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La situation de double crise sécuritaire et institutionnelle que traverse notre pays semble plus que jamais mettre les différents acteurs devant un dilemme quant à ce qui doit être la priorité des priorités pour le gouvernement d’Union nationale par rapport à la mise en œuvre des deux principales missions qui lui sont assignées. A savoir, la libération des trois régions du nord (Gao, Tombouctou et Kidal), sous le contrôle des groupes armées et l’organisation d’élections libres, transparentes et incontestables. Cette question fait, aujourd’hui, l’objet d’un débat houleux entre les différents acteurs de la scène politique nationale.

Pas une seule rencontre, pas un seul forum ne se tient, aujourd’hui, dans notre pays sans que la question ne s’invite dans les débats. La dernière en date est la réunion du Cadre institutionnel de Concertation entre les acteurs du processus électoral et le ministre de l’administration territoriale et de la décentralisation le lundi 3 septembre 2012 au gouvernorat du District de Bamako.

Cette rencontre qui était prévue pour être un cadre d’évaluation du fichier Ravec dans les perspectives des élections générales prochaines a été une nouvelle occasion pour les défenseurs des deux tendances de s’affronter dans les débats. Les hostilités du jour ont été engagées par le colonel Youssouf Traoré, président de l’UFDP, qui, en plein débat sur le fichier biométrique, s’insurge contre ce qu’il qualifie d’inversion des priorités qui consiste à faire passer les élections en priorité avant la libération des régions occupées. «Il est hasardeux de parler d’élection avant la libération du nord », a-t-il averti. Avant d’ajouter que son parti, l’UFDP ne s’inscrit pas dans cette logique sous l’ovation de la salle. Il a été devancé dans cette logique par beaucoup d’autres acteurs, notamment le COREN et le Collectif des élus du nord.

On se rappelle des propos de l’honorable El Hadj Baba Haïdara, président du Collectif des ressortissants du nord qui affirmait que si les élections devraient être organisées dans le contexte actuel sans les régions du nord, alors il cesserait d’être Malien. C’était en marge de la cérémonie de lancement de la Coalition pour le Mali le 26 juillet 2012 à l’Hôtel Salam.

Autres défenseurs n’ont moins important de cette tendance, le Pr Ali Nouhou Diallo, ancien président de l’Assemblée nationale du Mali. Ce natif de Douentza, qui présidait alors les travaux du «Forum pour la Paix dans une transition apaisée » à la Maison de la presse du Mali, s’est dit surpris de ne pas voir l’armée malienne occupée les positions abandonnées par le Mnla après sa débâcle contre le Mujao à Gao.

A la tête du courant qui pensent que l’organisation des élections est prioritaire par rapport à la libération des régions occupées, on retrouve certains partenaires du Mali et non pas des moindre. Il s’agit notamment des les États Unis d’Amérique, champion du monde en matière de lutte contre la nébuleuse de Alqaïda. La visite de son sous secrétaire d’État aux affaires africaines Johnnie Carson, au cours du mois de juillet 2012 s’inscrit dans cette logique. Un point de vue, aujourd’hui, vigoureusement défendu au plan national par certains hommes politiques.

Les idées d’une telle option sont un peu plus précises chez, Amadou Koïta, premier vice-président de l’Union des Mouvements d’Alliance pour le Mali(UMAM). Une position qu’il n’a pas manqué de défendre ce lundi 3 septembre au cours de la réunion du dernier Cadre de concertation.

Selon lui, aujourd’hui, il y a un certains nombre de questions qui sont considérées comme des questions tabous. Notre souhait est que les élections puissent être organisées tant bien au sud, qu’au nord du pays. Pour cela, il faudra que dans deux ou trois mois, les deux tiers du territoire puissent être libérées. Seul problème.

De la manière où évoluent les choses, il n’est pas évident qu’on puisse organiser les élections dans le délai de la transition (1 an). Dans ce contexte, il demande au ministre en charge des élections de prendre l’engagement, qu’au cas où on n’arriverait pas à libérer le reste pays, qu’on pourra au moins organiser, ça ne serait que les élections présidentielles. De son avis, les élections présidentielles ne demandent pas d’avoir plusieurs circonscriptions. «Il suffit, au moins, d’avoir une circonscription à l’intérieur et une autre à l’extérieure du pays », a-t-il expliqué.

Avant de préciser que «C’est dans les élections législatives qu’on demande plusieurs circonscriptions ».

De son avis, on pourra organiser les législatives quand les conditions le permettent. Il s’est dit convaincu que l’organisation des élections présidentielles avant la libération totale du pays permettra, au moins, à notre pays d’avoir une autorité crédible et légitime, et de donner à notre pays son honneur et sa dignité sur le plan international. Du côté des autorités de la transition, on prône la prudence face aux risques d’une élection précipitée ou bâclées qui déboucherait, certainement, sur des contestations post électorales plus dangereuse pour le pays.

Abdoulaye OUATTARA

10 Septembre 2012