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Depuis le conseil des ministres du 28 mai 2008, le processus de privatisation de la CMDT est passé à une vitesse supérieure. Ce jour là, le conseil des ministres du Mali a pris la responsabilité devant l’histoire d’adopter le projet de loi autorisant la cession des actions de l’Etat dans le capital de la CMDT.

Malgré les protestations de plusieurs associations de la société civile, d’associations de coton-culteurs et de syndicats, le gouvernement malien a décidé de se débarrasser de sa poule aux oeufs d’or.

Mais, l’opposition de certains députés à cette décision annonce que la partie ne sera pas de tout repos pour le ministre des finances qui doit convaincre les parlementaires maliens, le 5 juillet 2008, à voter la loi qui consacre le retrait de l’Etat du capital de la CMDT.

Le 18 juin 2008, le syndicat de la filière coton, conduit par son secrétaire général, Zakariyaou Diawara, a rencontré des députés maliens, conduits par le Dr Oumar Mariko. De cette rencontre, il est clairement apparu que le vote de loi relative à la privatisation de la CMDT ne sera pas une partie de plaisir pour le gouvernement malien.

Dans tous les camps, la veillée d’armes a pratiquement commencé. Le syndicat de la filière coton vient d’une tournée nationale d’information et de mobilisation des travailleurs de la CMDT et des coton-culteurs maliens.

La société civile malienne opposée à la privatisation de la CMDT, depuis des jours, est en train de faire le rappel des troupes pour des grandes manifestations de protestation.

Un certain nombre d’élus du peuple tiennent à jouer leur partition patriotique dans le rejet de la loi sur la privatisation de la CMDT. Depuis quelques jours, ils sont en séance d’information et de sensibilisation de leurs collègues. Et si aujourd’hui, une préoccupation dépasse les clivages politiques au Mali, c’est bien la décision impopulaire de la privatisation de la CMDT.

En attendant que des considérations politiciennes ne viennent diviser les députés, la communion et la solidarité affichée avec les coton-culteurs est un fait très rare dans notre pays.

A l’issue de la rencontre qui a duré un peu plus de deux heures, les responsables syndicaux se sont retirés de l’assemblée nationale avec la conviction qu’ils venaient de rencontrer des députés déterminés à barrer la route à la loi scélérate qui doit autoriser la privatisation de la CMDT. Idrissa Ouattara, député élu à Koutiala, a dénoncé le retard dans la réaction du syndicat.

De son côté, Yacouba Siguidodo, député élu à Sikasso, a indiqué qu’il n’arrive pas à s’expliquer le déficit d’une boîte comme la CMDT. Selon lui, malgré les difficultés actuelles, l’Etat doit tout mettre en oeuvre pour garder la CMDT dans son giron, mais devra prendre toutes les dispositions possibles pour assainir sa gestion.

Quand le gouvernement prend des décisions impopulaires rejetées par la majorité de la population, il faut qu’il ait la capacité d’accepter et de les ranger au placard le temps d’une meilleure sensibilisation”, a-t-il conclu.

Pour sa part, Ismaël Samaké, député élu à Sikasso, a soutenu qu’il a été regrettable de constater que les difficultés de la CMDT ont commencé seulement quelques mois après la grande fête de la production record. Il a estimé que quelque chose ne tourne pas rond dans le dossier de la CMDT.

Avant toute privatisation hasardeuse, il a souhaité que l’Etat situe les responsabilités dans la gestion du géant du coton après cette production record qui n’a pas apporté beaucoup de bonheur à l’entreprise. “Qui a bouffé l’argent de la CMDT? Est-ce les politiques, les travailleurs ou les paysans?”, s’est demandé le député. Avant de demander au gouvernement ce que le Mali gagnera à vendre la CMDT.


L’Etat ne doit pas privatiser la CMDT

Pour mettre le Mali à l’abri d’un désastre programmé par la vente de la CMDT, Ismaël Samaké a demandé à l’Etat malien de mettre fin à sa politique de sabotage de l’entreprise nourricière du pays, afin de l’épauler à retrouver son lustre d’antan. “L’Etat ne doit pas privatiser la CMDT parce que de mémoire de Malien on a jamais vu une entreprise privatisée qui est devenue plus performante. Au Mali, la privatisation semble ne pas être la solution la mieux indiquée.

Cherchons ensemble la solution malienne qu’il faut en la matière”, a-t-il conclu. Partant de l’avantage d’être un député élu dans l’épicentre de la zone qui cultive le coton au Mali, Housseni Guindo a souligné qu’on ne saurait présenter le problème de la filière coton en opposant l’Etat à la CMDT. Selon lui, c’est un conflit entre l’Etat et les producteurs de coton. Il a estimé que l’Etat ne peut pas arguer de la mauvaise gestion de la CMDT pour la privatiser.

Pour la simple raison que cette mauvaise gestion lui est imputable parce que ayant toujours désigné les gestionnaires du géant du coton malien. Il a aussi estimé que le déficit mis en avant pour justifier la privatisation de la CMDT ne tient pas la route. Si les américains, les européens et les chinois subventionnent leurs coton-culteurs c’est parce que la filière est déficitaire.

Ni les américains, ni les européens et les chinois n’ont privatisé leur filière au motif qu’elle était déficitaire. Au contraire, ils ont pris la responsabilité et contre les règles de l’OMC pour subventionner leurs paysans qui produisent le coton”, a-t-il déclaré. Housseini Guindo est convaincu que si le projet était soumis à référendum, il n’allait jamais passer au Mali.

Si c’était un referendum, la privatisation allait être rejetée à 100%”, a-t-il déclaré. Mais de telles décisions n’étant pas susceptibles d’être soumises à référendum au Mali, on constate que le gouvernement pourrait s’éviter un cuisant échec en mettant l’Assemblée nationale à contribution.

Plusieurs députés étant susceptibles de changer de camp et de décision en fonction de la pression de Koulouba ou de la primature, le 5 juillet 2008 sera édifiant quant à l’engagement patriotique de certains élus.

Pour sa part, le Dr Oumar Mariko a salué le syndicat de la filière coton pour sa démarche patriotique qui a consisté à venir éclairer les élus du peuple. “Il faut que les Maliens s’écoutent au lieu de passer des moments précieux à écouter l’extérieur”, a-t-il suggéré. Dr Mariko martèlera que les Maliens doivent comprendre que la CMDT a été faite contre la volonté de l’extérieur qui ne ratera aucune occasion pour la démanteler.

Je m’oppose à la privatisation de la CMDT parce que cette entreprise est une poule aux oeufs d’or pour notre pays si elle n’est pas sabotée par des politiciens qui sont à la solde de je ne sais qui”, a-t-il déclaré. A son avis, toutes les privatisations au Mali ont échoué. Il a égrené une longue liste d’entreprises qui n’ont pas survécu à leur privatisation : Betram, Smecma, Socima, Sonatam, Socoma, la régie des chemins de fer, l’opération thé de Sikasso, etc.

Pour cela, il a invité tous les députés maliens à analyser la situation de la CMDT de façon patriotique. “Si les difficultés de la CMDT s’ajoutent à la crise du nord, à la crise scolaire et à la crise céréalière, il faut craindre pour la démocratie malienne”, a-t-il conclu.

Assane Koné

20 Juin 2008