Partager


Jeudi dernier, la cérémonie de remise de quatre otages libérés par Al Qaïda au Maghreb islamique a été une tribune pour les autorités maliennes. Seul, le Mali ne peut rien contre un problème transfrontalier.

« Je vais profiter de cette tribune et de la libération des otages pour une nouvelle fois alerter le monde sur la situation dans la bande sahélo-saharienne. Il est temps de prévenir les menaces. Nous ne pouvons pas rester les bras croisés. Nous allons nous investir pour libérer le reste des otages, mais aussi initier des actions pour que la bande sahélo-saharienne cesse d’être une zone de menaces multiples ».

Ainsi parlait le président de la République, Amadou Toumani Touré, qui a été on ne peut plus clair jeudi dernier lors de la cérémonie de remise des quatre otages libérés dans le Nord du Mali.

En clair, le chef de l’Etat a profité de l’occasion pour attirer l’attention de la communauté internationale sur la nécessité d’une concertation internationale contre l’insécurité dans cette bande désertique. Cette menace est une hantise pour le président de la République qui ne cesse de multiplier les appels, depuis plusieurs années, pour une coopération internationale visant à sécuriser la zone.

Mais la communauté internationale est restée immobile face aux menaces d’insécurité entre le Sahara et le Sahel. A commencer par certains Etats riverains qui, pour des raisons obscures, n’arrivent pas à trouver une approche commune sur la question. Pourtant, l’idée d’une conférence internationale sur la sécurité, la paix et le développement dans la bande sahélo saharienne avait été émise le 22 septembre 2007 par le président de la République, Amadou Toumani Touré.

Une conférence des chefs d’Etats de la zone, plusieurs fois annoncée, pourrait être un début de solution. Hélas ! Cette option communautaire est aujourd’hui mise aux calendes grecques. La dernière annonce prévoyait la tenue de la rencontre à Bamako à partir du 19 février dernier.
En tout cas, tout a déjà été élaboré pour faciliter un engagement politique des différents Etats.

En novembre 2008, les ministres des Affaires étrangères avaient tenu une réunion préparatoire pour tracer la voix à suivre par les chefs d’Etat, créer les conditions propices à l’instauration d’un environnement de paix et de stabilité, « soutenir et poursuivre les efforts inlassables déployés par les gouvernements respectifs pour faire de la région un espace de développement intégré, d’échange et de coopération fondés sur des valeurs africaines communes de fraternité, de solidarité, d’entraide et de respect mutuel».

Mais il semble que les discussions entre les Etats riverains achoppent sur des mesures appropriées à prendre afin de combattre le terrorisme sous toutes ses formes, de renforcer la coopération sécuritaire transfrontalière, à travers, notamment, l’organisation de patrouilles simultanées et mixtes, de promouvoir l’échange d’informations et la mise en œuvre du concept des pays- frontières, de renforcer la coopération tant au niveau bilatéral, régional que multilatéral. Parce que la solution aux problèmes de la bande sahélo saharienne est bien plus que d’ordre militaire.

Ainsi, les ministres des affaires étrangères ont aussi recommandé des actions spécifiques dans les domaines du désenclavement, des aménagements agro-pastoraux, de la sécurité alimentaire, de la santé, de l’éducation, de la formation et de la création d’emploi.

Si les pays de la région sont seuls à être confrontés à des groupes armés de tous genres, les pays occidentaux sont autant touchés.
En effet, de 2003 à nos jours, de nombreux otages, pour la plupart des occidentaux, ont été libérés sur le territoire malien.

Aucun de ces otages occidentaux n’avait pourtant été enlevé au Mali. A titre d’exemple, en 2003, 14 des 32 touristes occidentaux libérés ici avaient été enlevés en Algérie. Le couple autrichien en Tunisie, en 2008. Les 4 ex-otages libérés la semaine dernière et les deux encore en captivité n’ont pas non plus été enlevés sur le territoire malien.

L’appel du chef de l’Etat fait de toutes les façons écho aux récents propos de certains pays occidentaux. C’est ainsi que la conseillère fédérale suisse, Micheline Calmy-Rey, en visite au Mali le vendredi 17 avril, a annoncé que son pays allait appuyer le Mali dans le domaine de la sécurité. Idem pour l’Allemagne et le Canada. Reste à concrétiser les promesses. Ce qui n’a pas toujours été le cas.


Sambou Diarra

27 Avril 2009