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Présidé par le ministre des Finances, le Comité technique de privatisation, à l’issue de sa séance de dépouillement des offres du lundi 21 juillet, a attribué provisoirement 51% des actions détenues par l’Etat malien dans la Banque Internationale pour le Mali (BIM SA) à Attijariwafa Bank, la première banque marocaine à vocation africaine qui se trouve être aussi la première de l’espace UEMOA et le sixième établissement bancaire en Afrique.

La banque marocaine, qui a fait l’offre la plus distante parmi les cinq candidats à l’adjudication, devra payer à l’Etat malien la bagatelle de 60 millions d’euros, soit environ 40 milliards de FCFA. Dans les milieux de la haute finance, l’on se félicite de cette opération, car dans la sous-région, jamais une privatisation n’aura rapporté autant d’argent à l’Etat. Il reste entendu que cette décision est à confirmer par le gouvernement du Mali avant la fin de ce mois de juillet.

L’ouverture du capital de la BIM-SA, prosaïquement appelée privatisation, vient donc d’amorcer la toute dernière ligne droite avec cette adjudication provisoire et le processus devra être définitivement clos avant la fin de ce mois avec la confirmation du gouvernement malien d’ici à fin juillet.

Attijariwafa Bank, adjudicataire provisoire moyennant 40 milliards de FCFA, est la première banque du Maroc à vocation africaine. Elle a coiffé au poteau quatre banques concurrentes que sont la Société Générale (France) UBA (United Bank for Africa, première banque du Nigeria, huitième en Afrique) le Groupe Ecobank et le Groupe BOA (Bank Of Africa).

L’Etat malien, s’il a cédé 51% de ses parts, reste quand même le deuxième actionnaire de la nouvelle banque avec 10,5% des actions, les 38,5% restants étant détenus par les Maliens de l’extérieur et les opérateurs économiques de la place.

Pour les initiés de la haute finance, cette adjudication provisoire est un véritable exploit si l’on sait que dans la sous-région une privatisation n’a jamais rapporté autant d’argent à l’Etat que celle de la BIM SA. Pour mémoire, la licence accordée à Ikatel n’avait rapporté à l’Etat malien que 44 millions de dollars, soit une trentaine de milliards de FCFA. Le paysage bancaire malien se renforce avec l’arrivée de Attijariwafa Bank.

C’est une aubaine pour les clients qui vont bénéficier de toute la panoplie de la haute technologie de cet établissement crédité d’une grande expérience dans la monétique, la gestion des affaires des émigrés et l’immobilier. Elle est présente dans presque tous les pays européens, au Moyen Orient et en Amérique. Elle a racheté, en 2007, la BST (Banque Sénégalo-Tunisienne) qui était la quatrième banque du Sénégal et vient de reprendre la CBAO (Compagnie Bancaire pour l’Afrique Occidentale) la première banque du Sénégal.

En somme, la BIM-SA jouira des avantages offerts par un grand groupe de standing international si l’Etat malien confirme cette adjudication provisoire.

Le niveau d’adjudication prouve aussi que la BIM SA était très bien cotée auprès des investisseurs. Nulle surprise si l’on sait que c’est le fruit d’une gestion exemplaire dans le cadre d’une mission de redressement réussie par des cadres à cent pour cent maliens, avec à leur tête Mamadou Igor Diarra qui a décidément la bosse de la banque.

Quand il la prenait en 2006, cette banque avait des fonds propres négatifs, n’arrivant même pas à respecter le capital minimum d’un milliard de FCFA. Aujourd’hui, elle est bénéficiaire deux années consécutivement avec des résultats nets de 2,5 milliards de FCFA en 2006 et plus de 5 milliards de FCFA en 2007.

Avec un capital de 4,5 milliards de FCFA, elle jouit d’un fonds propre de 15 milliards de FCFA. Deuxième banque du Mali avec un total de bilan de 178 milliards de FCFA, elle est dotée d’un effectif de 260 personnes et d’un réseau de 55 points de vente au Mali, en France, en Espagne et aux Etats-Unis.

Autre leçon, cette opération prouve que l’Etat respecte les engagements qu’il avait pris vis-à-vis des institutions internationales dans le cadre de son désengagement progressif du système bancaire.

Last but not least, le repreneur s’est engagé, dans son offre, à maintenir la composition du personnel de la banque en l’état et le nombre de points de vente.

Yaya SIDIBE

24 Juillet 2008