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Cette façon de faire permet de décongestionner les centres de soins et de pallier les insuffisances, en termes de capacité d’accueil des structures hospitalières.

Au moment où un pays comme l’Inde (la deuxième puissance démographique du monde) vit l’enfer avec plus de 20 millions de cas de contamination au coronavirus et des milliers de victimes liées à la pandémie, au moment où les capacités d’accueil des établissements hospitaliers dans les pays développés, c’est-à-dire ceux du Nord, sont largement dépassées, notre pays peut-il se permettre de vivre une déferlante troisième vague. Que nenni.

Du fait de la recrudescence des cas de contamination à la Covid-19 ces derniers temps (même s’il y a une relative accalmie maintenant), notre pays a développé une alternative qui consiste à garder à domicile les patients diagnostiqués positifs au virus de la pandémie. 

En somme, il a été inscrit dans le mécanisme de prise en charge de ces patients le confinement à domicile pour pallier les insuffisances, en termes de capacités d’accueil des malades infectés à la Covid-19 dans les hôpitaux. Certaines personnes diagnostiquées positives au coronavirus sont confinées à domicile. Elles reçoivent régulièrement des équipes médicales mais aussi souvent des appels téléphoniques pour s’enquérir de leur état de santé. 

Ce système permet de décongestionner un peu les centres de prise en charge dans les structures hospitalières. A la date du 14 avril dernier, 147 personnes déclarées positives au coronavirus étaient suivies à domicile par les équipes du centre de prise en charge Covid-19 de l’Hôpital du Mali. Le médecin biologiste, Boubacar Sidiki Dramé, est le point focal de ce centre. Il explique qu’au début, la politique du gouvernement était basée sur l’isolement de tous les cas positifs et en leur apportant rapidement les soins requis. 

La méthode avait bien fonctionné jusqu’à un moment, où nous avons connu une flambée. Le médecin biologiste explique : «On était parvenu à bien gérer jusqu’à ce qu’on ait le pic. Après, on a été confronté à des réalités de gestion et à une incapacité d’accueillir tous les patients diagnostiqués positifs. On a donc compris que certaines personnes asymptomatiques ou celles dont l’état clinique n’était pas préoccupant, pouvaient être admises à l’isolement à domicile sans problème». 

Le point focal du centre de prise en charge de l’Hôpital du Mali souligne aussi que le ministère de la Santé et du Développement social a donné deux algorithmes (règles opératoires) à suivre pour la mise en confinement à domicile d’une personne contaminée. 
Salle de dépistage de la maladie

Et de révéler que le premier décrit les conditions cliniques de la personne et l’autre précise les conditions environnementales. «On cherche à travers les algorithmes à mesurer si la personne est consciente de sa maladie ou si elle connaît les moyens de propagation. Dès qu’on a l’assurance sur ces aspects, on la laisse rentrer chez elle», indique le biologiste. Il s’empresse de préciser qu’il arrive à son équipe de refuser l’observation de la quarantaine à domicile à certains patients parce que ceux-ci étaient simplement dans le déni. 

Le combattant de première ligne dans la croisade contre la Covid-19 fait remarquer que sur la base de ces algorithmes, le département en charge de la Santé a décidé d’impliquer dans la prise en charge des personnes atteintes de coronavirus les Centres de santé de référence (Csref). Ainsi, tous les cas positifs de la Commune sont dirigés d’abord vers le Csref de la circonscription qui utilise les différents algorithmes pour faire le checking. 

Après cette étape, poursuit Dr Dramé, les patients qui présentent un tableau grave, sont référés à l’hôpital. Ceux qui ont moins de possibilité de faire des complications et qui ont la possibilité de s’isoler à la maison sont aussi sélectionnés. Il relève que ces patients sont confiés à une équipe au niveau du Csref qui leur rend visite à domicile pour s’assurer des conditions d’isolement.

LE REFUS DE SE SOUMETTRE AU TRAITEMENT-Le médecin biologiste de l’Hôpital du Mali explique aussi que les équipes joignent régulièrement les malades au téléphone pour s’informer de leur état. Pour la moindre complication ressentie, les personnes isolées doivent aussi alerter les équipes médicales en vue d’une célérité dans la prise en charge. 

Mais tout patient se trouvant dans cette situation de confinement à domicile doit se rendre à l’hôpital le 6è jour après le diagnostic pour un contrôle. «Si ce contrôle est négatif, il revient encore le lendemain pour un autre. Mais si le contrôle atteste toujours de la présence du virus de la pandémie, il revient 72 heures après. Mais il faut clairement deux contrôles négatifs pour dire que le patient n’est plus contaminé».

Dr Dramé déplore le respect des consignes par certains patients en situation de confinement à domicile et qui mettent leurs familles en grand danger. Il évoque aussi des difficultés à joindre au téléphone certains patients. D’autres accusent même les équipes médicales de harcèlement. 

Il cite volontiers des exemples.«On a été contraint d’aller chercher des gens qui ne respectent pas les mesures édictées pour les confiner à l’hôpital. C’était le cas d’un patient indiscipliné qui a été aperçu en compagnie d’autres personnes qu’il mettait en danger. On a été obligé de recourir aux autorités compétentes pour le discipliner sur les mesures barrières», confie-t-il.

A la date du 27 avril dernier, le Csref de la Commune III suivait 69 patients à domicile. Depuis la mi-janvier, 214 personnes traitées à domicile ont été guéries. Malheureusement, trois autres personnes atteintes de Covid-19 qui étaient suivies dans les mêmes conditions, ont été référées à l’hôpital après des complications et sont décédées. 

Le point focal Covid-19 du Csref, Dr Hamadoun Lamine Cissé, explique que la prise en charge médicale des personnes testées positives à domicile vise à désengorger les hôpitaux. Il indique que les patients malades du coronavirus sont soumis à une évaluation clinique et même parfois biologique pour prouver si le malade nécessite une hospitalisation ou un suivi à domicile. Pour être hospitalisé, précise-t-il, le patient doit présenter des cas d’hypertension, de diabète voire d’autres soucis mais aussi nécessiter un besoin d’intubation. 

Il estime que les équipes sont confrontées à une difficulté majeure qui est le refus de certains patients à se soumettre au traitement. «Nous recensons beaucoup de cas d’abandon et de refus», regrette-t-il, avant de souligner que certains prétextent simplement la recherche de leur pitance. Il appréhende le déni de la maladie par une frange importante de la population. 

Le médecin du Csref exhorte les personnes dans cette situation à accepter le traitement pour briser la chaîne de transmission et surtout préserver des vies. 
Mais tous nos efforts pour recueillir au moins l’avis d’un malade hospitalisé à domicile même au téléphoné ont été vains. 

Au Csref de la Commune V, le point focal que nous avons rencontré était en train de téléphoner à des patients testés positifs à la Covid-19 pour prendre de leurs nouvelles. Mais il n’a pas accepté de partager son point de vue sur la façon de faire.

Mohamed D. DIAWARA

Source: L’Essor