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Dans un document intitulé “réaction de la CAD-Mali auprès de l’Assemblée nationale face à la privatisation de la CMDT”, Mme Barry Aminata Touré, présidente de la coalition des alternatives africaines dette et développement (CAD-Mali), a déclaré que l’organisation qu’elle a l’honneur de diriger, fidèle à sa mission et à ses objectifs, n’a jamais cautionné la privatisation/bradage de nos sociétés et entreprises d’Etat.

Elle a rappelé qu’au cours de l’année 2005, afin de dénoncer les conditionnalités de la Banque Mondiale et du Fonds monétaire international inscrites dans le cadre stratégique de lutte contre la pauvreté première génération, la CAD-Mali avait lancé une campagne d’information sur l’étendue du territoire du Mali pour clarifier sa position et réaffirmer sa totale désolidarisation au principe de privatisation de la CMDT.

Selon elle, au cours de cette campagne, plus de 15 000 pétitions, reflétant l’avis défavorable des paysans sur cette privatisation, ont été collectées dans le Mali profond, notamment à Kita, Sikasso, Fana, Ségou, Koutiala, Bougouni et Niono.

Les résultats de cette campagne, bien que transmis au gouvernement à l’époque, sont restés sans réponse de sa part”, a-t-elle révélé. Avant d’ajouter qu’à la surprise générale des Maliens, le Cadre stratégique pour la croissance et la réduction de la pauvreté (CSCRP) 2007-2011 a reconduit le principe de la privatisation de la CMDT.

Après analyse de la situation, la CAD-Mali par la voix de sa présidente constate que le principe de filialisation de la CMDT n’est rien d’autre qu’un mécanisme de morcellement politique des zones cotonnières et leur préparation pour une érection en zones d’influence et d’exportation dont le capital est exclusivement réservé aux entreprises privées étrangères.

Elle a aussi estimé que l’interprofession coton, telle que présentée dans le schéma de la privatisation de la CMDT, est symptomatique d’un transfert des missions de l’Etat malien aux privés qui se substituent désormais à lui dans ses missions régaliennes.

Les missions de gestion des intrants agricoles, d’entretien et de réparation des routes/pistes connues du domaine de l’Etat, dans le cadre de cette privatisation, seront confiées aux privés”, a-t-elle noté.

Avant de se demander si ce n’est pas là une chronique de vente du patrimoine national au secteur privé. La présidente de la CAD-Mali se demande comment le privé fera pour jouer le rôle d’appui aux communautés, moteur du développement national.

En attendant qu’on lui donne des réponses rassurantes à ces questions, Mme Barry Aminata Touré a affirmé que la CAD-Mali reste convaincue que la filière coton apparaît comme la plus importante source de création et de redistribution de revenus au Mali et particulièrement en zones rurales. “Elle est donc l’un des meilleurs instruments de lutte contre la pauvreté”, a-t-elle déclaré.

Avant de révéler que de 1999 à 2007, la CMDT a injecté dans l’économie du Mali environ 1400 milliards. Cette coquette somme est repartie en raison de 800 milliards de FCFA au profit du monde rural à travers l’achat de coton graine, 80 milliards de FCFA pour les banques, 100 milliards de FCFA pour le secteur des transports, 100 milliards de FCFA pour le trésor public au titre des divers impôts et taxes, 70 milliards de FCFA de salaires et 220 milliards de FCFA pour la multitude de prestataires dont les activités sont directement liées à celle de la CMDT.

Pour toutes ces raisons, Mme Barry Aminata Touré, au nom de la CAD-Mali, a invité les députés maliens à faire bloc avec le peuple pour rejeter la loi sur la privatisation de la CMDT.

En commettant le forfait de la privatisation de la CMDT, le gouvernement du Mali signe une vraie catastrophe pour le Mali”, a-t-elle déclaré. Avant de se révolter et demander si nous sommes vraiment dans un Etat démocratique où le pouvoir doit s’exercer par le peuple et pour le peuple.

Quelle que soit la réponse à cette question, la présidente de la CAD-Mali estime que l’arbre ne doit pas cacher la forêt. “Disons non”, a-t-elle proposé aux députés. Selon elle, le non des députés est aujourd’hui attendu pour la simple raison que la volonté du peuple s’exprime avant tout par le législateur qui en est son protecteur face à l’irresponsabilité du pouvoir exécutif, face à un monde néolibéral et capitaliste.

Elle a aussi estimé que l’Assemblée nationale doit dire non au vote de cette loi pour la simple raison qu’en dépit des multiples contestations et manifestations des paysans, le gouvernement du Mali poursuit inexorablement sa volonté de privatiser la société publique qui nourrit directement 3,5 millions sur les 12 millions de Maliens, soit 32% de la population totale du pays.

La présidente de la CAD-Mali a ajouté que les députés doivent dire non, parce qu’ils ont été les derniers à être consultés aux fins d’instrumentalisation, pour qu’ils signent de leur macaron et de leur main levée, le forfait intitulé: “vote en faveur de la loi portant privatisation de la CMDT”.

La CAD-Mali pense aussi que les députés maliens doivent refuser d’être les complices du “vote pour fossoyer les âmes vivantes des zones cotonnières du Mali et pour hypothéquer le patrimoine économique national”.

Enfin, Mme Barry a estimé que l’Assemblée nationale doit dire non parce qu’en votant la loi sur la privatisation de la CMDT, ils vont compromettre l’avenir de la jeunesse rurale, la vie de millions de cotonculteurs maliens et, du coup, répondront favorablement à l’écho de l’ordre néolibéral capitaliste perpétuant les pays pauvres dont le Mali dans un système d’exploitation économique, social et idéologique.


Assane Koné

23 Juillet 2008