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Au cours d’un débat synchronisé sur Radio Uyesu de Koutiala, un député élu dans cette circonscription a déclaré que les députés élus dans la Capitale de l’Or blanc sont en train de faire circuler une pétition contre la privatisation de la Compagnie malienne pour le développement du textile (CMDT).

Le député en question a aussi fait savoir que même le ministre de l’Agriculture, Tiémoko Sangaré, qu’il a rencontré un jour dans son bureau, ne partage pas l’idée de privatisation. Selon le député, le ministre Sangaré lui a dit qu’il est dans un gouvernement et qu’il est tenu de faire preuve de solidarité gouvernementale.

Toujours au cours des débats, le député a fait d’autres révélations, selon lesquelles, un cadre de la Banque mondiale en mission au Mali lui a fait des confidences en déclarant que « le Mali n’a rien à gagner dans la privatisation de la CMDT ».

Le cadre de la Banque mondiale a préconisé le lobbying de la presse et des députés pour empêcher cette privatisation. Le débat en langue nationale bamanan, qui a duré de 20 h 30 à 21 h 30 a tenu en haleine la population majoritairement composée de cotonculteurs.

Le député revenait de Sikasso, qui a abrité en début de semaine une rencontre des députés et des cotonculteurs sur la privatisation de la CMDT contre laquelle ils se sont manifestés.

Sidiki Doumbia

(envoyé spécial à Koutiala)



Dougoutigi tout puissant ou fantoche ?

Le quartier constitue l’un des premiers maillons d’un système d’organisation socioculturel qui lui confère une importance particulière sur l’échiquier politique et administratif du Mali.

Cependant, depuis une quinzaine d’années, « de nombreuses contraintes entravent l’administration des quartiers », selon une instruction du département de l’Administration territoriale, adressée aux gouverneurs et préfets et maires.

Les « contraintes » listées par l’administration ont pour noms : la non-clarification des conditions de création des villages, de la fraction et du quartier ; de la désignation des membres de leurs conseils ;

le non-renouvellement des conseils depuis 1988 ; l’inadaptation du mode de désignation du chef de village, de la fraction et du quartier ; la remise en cause, par les tribunaux, des décisions administratives relatives à la nomination des chefs de village, de fraction ou de quartier, au motif qu’elles se fondent sur les avis de conseils dont les mandats ont expiré.

Le ministère de l’Administration territoriale, face à ces problèmes, vient de décider du renouvellement des mandats des conseillers de quartier. Occasion pour nous de nous pencher sur ce corps méconnu, mais présent au cœur de tous les scandales fonciers et autres. Au Mali, les chefferies sont des entités politiques et administratives sur des territoires limités. Chez nous, les chefferies étaient des micro Etats pré-datant la colonisation.

Le chef appartenait généralement à la noblesse locale. Le terme en lui-même a deux significations : c’est une appellation d’origine coloniale qui désigne les institutions socio-politiques typiques : la chefferie apparaît comme une forme intermédiaire entre les sociétés lignagères et les royaumes.

Nombreux sont les auteurs arabes, soudanais et plus tard européens qui ont apporté des témoignages parfois oculaires sur l’histoire du Mali avec des épisodes sur sa richesse en or et sur ses chefferies, éclairées, sanguinaires ou organisées selon la vision, la sensibilité du narrateur ou l’auditoire. De l’Empire du Mali à celui des Songhaï ; du royaume bambara de Ségou à la Dina du Macina, le pays a connu des chefferies célèbres.

La fin du 16e siècle, marque un tournant dans l’histoire du Soudan occidental : la fin des grands empires. Il s’en est suivi une longue période de crises politiques et de petites chefferies qui se succédèrent jusqu’à la conquête coloniale.

En décidant de renouveler les chefs de quartier, de faire en sorte que le mandat soit électif, le gouvernement ne réveille-t-il pas un chat qui dort ? Quelles étaient les pratiques, quel rôle pour ces chefs de quartiers, que représentent-ils réellement et quels enjeux pour ces élections… sont les aspects que nous vous présentons dans ce dossier.


Alexis Kalambry

27 Juin 2008