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Le feuilleton de la privatisation de la Compagnie malienne pour le développement du textile au Mali (CMDT) est entré dans une nouvelle phase vendredi. Les députés ont approuvé le projet de loi portant cession du capital de l’Etat, tout en imputant la responsabilité de la mauvaise gestion au gouvernement.

C’est par 117 voix pour, 20 contre (toute l’opposition) et 7 abstentions que les députés ont approuvé vendredi, tard dans la soirée, le projet de loi portant autorisation de la cession des actions de l’Etat dans le capital de la CMDT.
Le moins que l’on puisse dire c’est que le vote de ce projet de loi a soulevé un lever de bouclier de la part de l’opposition parlementaire et même de certains députés ou regroupement de partis, notamment le Codem acquis à la majorité.

Fidèle à sa ligne de conduite, l’opposition parlementaire (RPM, Parena, Sadi) n’est pas allée par quatre chemins pour fustiger l’attitude du gouvernement dans la gestion de la CMDT. Pour l’opposition parlementaire, le gouvernement est entièrement responsable de la mauvaise gestion des ressources de la CMDT en ce sens qu’il n’a pris aucune mesure pour sanctionner la délinquance financière qui s’y opérait.

Pis, il continuait à lui allouer les ressources du contribuable malien. Pour elle, la privatisation de la CMDT est synonyme de démantèlement du secteur coton, nonobstant les explications du ministre des Finances, Abou-Bakar Traoré qui a réaffirmé que seul l’outil va être privatisé.
Les critiques de l’opposition parlementaire se sont fondées sur les expériences de privatisations que le pays a connues et qui se sont soldées par des échecs, une paupérisation des travailleurs.

Le groupe parlementaire Codem (qui se réclame de la majorité) et même certains élus de l’ADP en particulier bien qu’ayant voté la loi, ne sont pas restés insensibles à l’attitude de l’Etat face à la mauvaise gestion qui prévalait à la CMDT.

L’honorable Touré, élu à Goundam, se demandait si le projet de loi n’était pas un piège tendu aux députés. Comme l’honorable Touré, certains députés ne comprenaient pas pourquoi ils ont été sollicités pour voter le projet de loi portant privatisation de la CMDT alors que pour d’autres entreprises d’Etat privatisées, ils ont été superbement ignorés.

Le député de Goundam, perplexe, se demandait si la privatisation de la CMDT ne bénéficierait pas à « des crocodiles déjà à l’affût ». Les élus ont reproché au gouvernement de savoir que la CMDT était mal gérée, mais de l’avoir laissée aller à vau-l’eau sans prendre des mesures qui s’imposaient dans de tel cas. C’est pourquoi d’ailleurs dans les débats, certains députés ont réclamé la poursuite d’agents coupables de malversations à la CMDT.

Quatre filiales en vue

Plusieurs dossiers de malversations financières à la CMDT se trouveraient déjà entre les mains de la justice. Les élus ont voté le projet de loi tout en recommandant la participation de l’Etat au capital de chaque société cotonnière privée.

A noter que ce sont quatre filiales qui seront créées. Les députés ont recommandé l’inscription dans le cahier des charges l’obligation pour le repreneur d’adhérer aux mécanismes et procédures en place notamment ceux relatifs à l’achat de la totalité du coton graine produit dans la zone, à la fixation du prix au producteur, à l’approvisionnement en intrants et en semences, l’appui et la garantie des producteurs pour la libéralisation de leur part dans le capital des filiales et la mise en place d’un comité paritaire de suivi auprès de chaque société cotonnière privée.

Les députés ont aussi recommandé la modulation des apports d’actifs et de passifs de telle manière que les filiales demeurent avec des dettes raisonnables. Le déficit de la CMDT en 2007 est de 18,424 milliards de F CFA. La CMDT dissoute et liquidée avec la vente des filiales, les recettes de la privatisation seront utilisées pour apurer le passif. Le solde bonus ou malus éventuel sera géré entre l’Etat et l’actionnaire minoritaire.

Par la privatisation, le gouvernement entend, a expliqué le ministre des Finances, augmenter la production cotonnière, mettre à niveau l’unité de production, la mise en place d’un mécanisme de fixation des prix et la création de GIE pour des meilleures conditions d’acquisition d’engrais ainsi que la mise en œuvre d’un plan social négocié avec les différents acteurs de la filiale.


Denis Koné

04 Aout 2008