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« Un système est en train de se mettre en place et qui se conforte dans le pays ». Voilà ce qu’a déploré le président du Rassemblement pour le Mali(RPM) à Ségou le week-end dernier. Cette déclaration quelque peu sibylline de l’opposant Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) décrit une réalité qui donne du pouvoir d’Amadou Toumani Touré une image inquiétante.

En effet, l’orateur n’est pas allé au fond de ses idées mais il a clairement dit : « ce système, dans l’ombre des privatisations et des exonérations déguisées, est en train d’enfanter de nouveaux riches qui sont prêts à tout pour prendre en otage le pouvoir ».

Ces propos du président du RPM, qui peuvent être durs à entendre pour ATT, sonnent comme un avertissement.

Un conseil du genre « si le président de la République, premier responsable du pouvoir, ne prend pas garde, il risque de laisser le pays couler dans le flot de la magouille et des petites combines mercantiles ».
Mieux, pour IBK, ne pas comprendre cela est preuve de myopie politique. Qui serait alors myope ? Il y en a sûrement beaucoup dont le leader du RPM n‘avait pas besoin de parler.

En tout cas, l’opposant s’en est pris indirectement aux hommes politiques taillables et corvéables. Ceux-là mêmes qui ne jurent que par le nom du président de la République, en oubliant de dire non quand le pays est en danger.

Par exemple, pour l’honorable Keïta, le rêve d’une récompense prochaine empêche ces derniers de reconnaître qu’il y a aujourd’hui « plus de spéculation que de pénurie » au Mali.
Outre IBK, des voix, en sourdine, dénoncent les agissements des nouveaux riches dont les proches sont impliqués dans toutes les questions économiques du pays.

Un jeune fonctionnaire, soudain épris d’un militantisme, sûrement pour sauver sa tête, ne veut plus rester spectateur d’un tel écart de conduite démocratique. « Ces gens ne voient que leurs propres intérêts. Il serait indigne de ne pas s’opposer à eux », a-t-il commenté.

Mais il reconnaît que les dés sont pipés. «Je suis au courant de tout. C’est le frère d’un ministre du gouvernement qui dirige au Mali une multinationale qui se propose d’acheter les régions CMDT de Sikasso et Bougouni qu’elle va fusionner à celle de la Côte d’Ivoire.

Cette société a même récemment offert des cadeaux à l’État. Elle veut embellir gratuitement le Parc zoologique de Bamako », a-t-il raconté.

Les exemples de ce genre sont légion au Mali et c’est ce qu’IBK a voulu dénoncer. Il refuse de se taire sur les magouilles qui entourent les privatisations. Si c’est juste pour que des fortunes mal acquises s’emparent des sociétés, malgré les risques encourus par les repreneurs.


Soumaila T. Diarra

22 Juillet 2008