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C’est ce matin en principe que l’État et l’adjudicataire provisoire, la banque marocaine Attijariwafa Bank, doivent signer le contrat de cession des 51% d’actions publiques dans le capital de la banque.

En prélude à cet événement, le Premier ministre, Modibo Sidibé accompagné du ministre des Finances, Abou-Bakar Traoré et son homologue de l’Élevage et de la Pêche, Mme Ba Madeleine Diallo, représentant son collègue de l’Économie, de l’Industrie et du Commerce, étaient vendredi à Koulouba pour une cérémonie de restitution des résultats du processus de privatisation de la banque, au président de la République.

Amadou Toumani Touré a été informé des péripéties du long processus et des critères de gouvernance qui ont prévalu lors des négociations. Un comité technique avait été mis en place auprès du ministre des Finances pour conduire le processus, a expliqué Abou-Bakar Traoré.

Présidé par Sidi Seck, (conseiller technique au ministère des Finances), il était composé du PDG de la BIM, des représentants des ministères en charge de l’Économie, de l’Industrie et du Commerce, des Finances, de la Justice, du Trésor public, de la BCEAO et du Programme du développement du secteur financier (PDSF). La structure était assistée dans cette tâche par un cabinet de conseil.


Transparence et bonne organisation

L’opération rapportera au Trésor public 60 millions d’euros, soit près de 39,3 milliards de Fcfa. Une véritable bouffée d’oxygène en cette période de conjoncture économique mondiale difficile.

C’est la première fois, dans l’histoire des privatisations ou des cessions d’actifs au Mali, qu’une opération apporte autant d’argent, s’est félicité le ministre Abou-Bakar Traoré. Il a cité, entre autres exemples, le cas de l’Huicoma cédée au groupe Tomota à 9 milliards de Fcfa, de l’ex-BMCD rachetée par la BDM à 4,5 milliards de Fcfa et de Ikatel (aujourd’hui Orange-Mali) dont la licence a rapporté 30 milliards Fcfa.

Abou-Bakar Traoré a assuré que la transparence et la bonne organisation, qui ont accompagné le processus, ont contribué à rehausser l’image et la crédibilité de notre pays auprès de la communauté financière internationale.

Le ministre a assuré que dans l’espace de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa), le prix de la session des actions de la BIM a été plus élevé que dans toutes les opérations similaires organisées dans les pays voisins. Un motif supplémentaire de satisfaction, a noté Amadou Toumani Touré, qui a promis de veiller comme il l’a toujours fait, sur les intérêts du pays. Le président de la République a promis que la technicité qui a prévalu lors de ce processus sera reconduite et améliorée lors des opérations du genre à venir.

Un petit rappel historique pour comprendre comment tout cela s’est passé. C’est en 1995, que l’État a été déclaré comme séquestre des actions de la BIM appelée à l’époque Banque internationale de l’Afrique de l’Ouest (BIAO). C’était à la suite du contentieux et des grosses difficultés que connaissait la banque.

Un an après le séquestre, l’État acquit le titre de propriété de la banque en obtenant 61,5% des actions pour l’appui financier qu’il lui avait apporté. Les 36,5% restant du capital seront détenus par des personnes morales maliennes (17%) et des personnes physiques maliennes (21,5%). Une administration provisoire fut mise en place pour sauver l’institution bancaire de la banqueroute et la hisser à un niveau de compétitif suffisamment élevé.

L’administration provisoire fut plus tard remplacée par une nouvelle direction qui obtint de bons résultats d’exploitation. Aujourd’hui dans le microcosme bancaire malien, la BIM figure en bonne place en terme de rentabilité.

Mais les gouvernements successifs avaient déjà pris l’option de ramener la banque à sa vocation initiale, à savoir une banque entièrement détenue par les privés pour être en conformité avec la politique de développement et de promotion du secteur financier. Ce qui exige que l’État se retire du capital des banques commerciales.

C’est dans cette logique qu’un appel d’offre international a été lancé en avril dernier pour permettre à l’État de céder aux opérateurs privés, les 51% des actions qu’il détenait dans le capital de la banque. A l’issue de cet appel d’offre, 19 dossiers furent retirés, sur lesquels 6 banques ou groupes de banques ont soumissionné. Mais pour cause de retard, la candidature d’une d’entre elles sera rejetée.

Il resta donc 5 dossiers à examiner. Au cours de cet exercice, il s’agissait de vérifier leur éligibilité à participer au processus. Cela à partir de leurs capacités techniques et financières et les perspectives qu’elles offraient au secteur bancaire malien. Les 5 banques furent déclarées éligibles par le comité technique : la Banque Of Afrika, la Société générale, Ecobank, Attijariwafa Bank et United Africa Bank (UBA).

Cinq prétendants.

Ce fut ensuite l’étape du « data room » (électronique et physique), un système d’information permettant aux différents soumissionnaires d’accéder à toutes les informations sur la banque. La « data room » électronique a consisté à mettre en ligne, toute la documentation sur la banque. Le système était logé à l’hôtel de l’Amitié.

Quant à la « data room » physique, elle consistait à organiser des entretiens entre les soumissionnaires et la direction de la banque. Les soumissionnaires eurent ainsi l’occasion d’approfondir leurs connaissances de la banque sur le terrain par la visite de ses démembrements tant à Bamako, qu’à l’intérieur du pays.

Une réunion d’information fut ensuite organisée l’hôtel de l’Amitié sous la direction du ministre des Finances. Il s’agissait au cours de cette rencontre d’échanger sur le contrat de cession, le règlement d’appel d’offre et le modèle de garantie que les banques offraient. Tous les candidats ont transmis, à cet effet des notes faisant part de leurs observations.

C’est après toutes ces démarches, que le comité a reçu le 21 juillet dernier, les offres de trois banques sur les cinq prétendants de départ : Attijariwafa Bank, United Bank for Africa et Ecobank.

Attijariwafa Bank a été déclarée première à l’ouverture des plis avec une offre de 60 millions d’euros (environ 39,3 milliards de Fcfa), suivie de UBA, avec 41,167 millions d’euros (27 milliards de Fcfa) et enfin ECOBANK avec 26,6 millions d’euros, (un peu plus de 17 milliards).

Les clauses de l’appel d’offre faisaient obligation aux soumissionnaires de faire des annonces en euros. Des notifications leur avaient été envoyées dans ce sens il y a dix jours, rappelant au second que son offre reste valable jusqu’au terme de sa caution de soumission et que le troisième devrait retirer sa caution de soumission.

Dans le contrat de cession l’acquéreur doit s’engager à respecter l’identité de la BIM-SA, accroître sa capacité financière et mettre en valeur ses spécificités (en tant que banque de détail malienne), et conserver au minimum le nombre actuel d’agences principales et auxiliaires. Il doit également préserver la couverture géographique actuelle du territoire et participer au financement de projets commerciaux contribuant au développement de l’économie nationale.

L’acquéreur s’engage aussi à maintenir le personnel de la banque inscrit à la date de signature du contrat de cession, à maintenir les droits acquis par les salariés, tels que ces droits résultent des lois, règlements, conventions ou accords d’entreprise en vigueur.

Enfin, il lui est demandé de développer des plates-formes techniques, en particulier par la mise en place de technologies et de savoir-faire et d’adopter une politique interne visant à lutter contre le blanchiment d’argent.

A O. DIALLO

28 Juillet 2008