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«Depuis qu’un certain général est revenu au pouvoir, sous prétexte de révolutionner l’agriculture malienne, il procéda par contrainte douce à la démission d’un dinosaure du monde rural au profit d’un tyrannosaure et alliés. On assista donc à la perte par notre pays de la totalité des postes qu’il occupait dans l’instance mondiale des producteurs et pire même au niveau africain et sous-régional du fait de la carence notoire des responsables actuels… On se préoccupe plutôt du copinage au détriment de la légitimité, du mérite et de l’authenticité…».

Tel est le commentaire d’un lecteur qui réagit dans son domaine.
Bakary Togola du fait de son standing intellectuel, professionnel, agricole et syndical concocté donc immérité, avait-il la capacité de bloquer tout un système de gestion et de contrôle du pays sans complicités ?

Bakary Togola n’est qu’un parvenu et un paravent, conçu et concocté par le système ATT et les sensibilités Adema pour spolier les paysans et le peuple malien du dernier instrument de leur promotion sociale économique et humaine, la CMDT.
Vous accordez décidément trop d’importance à «grand paysan made in ATT».

Vous auriez été plus inspiré de sous titré ATT trahi le monde rural !

En définitive c’est ATT et l’ADP qui sont derrière cette privatisation et Bakary n’est qu’un bouc émissaire pour distraire l’opinion nationale.

Pour preuve, permettez-moi de remonter en 1994 lorsque l’Adema était au pouvoir.

Des concertations régionales furent organisées en juillet 1994.
Celles de Sikasso notamment dans la commission «monde rural» dans laquelle j’ai représenté le Cercle de Bougouni. On y a débattu le sujet relatif à la contribution des paysans à hauteur de 1/10 de leur production à payer à l’Etat pour frais de participation à la construction nationale.

C’était tellement si planifié, organisé et conçu qu’à telle enseigne que ça frisait à mon goût une sorte d’intimidation. Ce jour-ci, c’est l’actuel Premier ministre, Modibo Sidibé, qui était le président de notre commission.

Ses propos me firent comprendre toute la détermination du gouvernement à faire passer une loi de contribution à partir de Sikasso qui était selon eux, devenue la capitale économique du Mali, et que si les producteurs de Sikasso parvenaient à faire passer cette loi, le gouvernement serait alors en mesure de l’imposer au reste du pays.

Dans notre commission, il y avait le secrétaire général de l’Untm de Sikasso qui s’est aligné de même que le directeur régional des douanes, des commerçants, le directeur régional des impôts qui, tous, dans leurs interventions orchestrées, cherchaient à hypnotiser les paysans afin de pousser ceux-ci à adhérer à leur cause.

J’ai été, ce jour, surpris par le fait que des délégués des paysans des autres cercles soient restés sans aucune réaction. Il aura fallu mon intervention pour désavouer les autres intervenants. J’ai eu la baraka ce jour d’être en possession de certaines données officielles et universelles pour, à mon tour, conclure que les paysans du monde rural ne sauraient être pour nos dirigeants des ânes, qu’avant toute assignation d’obligation, nous voulions aussi des compensations en droits.

L’actuel Premier ministre, Modibo Sidibé, à l’époque ministre de la Santé -dépité par la clarté et la pertinence de mon intervention, qui avait éveillé les paysans dans la salle et leur faisant comprendre le piège vers lequel on les tirait – a subitement clos les débats en ces termes : nous allons retirer cette proposition de loi, mais attendez-vous qu’elle reviendra ….

En 2000-2001, j’étais parmi les responsables du monde rural qui avaient animé et conduit le mouvement de boycott de la culture du coton, et c’est à ce titre que j’ai été convié aux assises des états généraux de la filière coton en 2001-2002. A la suite de mes interventions je fus remarqué par le Président de l’APCAM d’alors, Monsieur Oumar dit Barou Tall.

D’ailleurs, il finira par me désigner pour représenter mon pays, le Mali, aux diverses sessions de l’Instance Mondiale des Producteurs Agricoles tenus à Paris, Copenhague, Le Caire Durban, Nairobi La Haye et Rome.
A ce titre de 2002 à 2004, j’ai participé au nom de mon pays à la quasi-totalité des rencontres de la FIPA (Fédération internationale des producteurs agricoles).

Du fait de notre compétence, notre pays était bien représenté et très envié : poste de première vice-présidence de l’instance mondiale des producteurs, poste de présidence de la commission permanente ACP, Poste de vice-présidence comité Africain, membre permanent du comité jeune agriculteur,

Le pays assurait la présidence de la ROPAO. (Réseau des organisations paysannes de l’Afrique de l’Ouest). Quelle dynamique et représentativité du monde rural malien !

Mais, depuis qu’un certain général est revenu au pouvoir, sous prétexte de révolutionner l’agriculture malienne, il procéda par contrainte douce à la démission d’un dinosaure du monde rural au profit d’un tyrannosaure et alliés.

On assista donc à la perte par notre pays de la totalité des postes qu’il occupait dans l’instance mondiale des producteurs et pire même au niveau africain et sous-régional du fait de la carence notoire des responsables actuels.

Au plan national, on assista à l’emprisonnement des leaders comme Tahirou Bamba et Mènè Diallo, à la mise en hibernation forcée de toutes les organisations paysannes, à un parti-pris évident de l’Etat pour un individu et sa cohorte, à la sur médiatisation sur nos ondes nationales de leur hydride conçu.

Le pays naguère premier producteur de coton africain n’est plus dans le trio de tête.

Le taux d’auto approvisionnement du pays est passé au dessus des 30 % ce qui justifie amplement l’inflation sur les prix des céréales.
On se préoccupe plutôt du copinage au détriment de la légitimité, du mérite et de l’authenticité.

Lorsqu’il y a compétition entre le peuple et son exécutif, l’Assemblée nationale qui est censées prendre le parti du peuple par son président clame haut et fort qu’ils sont plutôt là pour le président et merdre le peuple, leurs mandants.

Nous ne serons pas surpris si les députés d’ATT votent cette loi de privatisation, car nous doutons fortement de leur bonne foi et de leur patriotisme et émettons nos réserves les plus fermes à l’endroit des responsables du monde rural qui ont comparu devant leur commission des finances pour les raisons suivantes :

1°) L’un des comparus a vu son élection invalidée par la cour suprême pour corruptions et fraudes massives avérées au niveau de région de Koulikoro

2°) Un autre des comparus est sous interdiction judiciaire, c’est dire qu’il lui a été notifié par la justice de notre pays toute retenue pour représenter les paysans de son cercle ou de sa région CM.DT de Kita ou de parler en leur nom.

Excepté le SYVAC aucun autre syndicat n’est à jour statutairement (respect des statuts et effectivité des congrès)
Excepté le SYVAC et le SPCK de Dianguina Tounkara, aucun autre syndicat au pays n’a organisé des consultations populaires paysannes par rapport à la privatisation de la CMDT.

L’audition de l’AOPP du fait de sa conception et de sa nature doit être nulle et non avenue (elle n’a ni base, ni structure pyramidale pour légitimement parler au nom du monde rural).
L’AOPP pourrait n’être considéré plus rien d’autre qu’un bureau d’étude.

Du fait du cumul de fonctions, et au nom de la bonne gouvernance dont se clame notre gouvernement, l’audition de Bakary Togola devrait normalement être disqualifiée pour vice de forme :
Il concentre dans ses seules mains tous les mécanismes du pouvoir et du contre-pouvoir du monde rural sous l’œil bienveillant du gouvernement et de son ministère de tutelle. Pour illustration :

Il est Président de l’APCAM

Il est Président du groupement des Syndicats

Il est président national du Sycov

Il est président de l’union nationale des sociétés coopératives du Mali

Alors que statutairement il ne peut être président de l’APCAM et président d’un membre associé de l’institution consulaire qu’est l’APCAM.

En l’occurrence, le Sycov, le groupement des syndicats, et l’Union nationale des sociétés coopératives sont considérés comme des membres associés de l’APCAM.

On pourrait donc très légitimement se posé ces questions suivantes :

1°) A quelles fins les députés ont-ils jugé opportun d’entendre des individus conçus et concoctés qui au-delà de leur légalité souffrent chroniquement de légitimité et d’authenticité ?
A quelles fins encore nos honorables députés ont-ils osé entendre sous quelques formes que ce soit des «responsables» sous interdiction judiciaire ?

A quelles fins encore n’ont-ils pas osé entendre «l’opposition paysanne»

A quelles fins encore, malgré leurs traçabilités, des leaders du monde rural de la conférence nationale, en passant par les états généraux du monde rural, le comité de crise et les états généraux de la filière coton.

Nos députés cherchent-ils à distraire le peuple ou à soulager leur conscience ?

Soyez courageux, ne vous laissez pas émousser par les plaisirs et avantages pécuniaires pour brader une intégrité à caractère industriel et économique du Mali, au risque de voir un jour la fonction publique disparaître au profit de la fonction privée, hélas, c’est la finalité de toute privatisation, une nouvelle forme de recoloniser les producteurs et les travailleurs de la CMDT.
René Dumont a eu raison d’écrire «L’Afrique noire est mal partie» et le Mali ne fait guère exception à cette règle.

Ismaïla DIAKITE, Délégué des Agriculteurs – Hérémakono – commune de

Bougouni

Tahirou BAMBA, Secrétaire à l’Approvisionnement de la Fédération

Nationales des Sociétés Coopératives du Mali

04 Aout 2008