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Retournement de veste spectaculaire dans le monde paysan. Le bouillant président de l’Assemblée Permanente des Chambres d’Agriculture du Mali (APCAM), Bakary Togola, est en train de battre campagne pour la privatisation de la CMDT qu’il avait pourtant rejetée haut et fort, il y a peu. Les producteurs crient à la trahison.

La Commission des finances, de l’Economie du plan et de la promotion du secteur privé de l’Assemblée nationale a entamé le 21 juillet une série d’écoutes des acteurs de la filière coton dans le cadre de l’examen du projet de loi sur la privatisation de la CMDT qui est soumis au vote des députés lors de la présente session extraordinaire.

Les représentants des associations de producteurs étaient conviés hier à l’Hémicycle mais la rencontre a été reportée à aujourd’hui.

Ce qui donne du temps au trépignant président de l’Assemblée Permanente des Chambres d’Agriculture du Mali (APCAM), Bakary Togola, pour jouer son va-tout afin de convaincre ses pairs paysans à accepter la privatisation de la filière coton.

En effet, ceux-ci ont du mal à comprendre qu’après avoir clamé haut et fort sur tous les toits que les producteurs sont contre la privatisation de la CMDT que Bakary Togola puisse tourner casaque pour défendre le contraire.

Cependant, dans le petit cercle des leaders syndicaux paysans triés sur le volet et habilités à rencontrer les honorables députés, seul le vieux Djanguiné Tounkara du Syndicat des producteurs de coton de Kita (SPCK) aurait porté la contradiction au président de l’APCAM.

Pour lui, il n’est pas question de trahir la base qui rejette toute idée de privatisation. Les autres : Soloba Mady Kéïta (SPCK), Seydou Coulibaly (OHVN), Thianzé Coulibaly (AOPP) auraient appuyé Bakary Togola dans sa croisade pour la privatisation de la CMDT au grand dam de l’opinion répandue dans les campagnes.

Comme il est question d’écarter la voix discordante du groupe, les députés auront face à eux aujourd’hui des paysans qui viendront défendre la privatisation. Paradoxe. La rumeur circule dans les campagnes que certains responsables syndicaux ont été dotés de véhicules flambants neufs pour mener la campagne de la privatisation.

Mais Bakary Togola est-il encore crédible aux yeux du monde paysan ? La réponse semble négative. Deux affaires dans lesquelles il aurait surfacturé les intrants vendus aux producteurs l’ont totalement discrédité.

Après plusieurs tests, la CMDT a transféré l’approvisionnement des paysans en intrants céréales, herbicides et appareils de traitement au Groupement des syndicats cotonniers et vivriers du Mali (GSCVM) dirigé par Bakary Togola.

Lors de la campagne 2005/2006 l’herbicide Kallach qui était cédé aux producteurs à 3 100 francs le litre a été surfacturé 10 500 francs Cfa le litre. Le contrat a été signé par Bakary Togola et les sociétés Karagnara et BTC, l’incidence financière qui s’est élevée à la somme de 592 millions de francs Cfa ne pouvait être supportée ni par la CMDT, ni par les producteurs.

Les évolutions judiciaires de cette affaire ont abouti à la saisie des comptes de la CMDT. Lors de la campagne 2006-2007 la société Inter Africaine de Distribution (IAD) a assigné la CMDT en justice.

Et c’était le Groupement des syndicats cotonniers et vivriers dirigé par Bakary Togola qui avait contracté avec l’IAD un marché pour la fourniture d’herbicide d’une valeur de plus de 3 milliards de francs CFA. Là encore le marché était surfacturé et conclu de gré à gré.

La Commission des Finances, de l’Economie, du Plan et de la Promotion du secteur privé dans sa logique restrictive a soumis aux leaders syndicaux paysans, tout comme aux autres acteurs, un questionnaire qui ne leur permet même pas de juger de l’opportunité de la privatisation qui reste le fond du problème. Aucune question ne fait allusion aux alternatives à la privatisation.

« Quelle est votre appréciation du schéma de privatisation ? Quelles sont vos suggestions de solutions aux problèmes que pourrait poser cette privatisation ? Serrez-vous prêts à participer au capital des filiales qui seront créées ? Seriez-vous à mesure de libérer votre quote part du capital ? ». Telles sont les quatre questions fermées auxquelles les représentants des producteurs vont devoir répondre.

Dans croisade pour la privatisation de la CMDT même le président de l’Assemblée nationale Dioncounda Traoré n’est pas demeuré en reste. Il aurait reçu le dimanche dernier au siège de son parti des syndicalistes paysans de Kita pour les convaincre d’accepter la privatisation. Il aurait essuyé un niet catégorique de leur part.

F. Traoré

23 Juillet 2008