Partager

La Section syndicale de la filière coton menace d’hypothéquer la campagne agricole 2006 si des dispositions ne sont pas prises pour la satisfaction de ses doléances.

La Section syndicale de la filière coton, qui regroupe les travailleurs de la CMDT, de l’Huicoma et de la Société malienne des produits chimiques (SMPC), est sur pied de guerre.

A trois mois du début du processus de privatisation de la Compagnie malienne de développement du textile, elle vient de déposer sur la table du gouvernement un préavis de grève d’avertissement de 24 h dans les zones CMDT et Huicoma le 25 octobre prochain. Les syndicats de la filière coton exigent notamment la satisfaction d’une batterie de doléances.

Il s’agit, entre autres, de la clarification du plan social CMDT, son mode de fonctionnement et ses modalités d’application, l’implication des travailleurs et la prise en compte de leurs aspirations dans le processus de privatisation de la CMDT, du paiement intégral de 40 mois d’arriérés de salaires du personnel de la SMPC, la réinsertion des travailleurs licenciés de l’Huicoma de Kita, l’arrêt immédiat des poursuites judiciaires et la levée des sanctions contre les travailleurs Huicoma de Koulikoro, etc.

Dans un entretien mercredi, le secrétaire général du Syndicat, Zakariyaou Diawara, entouré de certains de ses co-syndiqués dont Mamadou Sissoko dit Kadhafi n’ont pas mâché leurs mots.

« Si à l’issue du mot d’ordre de 24 h, nous n’obtenons pas satisfaction, nous allons passer à la méthode forte, c’est-à-dire hypothéquer la campagne. Donc, il n’y aura pas de campagne cette année », prévient le secrétaire général.

Il dénonce le flou qui entoure la question du plan social. « Quand on parle de privatisation, il y a forcément licenciement. Dans le cas de la CMDT, l’Etat malien s’entête à soutenir qu’il n’y aura pas de licenciement. Ce qui est faux car dans l’article 5 du plan social élaboré et appliqué en 2003 à 596 agents, il est clairement dit que ce plan couvrira toute la durée de la privatisation », a expliqué le secrétaire général.

Pas de privatisation sauvage

Abondant dans le même sens, son camarade Kadhafi qui dénonce une privatisation sauvage, soutiendra que « chat échaudé craint l’eau chaude. Le cas de l’Huicoma est un exemple frappant. Le gouvernement s’était engagé à financer le plan social de cette société, mais il n’a pas pu l’honorer. Nous souhaitons que le plan social qui a connu un début d’exécution soit pris en compte par l’Etat et non par le repreneur », a-t-il ajouté.

Selon eux, plus de 181 agents seraient déjà ciblés pour être mis à la porte. Les syndicalistes dénoncent également l’exclusion des travailleurs du débat sur la privatisation notamment par le chef de Mission de restructuration de la CMDT. Ce dernier, que nous avons tenté de joindre en vain (Ndlr, il serait en congés) serait hostile à toute revendication du syndicat.

« Quand nous lui avons demandé une audience, il a refusé de nous recevoir pour la simple raison que notre collègue Kadhafi faisait partie de l’équipe », a affirmé M. Diawara avant d’ajouter : « la Mission de restructuration de la CMDT a organisé récemment un séminaire auquel elle a associé tous les acteurs de la filière, sauf la Section syndicale. Et quelle ne fut notre surprise d’entendre au dernier conseil des ministres que tous les acteurs ont été associés au processus de filialisation. C’est faux, les travailleurs n’ont jamais été associés à ce débat », s’est indigné M. Diawara.

La Section syndicale de la filière coton s’oppose à la  » disparition » de la compagnie cotonnière. Elle souhaite le schéma de privatisation du Burkina, c’est-à-dire garder la société-mère à côté des nouvelles sociétés.

Mais, regrette Kadhafi, « nous découvrons de plus en plus que tel n’est pas le cas au Mali. On a choisi de faire disparaître totalement la CMDT avec tous ses énormes acquis et avec toutes les conséquences que cela pourrait engendrer ».

En tout cas, les syndicalistes, qui dénoncent le silence coupable de l’UNTM, se disent déterminés à aller jusqu’au bout de leurs revendications.

Sidiki Y. Dembélé

12 octobre 2006.