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La compagnie malienne pour le développement des textiles (CMDT) est dans les escarcelles des institutions de Bretton Woods depuis belle lurette. Celles-ci ont exigé la privatisation du géant du coton malien comme condition sine qua non de leur aide au développement.

Une privatisation qui est loin d’être un gage de réussite. Loin s’en faut. Le gouvernement malien avait, dans un premier temps, suscité la création d’une société cotonnière autonome en zone OHVN (Office de la Haute Vallée du Niger) avec les actifs de la CMDT.

C’est ainsi que le 30 septembre 2002, un appel d’offres international avait été lancé pour la vente des usines d’égrenage de Bamako, Kita et Ouélessebougou. L’échec de l’opération qui s’est soldé par le retrait tour à tour des principaux prétendants (le groupement Reinhart/IPS, Louis Dreyfus cotton international, Dunavant SA) a sonné le glas de cette première option.

Pendant que le gouvernement misait sur 18 milliards, la multinationale Danavant SA qui été le seul à faire une offre financière s’était limitée à 6 milliards. La vente des trois usines d’égrenage sur les 17 que compte la CMDT se faisait dans l’optique de créer une nouvelle société cotonnière privée couvrant la zone OHVN et la région de Kita en prélude à la privatisation de la CMDT à l’horizon 2005 par la réduction des parts de l’Etat à 20 % et l’ouverture du capital aux privés.

Entre temps, les bailleurs de fonds ont exigé le désengagement de la CMDT des missions de service public (pistes rurales, hydraulique villageoise, alphabétisation) pour recentrer ses activités sur la production cotonnière.

Ce désengagement est allé de pair avec le dégraissage du personnel. Le 31 mai 2003, la CMDT a été contrainte de licencier 600 travailleurs sur un total 2 200 agents. Et l’État a déboursé une enveloppe de 8,5 milliards de F Cfa pour financier le plan social qui sera en partie remboursé par l’entreprise.

Le désengagement de la CMDT des missions de service public a joué sur les performances de l’entreprise. Les missions transférées à l’État n’ont pas été convenablement exécutées.

Date butoir : 2008

Après l’échec cinglant de la vente des actifs de la CMDT, l’option privatisation pour autant n’a pas été abandonnée.
Des études ont été menées pour diviser la CMDT en trois ou quatre zones autonomes à privatiser. Entre temps, Dagris a approché discrètement la CMDT pour lui proposer le rachat des trois usines d’égrenage.

Dagris qui a fait mieux que le courtier américain Dunavant aurait proposé une somme plus proche de 18 milliards et était soutenu par la Banque mondiale qui avait auparavant interdit à la société française de participer à l’appel d’offres en tant qu’entreprise publique.

La CMDT a décliné l’offre de Dagris qui avait entamé sa mue vers une société privée. Pensant que le Mali traîne les pieds dans le processus de privatisation de sa société cotonnière, la Banque mondiale a décidé en 2004 de fermer son robinet.

Près de 39 milliards de francs Cfa n’ont pas été financés pour le Mali. Ce n’était que partie remise. Les institutions de Bretton Woods sont revenues à la charge en 2005. Le gouvernement a été contraint de lâcher du lest.

Le chronogramme de la privatisation de la CMDT a été repris. La date été repoussée de 2006 à 2008. Le calendrier prévoyait l’ouverture du capital de la CMDT aux associations de producteurs en novembre 2005, la création d’une bourse du coton en novembre 2005 et la formation de coopératives cotonnières régionales en mai 2006.

Les deux dernières étapes : la décentralisation de la gestion de la CMDT au niveau de la zone de production avant juillet 2006 et l’adoption d’un schéma opérationnel de privatisation en novembre 2007. A part le schéma opérationnel qui est en cours d’élaboration, aucun délai n’a encore été respecté. Et ce schéma pèche à plusieurs niveaux. S’achemine t-on vers un nouvel échec ?


Fousséni Traoré

12 septembre 2006.