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La dame était loin derrière et pour vérifier que c’était bien son épouse, Moussa freina sur le bas côté de la route comme pour satisfaire un besoin pressant. Il vit la dame au loin s’arrêter comme pour vérifier l’une de ses roues. Sur place, les idées grivoises de notre homme s’envolèrent : la suite risquait de ne tenir aucune des promesses de plaisir qu’il se préparait à partager avec Eliane. Moussa savait que son épouse ne sortait jamais sans son arme. Il s’imaginait ce qu’une femme nerveuse, jalouse et armée pouvait bien faire lorsqu’elle se retrouverait face-à-face avec la maîtresse de son mari prise à presque la main dans le sac.

Sa sueur se mit à couler, car il la savait capable du pire. Il lui fallait donc trouver de toute urgence une solution au grand embêtement qu’il voyait fondre sur lui sous les traits de son épouse. Arrivé à destination ou lui donna une chambre. De la fenêtre il vit que son épouse s’était fait apporter une table et une chaise à côté de sa voiture.

Dans la chambre Eliane, qui ne se doutait de rien, voulut se coller à lui. Sa réaction fut brutale « va là-bas sorcière… à cause de toi, je suis dans les problèmes… » Moussa avait oublié que c’est lui et non Eliane qui avait décidé de cette partie de « kinka yika » . Voici que la prenant par le bras, il la tira jusqu’à la fenêtre et lui montrant son épouse qui buvait calmement une bière il lui dit : « c’est ma femme… tu as chaud aujourd’hui ».

Le moment de surprise passée, Eliane voulut s’enfuir. Moussa la retint car lui-même s’était un peu calmé. C’est en ce moment que l’idée lui vint. Il sortit son portable et appela son ami garagiste à qui il indiqua où il se trouvait, puis lui expliquant brièvement sa situation le pria de l’y rejoindre en passant par la petite porte arrière de l’endroit.

Dehors, sa femme avait pris une autre bouteille et Moussa à l’intérieur eut peur. Il savait qu’à ce stade, une colère de son épouse se transformait rapidement en folie. Un peu plus d’une heure plus tard, le garagiste arriva. Moussa lui expliqua ce qu’il devrait faire avant de lui remettre un billet de 5 000 F CFA pour bien tenir son rôle.

Puis il démarra la moto de ce dernier, remorqua Eliane et zigzagant dans la broussaille il rejoignit le goudron loin du lieu de sa frousse à l’insu de son épouse qui broyait du noir avec des idées de meurtres pleines la tête. Resté seul, l’ami garagiste alla se faire servir et laissant un pourboire de 1 000 F CFA aux jeunes serveurs, il obtint d’eux leur soutien au cas où madame ferait la difficile.

Puis prenant tout son temps (le temps que Moussa arrive à Ouagadougou, qu’il dépose Eliane chez elle et qu’il regagne son domicile), le garagiste alla innocemment à la voiture qu’il entreprit d’ouvrir sans un regard pour la dame assise à côté. Naturellement, madame voulut s’interposer. Le garagiste lui expliqua calmement que la voiture appartenait à l’un de ses clients et qu’il l’essayait après réparation. Madame demanda après la femme qui se trouvait à ses côtés.

II répondit qu’il n’avait pas de femme avec lui. Les serveurs appelés témoignèrent que le garagiste est venu seul. Leur décrivant Moussa, elle leur demanda s’ils ne l’avaient pas vu. Ils répliquèrent que depuis ce matin ils n’ont pas vu d’homme qui répondait à ce signalement. Madame crut qu’elle était devenue folle.

Le garagiste démarra sans plus s’occuper d’elle. Revenue à la maison, elle trouva son époux sagement assis à lire les journaux. Et ce fut à elle de s’expliquer sur sa longue absence. Tel est pris qui croyait prendre !

Sacré Seydou OUEDRAOGO

15 juin 2007