Partager

Le National Démocratic Institute (NDI), dans le souci de renforcer les partis politiques, ne rate aucune occasion pour les soutenir dans leurs initiatives de formation. Mais l’atelier qu’il a co-organisé avec le Rassemblement pour le Mali (RPM) le samedi 26 avril ne ressemble-t-il pas à un règlement de compte politique ?

Le point de vue du RPM présenté par le Dr Aly Kouriba, coordinateur du collège scientifique de l’atelier, sous l’œil vigilant d’Ibrahim Boubacar Keita, ne cible-t-il pas directement l’ex-militant du parti Ousmane Amion Guindo, PDG de la Compagnie Malienne pour le Développement des Textiles (CMDT).

Le RPM préconise un programme d’assainissement de la gestion de la CMDT par la réduction globale nette des charges dont la simplification et la transparence des procédures de passation des marchés, le renforcement et la distribution des sanctions.

Parmi les huit mesures préconisées pour sortir le géant du coton malien de l’ornière, le conférencier a cité une batterie d’actions “pour assainir la gestion managériale et financière de la filière, en dotant la CMDT d’une direction efficace, rigoureuse et visionnaire dont l’ambition sera de servir les intérêts de l’Etat et non des intérêts particuliers “.

Pour IBK et ses partisans, les maux dont souffre la CMDT sont de la faute de l’actuelle direction qu’il faut enlever puisqu’elle ne sert que des intérêts particuliers.
Mais ignorent-ils que la CMDT croule aujourd’hui sous le poids de déficits cumulés depuis une décennie de 170 milliards de francs Cfa compromettant la survie même de la société.

A titre d’exemple, la CMDT a accusé en 1999 un déficit de 28 milliards de francs Cfa. En 2000, ce fut un trou de 23 milliards et en 2005 la société a atteint le chiffre record de déficit de 47 milliards de francs Cfa. De 1999 à aujourd’hui, toutes les directions successives ont été confrontées à l’épineux problème de gestion des déficits.

Face à ces déficits cumulés, il faut faire preuve de beaucoup d’intelligence et d’imagination pour assurer la survie même de la filière. Le simple fait de continuer à produire, collecter, acheter, égrener et vendre le coton devient une prouesse.

Mais l’atelier du RPM n’a pas fait cas de ces déficits cumulés qui plombent la société. En fait, ceux qui sont censées parler de cette réalité n’ont pas été invités à l’atelier : ni la direction de la CMDT, ni le syndicat des travailleurs n’ont été conviés. Le RPM s’est contenté d’inviter la Mission de restructuration du secteur coton (MRSC) dont la vocation est même la privatisation de la filière sous la houlette du capital mondial.

On ne serait pas étonné pourquoi les vraies raisons des déboires de la CMDT n’ont pas été évoquées. Elles sont pourtant connues.
Jadis appelé or blanc ou la richesse des pauvres, le coton fleuron de nos économies d’antan est devenu aujourd’hui une source d’angoisse et de difficultés graves.

Le problème du coton africain reste un véritable supplice de Tantale. Bien qu’elles produisent tant de coton en quantité et en qualité, les filières africaines, à l’image de la CMDT, ne récoltent que des déficits depuis environ une décennie.

C’est le résultat des pratiques déloyales et inéquitables des grandes puissances du commerce international : Etats-unis, Europe … La chute des cours du coton est accentuée par l’effet dépressif qu’exercent les subventions agricoles des pays du Nord, la faiblesse du dollar face à l’euro et au franc Cfa, le coût élevé du pétrole et les produits dérivés etc.

Les plaidoiries tous azimuts en faveur de l’allègement de ces subventions au grand bénéfice des cotonculteurs africains sont jusque-là restées vaines.

La rencontre de l’Association cotonnière africaine (ACA) qui s’est tenue à Bamako en février dernier a été édifiante sur la déliquescence des sociétés cotonnières africaines. Elles ont toutes cumulé des déficits chroniques. Et sans une remonté des cours sur le marché international, l’avenir reste sombre.

Mais ce qui est déconcertant au niveau du RPM, c’est qu’il est d’accord avec la privatisation de la CMDT même s’il demande un moratoire de trois ans. Ignore-t-il que la privatisation a été dénoncée par tout le monde producteurs de coton, travailleurs de la CMDT, économistes, simples citoyens… Le fait de nuire à un ex-militant du parti, va-t-il aveugler le RPM au risque de dire n’importe quoi ?

Mohamed Coulibaly

Magnambougou, Bko

29 Avril 2008