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Tout au long des négociations entamées depuis octobre 2006 entre la section syndicale de la filière coton et les émissaires du gouvernement, ces derniers ont toujours fait croire que le plan social du 19 février 2003 qui avait permis le départ de 595 travailleurs de la CMDT à la retraite restait en vigueur jusqu’à la fin de la privatisation. Au même moment le gouvernement, comme revendiqué par la section syndicale, refusait de s’engager par écrit pour le financement de ce plan dans la perspective de la privatisation de la CMDT dès l’année prochaine. Un rapport d’étude commandité par la Mission de restructuration du secteur coton stipule que le plan social de 2003 est caduc car, dit-il, il était destiné uniquement à la restructuration et ne peut concerner la privatisation.

La privatisation de la CMDT visant à redynamiser la filière cotonnière entrera dans sa phase finale dès l’année prochaine. On se rappelle que suivant le schéma opérationnel de privatisation adopté par le gouvernement le 4 octobre 2006, cette privatisation va se matérialiser par la création de quatre nouvelles sociétés cotonnières dans chacune desquelles, le capital sera détenu à 61 % par l’opérateur de référence, à 20 % par les producteurs, 17 % par l’Etat et 2 % par les travailleurs.

Ce schéma retenu par le gouvernement, ne garantit pas, aux yeux des syndicalistes, un avenir meilleur pour les travailleurs devant être repartis entre les différentes sociétés cotonnières.

En effet, toutes les expériences de privatisation de la filière cotonnière qui ont eu lieu en Afrique de l’Ouest ont échoué. Malgré la promesse faite par le premier ministre, Ousmane Issoufi Maïga, lors de sa tournée dans les zones cotonnières qu’«il n’y aura pas de privatisation sauvage» la section syndicale de la filière coton est convaincue que le Mali ne fera pas de miracle.

L’échec est déjà patent avec une compagnie pratiquement en cessation de paiement. C’est pourquoi, le syndicat avait exigé du gouvernement une reconduction du plan social du 19 février 2003 qui avait été appliqué lors du départ de 495 travailleurs de la compagnie.

Ce plan jugé alléchant avait servi de base au plan social de la Régie des chemins de fer du Mali. Le gouvernement ne semble pas prêt à reconduire ce plan social malgré deux grèves observées les 21-22 mars et les 2-4 avril 2007 par les travailleurs de la CMDT.

Dans les préavis de grève les syndicalistes revendiquaient leur implication dans la commission technique de suivi mise en place par décision n°06-00102 MEF/SG du 24 novembre 2006 et dans toute autre commission créée à cet effet et la formalisation par écrit du financement par l’Etat du plan social de 2003 de la CMDT et d’appliquer ce plan social avant la filialisation de la CMDT.

Quoiqu’il en soit, malgré la position du gouvernement comme quoi, il n’y aura aucun licenciement et que tous les travailleurs seront affectés aux différentes filières, les travailleurs conscients qu’il y aura un sureffectif dans ces entités qui ne seront jamais comme une entreprise publique, pensent que la meilleure manière d’éviter le pire est de permettre le départ de certains travailleurs dont le nombre et les personnes concernées seront déterminés par une commission créée à cet effet.

Malheureusement pour les salariés de la compagnie, le gouvernement n’est pas dans cette logique. Ainsi, le rapport provisoire sur «l’étude portant sur l’identification et l’analyse des échéances juridiques du processus de privatisation de la CMDT» réalisé par le Cabinet d’avocats Brysla Conseil et commandité par la Mission de restructuration du secteur coton, publié au mois d’avril dernier, stipule en son point relatif à l’avenir des travailleurs dans le processus de privatisation, que «le plan social du 19 février a été conçu pour la restructuration. La filialisation /privatisation étant une autre phase, ce plan social est de facto caduc. Il visait expressément une catégorie de salariés auxquels il devrait s’appliquer».

Ce rapport est publié à un moment ou la section syndicale observait un repli par rapport à ces revendications consignées également dans le cahier de charges de l’Union nationale des travailleurs du Mali (UNTM), objet de négociations actuellement entre le gouvernement et la principale centrale syndicale des travailleurs.

En tout cas, la section syndicale de la filière coton voit en ce rapport une manigance du gouvernement pour se rebiffer dans un refus de reconduction et de financement du plan social. _ Elle entend user de tous les moyens légaux pour défendre les intérêts de ses militants.
_ L’observation d’une grève illimitée, assure une source syndicale, n’est pas à écarter si le gouvernement persiste dans sa position.

Youssouf CAMARA

11 mai 2007.