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Le processus de privatisation de la Compagnie malienne de développement des textiles (CMDT) suit son cours normal et des Maliens continuent d’exprimer leurs inquiétudes et désapprobations.

Le PDG de la CMDT, Ousmane Amion Guindo, qui s’est montré sceptique dans les colonnes de notre confrère français « Libération » leur donne-t-il raison ?

Si les travailleurs de la compagnie n’ont jamais arrêté de multiplier des réunions au cours desquelles ils fustigent la volonté des autorités en extériorisant leur scepticisme, les responsables commencent eux aussi à se montrer dubitatif envers la privatisation.

Dans un article paru le jeudi 15 mai sur le site internet du journal français « Libération », le PDG de la CMDT, Ousmane Amion Guindo, fait cas de son doute en faisant allusion aux échecs dans des pays jadis reluisants en la matière. «Au Bénin, au Togo, les privatisations du secteur coton ont été un désastre. Les répreneurs ont coulé la filière en empochant un petit pactole », a affirmé M. Guindo.

Pis, le PDG de la CMDT ne croit pas beaucoup aux mesures de contrôle et de négociation des prix avant et pendant la campagne agricole : « En voulant continuer de contrôler les prix par ces institutions, le gouvernement espère limiter la casse.

Mais on court à l’échec. Quelle société sérieuse acceptera d’investir dans une entreprise si elle ne choisit pas son prix de vente sur le marché et si on lui impose des prix d’achat aux producteurs »?, a affirmé le PDG Guindo.

Le hic, selon M. Fagnanama Koné, responsable de la Mission de restructuration du secteur coton, est qu’« en contournant le principe d’un prix plancher, on en est arrivé à payer les producteurs à 160 francs CFA le kilo en 2005. Cette année-là, la crise a été telle que la production a chuté de 50 % « .

Et de cette date à maintenant, la production continue de baisser lamentablement et des milliers de paysans ont dit adieu à la culture du coton.

Que faut-il faire donc si des responsables clés de la filière sont incrédules en ce qui concerne l’avenir de notre coton avec l’ « entêtement » des autorités à privatiser la CMDT? En tout état de cause, ces affirmations donnent raison à tout ceux qui disent « non » à la privatisation du « cœur » du Mali.

Solution de facilité

La primauté du coton dans le développement socio-économique du Mali n’est pas à discuter. La filière, dont le chiffre d’affaires est de l’ordre de 200 milliards de F CFA (20 à 25 % du budget national) nourrit au minimum 4 millions de personnes avec 1200 personnes employées à la CMDT.

Annuellement, l’Etat bénéficie de 15 milliards de F CFA à travers les recettes fiscales et douanières. L’arbre ne doit pas cacher la forêt.

Depuis une décennie, le coton malien est très mal en point et ne serait pas loin du désastre inimaginable, en partie à cause des subventions américaines et européennes accordées à leurs cotonculteurs.
Face à ce scénario l’Etat n’a trouvé mieux que la privatisation pour sauver la filière.

Mais « cette solution de facilité » est dénoncée partout, car, soutient-on qu’à l’image des autres privatisations avortées, elle conduira à un scénario des plus catastrophiques. Les principaux concernés que sont les paysans, n’ont cessé d’exprimer leur amertume, qui semble être tombée dans des oreilles de sourds.

La semaine dernière, le RPM lui aussi était monté au créneau pour exprimer sa désapprobation du processus de privatisation entamé.

Le parti du tisserand pense que « ce schéma préconisé ne donne aucun gage de viabilité économique ni de prospérité. L’Etat a été entraîné dans un processus qu’il ne maîtrise pas. Les décisions de la privatisation de la CMDT dans les conditions actuelles trahissent le destin de la CMDT et le destin du Mali ».

Le parti d’Ibrahim Boubacar Keita avait été précédé par des étrangers écoeurés par la volonté manifeste de nos autorités de privatiser la CMDT. Maurice Adevah-Poeuf, ancien député français du Puy-de-Dôme (PS), spécialiste du coton malien et ancien professeur à l’Ecole normale supérieure (Ensup) de Bamako prévoit un drame « inéluctable » vers fin 2008. « Aucun groupe bancaire n’a accepté de financer le crédit intrants faute de garantie.

Personne n’est en mesure de fournir des semences aux paysans et les salariés sont découragés et démotivés, particulièrement les meilleurs et les plus compétents », a souligné le conférencier avant de faire allusion aux échecs de privatisation de l’Huicoma, de Betram et des filières coton en Afrique.

A cause de cet échec global, c’est tout « le Mali qui sera appauvri ». Aux termes d’analyses, la centrale syndicale l’UNTM est aussi parvenue à la même conclusion.

Cependant, l’on se dirige indéniablement vers la fin du processus de bradage, ce après quoi le nouvel acquéreur prendra les commandes de la CMDT.

Ogopémo Ouologuem

(stagiaire)

22 Mai 2008