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Le secteur coton traverse l’une des crises les plus graves de son histoire dans notre pays. Le pire est à craindre. La privatisation de la Compagnie malienne pour le développement des textiles (CMDT) pourrait amener les paysans à ne plus cultiver le coton. Des cotonculteurs ont déjà tourné casaque.

L’Or blanc n’a cessé d’être au cœur des débats ces derniers temps. Beaucoup a été dit concernant sur les problèmes qui assaillent le secteur. L’Etat, sous la contrainte des bailleurs de fonds, n’a trouvé d’autres solutions que de privatiser la CMDT, chargée de vulgariser la culture du coton. Cela pourrait amener les paysans à ne plus cultiver le coton qui est pourtant l’un des principaux produits d’exportation de notre pays et nourrit des millions de personnes.

La privatisation de la CMDT prévue d’ici la fin de cette année et à la laquelle il a été trouvé le vocable « filialisation », n’augure pas de lendemains meilleurs pour le Mali. Elle est le signe annonciateur d’un Mali sans coton. Les paysans travaillant dans le coton ayant, semble-t-il, senti le coup venir.

Avec l’augmentation vertigineuse des prix des intrants agricoles et l’escompte du prix du coton, les paysans ne savent plus à quel sain se vouer. D’ores et déjà, beaucoup d’entre eux ont commencé à se livrer à d’autres activités.

A Béléko, une sous-préfecture de Dioïla, à une centaine de kilomètres de Bamako, des cotonculteurs commencent à changer de main pour se familiariser avec la culture d’autres céréales. Dans cette zone, grande productrice de coton, la culture de l’oignon s’est développée cette année.

« Les prix des intrants augmentent de façon croissante. Dans notre zone, les villages qui cultivaient chaque année mille hectares de coton, n’ont pas dépassé 200 hectares cette année », nous a confié Zoumana Coulibaly, un jeune cotonculteur à Dioïla, émigré à Bamako depuis quelques mois.


Sortir de l’impasse

« Je suis venu à Bamako pour chercher l’argent afin de faire sortir ma famille du pétrin. On a pris les intrants à crédit tandis que le coton n’a pas procuré assez d’argent cette année. On est dans l’obligation de payer ce crédit. Je suis obligé de sortir pour aider ma famille. Beaucoup de jeunes ont fait comme moi. D’autres sont partis plus loin » , se justifie M. Coulibaly.

Selon lui, « malgré les encouragements de la CMDT, beaucoup de villages voisins ont cessé de cultiver le coton. Le coton suscite des problèmes et des inquiétudes. On commence à ne cultiver que des céréales. Si le coton ne marche pas, on doit obligatoirement chercher de quoi survivre. Il est sûr que si on privatise la CMDT, il n’y aura plus de cotonculteur. Le remède aux problèmes que connaît actuellement la filière cotonnière n’est pas la privatisation de la CMDT. Il réside plutôt dans la réduction des prix des intrants et l’augmentation du prix du coton aux producteurs ».

Le secteur coton, qui fait vivre plus de 20 millions de personnes en Afrique, traverse une grave crise. Le Mali qui en est le plus gros producteur en Afrique subsaharienne, avec plus de 3 millions de producteurs, en subit les conséquences. En 2005-2006, il a été le premier pays africain producteur de coton fibre, qui représente 60 % des recettes d’exportation agricole et qui joue un rôle central dans la lutte contre la pauvreté et l’immigration.

Trouver des réponses aux problèmes de la filière est une voie pour le Mali de sortir de l’impasse. La privatisation de la CMDT n’étant pas la bonne solution pour les producteurs de coton et pour beaucoup d’autres concitoyens, de nombreuses associations se sont créées dans le but de trouver la solution idoine.

Le coton est la principale source de devise de notre pays. Il est du devoir de l’Etat de prendre sérieusement le problème en main : en cherchant des solutions à la crise créée par l’exportation de la quasi-totalité de notre coton alors que les efforts des producteurs ne sont pas rétribués à leur juste valeur.

Sidiki Doumbia

(stagiaire)

07 février 2008.