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La privatisation de la Compagnie malienne de développement textile (CMDT) et l’Initiative riz sont aujourd’hui les deux thèmes phares qui alimentent les causeries dans les grins et salons feutrés de Bamako. Il ressort des différents débats que les Maliens se perdent en conjectures.

Malgré les réticences formulées par ci et par là quant à une réussite de l’Initiative riz et à la privatisation de la CMDT, le président ATT et son Premier ministre font les choses à leur tête comme si l’avis du peuple ne compte pas dans un système démocratique.

Lancée avec un battage médiatique impressionnant au moment où les paysans avaient déjà leur propre calendrier pour la saison des pluies et malgré l’engagement du bout des lèvres par le président ATT à Sognikégni, l’Initiative riz, opération commando du Premier ministre, Modibo Sidibé, est une anarque qui ne dit pas son nom.

Elle participe à la consolidation de la bande de bourgeois qu’on veut coûte que voûte nous imposer. Et les hommes et les femmes qui animent cette mafia ont mis en coupe réglée l’économie malienne depuis l’avènement de la démocratie. Malheureusement, il se trouve que les deux têtes de l’exécutif font partie de cette oligarchie.

Après avoir aidé le régime corrompu de Alpha Oumar Konaré a pillé une bonne partie de nos richesses, le général président et son homme de lige, eux aussi, veulent brader le peu qui reste de notre patrimoine.

L’Initiative riz, qui prévoit plus de 1million de tonnes de riz, couvrant le besoin national 900.000 tonnes avec un excédent de 100.000 tonnes, n’est pas en soi une mauvaise chose. Mais sa gestion pose problème.

Les initiateurs sont plutôt intéressés par l’argent qui sera englouti dans cette nébuleuse. Et le contribuable malien, qui blanchit encore sous le harnais de la vie chère, se voit dérober plus de 40 milliards.

Plus le temps passe, l’horizon s’éclaircit. L’Initiative riz est une initiative mercantile montée de toute pièce pour faire tourner l’usine d’engrais «Toguna» dont son ami président serait un des grands actionnaires. Sinon, on ne peut pas dans un pays où les premières pluies avaient commencé à tomber, annoncer à grande pompe une opération de telle envergure. Elle a provoqué un séisme chez les paysans. Ils ne s’attendaient pas du tout à cela.

Beaucoup d’entre eux, qui avaient déjà fait leurs pépinières, ont été sommés d’attendre le «Nerica». L’attente a trop duré. Jusqu’à ce qu’un paysan, très fâché, a craqué à Sognikégni lors du lancement de la saison «M. le président, la pluie va- t-elle nous attendre ? Dans une position défaitiste», il a lâché «Je vais moi-même reprendre l’Initiative riz». Comme s’il avait un remède miraculeux pour les paysans.

Les intermédiaires tirés sur volet pour importer les intrants se frottent déjà les mains. Partout, c’est la spéculation. Même l’engrais subventionné n’y échappe pas.
Les paysans, maillons faibles de la chaîne, seront au bout de compte les perdants. Beaucoup s’en tireront dans ce jeu avec des dettes colossales. Conséquence : retrait de leur champ pour ceux qui sont dans les zones de l’Office du Niger. Et les autres, la prison.

Quant à la privatisation de la CMDT, la convocation de l’Assemblée nationale en session extraordinaire par le Premier ministre, Modibo Sidibé, en dit long sur la gestion clanique du régime déguisé des généraux. Cette session donnera le feu vert au gouvernement d’arriver à ses fins : la privatisation de la CMDT.

Personne ne comprend l’entêtement du gouvernement à brader vaille que vaille un fleuron de notre économie.
Au lieu de s’acharner sur la privatisation de la CMDT, ATT doit d’abord régler le payement aux producteurs des 17,5 milliards d’arriérés de prix d’achat du coton graine au titre de l’exercice 2007/2008.

Si ATT aime à le dire que c’est sous la pression de l’extérieur qu’il cède, il ne pourra pas le dire pour le cas de la CMDT. Cette fois ci la Banque mondiale, au regard de la privatisation des sociétés cotonnières en Afrique, a été, on ne peut, plus clair. Elle a formulé des réserves sur la privatisation de la CMDT.

La section syndicale filière coton ainsi que d’autres associations sont montées au créneau pour dénoncer la privatisation de la CMDT.

Avec l’Initiative riz, on comprend aisément que la CMDT s’écroulera. On a crée deux types de paysans : Les uns (ceux qui cultivent le riz) bénéficiant des subventions sur les intrants et les autres doivent se débrouiller. Et au moment où tous les efforts sont dirigés vers les zones rizicoles, les paysans de la zone cotonnière attendent toujours les intrants.

C’est paradoxal, au moment où le cours de la fibre sur le marché amorce une phase ascendante que les autorités maliennes se décident à détruire la CMDT.
Rien n’arrêtera la marche du président ATT et Modibo Sidibé vers ceux qu’ils appellent un «un défi».

Les enjeux sont majeurs. La CMDT est un patrimoine foncier et immobilier. L’objectif, pour ATT et son clan, est de mettre la main sur ce patrimoine. Partout où il y a une usine d’égrenage, c’est des milliers d’ha.
A Bamako, c’est une cité au quartier du Fleuve. Si les bourgeois se sont partagés HUICOMA, il n’en serait pas de la CMDT.

Le président ATT et son clan sont décidés à s’accaparer des dépouilles de la CMDT pour prendre une avance sur l’autre camp.

Yoro SOW

21 Juillet 2008