs de fonds. Ces étonnants samaritains ont récemment tenu une table ronde à Bamako au cours de laquelle ils ont dit qu’ils vont aider le Mali à sortir de la misère.

Mais cette largesse annoncée est conditionnée, ont-ils dit dans un doux euphémisme, à la privatisation des sociétés d’Etat ayant jusqu’ici échappé à la privatisation. Cette contingence multilatérale peut beaucoup gêner le gouvernement.

Le gouvernement ne doit pas toujours sourire aux bailleurs de fonds lorsque ces derniers lui conseillent des mesures non avantageuses. On peut quand même dire la vérité à son ami ! C’est au gouvernement d’évaluer, au nom de la continuité de l’Etat, les ravages de la privatisation imposée depuis des décennies par ses amis.

Certains syndicalistes, parmi les plus loyalistes, parlent d’un audit. C’est à Modibo Sidibé de faire comprendre à ses bailleurs de fonds que la CMDT est une école de développement humain.

Malgré ses problèmes, la CMDT construit des écoles, des routes, des centres de santé et des centres d’alphabétisation. Si Modibo Sidibé ne tient pas compte de tout cela, alors il n’est pas avec le peuple. Il ne gouverne pas pour nous !

Soumaila T. Diarra

09 Juillet 2008