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Si le Premier ministre a dit que c’est la CMDT (Compagnie malienne du développement du textile) qui sera privatisée et non les champs de cotons, sachez que la Banque mondiale est plus rapide que le gouvernement malien. Il y a la main invisible du diable derrière la privatisation de la CMDT. Nous vivons dans un monde dominé par le capitalisme. Dans ce monde diabolisé, il n’y a pas de pitié pour les pays pauvres comme le Mali. Ce monde est celui de la Banque mondiale et du FMI (Fonds monétaire international).

Ces institutions du capitalisme sauvage, en privatisant la CMDT, vont privatiser votre pays. Elles privatiseront par la même occasion vos politiques de développement…” Les mots durs manquaient à Témo Tamboura, mardi dernier (29 juillet 2008), pour qualifier le visage inhumain du diktat de la Banque mondiale afin privatiser la CMDT.

Membre de la Coalition des alternatives africaines dettes et développement(CAD Mali), M. Tamboura parlait lors d’une conférence de presse au siège social de la CMDT à Bamako. La rencontre avait pris l’allure d’une assemblée générale. Face à lui, il y avait une foule de travailleurs de la CMDT, visiblement tristes et tout ouïe.

Le petit nombre de journalistes présents se noyait parmi les travailleurs qui, dans un silence pesant, donnaient l’impression d’être à une cérémonie funèbre.

En effet, Zakariyaou Diawara, secrétaire général de la section syndicale filière coton, a imploré les députés afin qu’ils ne restent pas insensibles à la cause de la CMDT. “Nous lançons un appel pressant aux décideurs, afin qu’ils prennent des décisions allant dans le sens des intérêts de la filière coton et de notre pays. Nous faisons appel à leur sens de responsabilité afin qu’ils nous évitent la réédition du drame social que nous connaissons actuellement à l’Huicoma”, a déclaré Zakariyaou.

Des coups de gueule, le gouvernement aussi en a eu pour son compte. Pour Ismael Diakité, un producteur de Koutiala, les paysans sont à 99% opposés à la privatisation de la CMDT. A son avis, ce qui a été dit a l’Assemblée nationale au nom des producteurs est loin d’être la réalité. “C’est sous la pression financière ou autre dont ce gouvernement a usage que les représentants des producteurs ont parlé.

D’ailleurs, ceux qui nous ont représenté ont été imposés et n’ont aucune légitimité. Le gouvernement a fait campagne pour Bakary Togola lors du renouvellement du bureau de l’Assemblée permanente des Chambres d’agricultures du Mali (APCAM). Il était membre associé et à ce titre il ne devait même pas être élu. Cela n’a jamais été fait dans toute l’histoire du Mali, de Modibo Keïta à Alpha Oumar Konaré.

Tous les mécanismes de pouvoir et de contrepouvoir sont entre les mains de cet homme en milieu rural. Ce gouvernement a la faculté seulement d’avoir en face des interlocuteurs carrents, près à dire toujours oui, oui les paysans sont d’accord.

Ceux qui s’opposent à cela sont menacés. Pour que Menin Diallo, en tant que représentant des paysans, ne dise pas non, il a été enfermé récemment à Koutiala pendant 23 jours au vu et au su de tout le monde. Mais cela ne l’a pas empêché de dire aux députés qu’il est contre la privatisation”. Cette vive intervention d’Ismael Diakité a soulagé l’assistance qui le congratula par une ovation.

En réalité, le moral des travailleurs de la CMDT est fortement atteint par les manoeuvres du gouvernement. “Ce qui nous fait mal, c’est le fait que le gouvernement est en train de faire comme si la CMDT n’a jamais rendu un bon service au pays”, déplore une syndicaliste.

Dans la même veine, Zakariyaou Diawara déclare : “nous pensons que l’Etat doit avoir l’honnêteté de reconnaître que le problème de la CMDT est moins un problème de mauvaise gestion qu’une situation liée à la conjoncture internationale qu’aucune privatisation ne pourra régler”.


Soumaila T. Diarra

31 Juillet 2008