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Depuis l’arrêt de la Cour Constitutionnelle du 20 août dernier, attestant la victoire du nouveau président de la République, Ibrahim Boubacar Kéïta, dont le mandat prendra effet à compter du mercredi 04 septembre, tous les esprits sont braqués sur le nom du futur premier ministre. Comme une course de chevaux, les spéculateurs pondent des favoris, secondes chances et outsiders. La dernière évidence qui provienne d’une source bien introduite à Sébenicoro, fait émerger un trio de choc, un actuel ministre et deux directeurs de banque. A savoir : Tièman Hubert Coulibaly des affaires étrangères et de la coopération internationale, Abdoulaye Daffé de la BDM.SA et Moussa Alhassane Diallo de la BNDA.

Un grand observateur de la scène politique nationale conseille en ces termes : « il appartient au nouveau Président de garder l’actuelle équipe en poste en attendant la fin du processus de transition qui s’achèvera avec le renouvellement du parlement ». Selon lui la recomposition du paysage politique ne sera effectif qu’à l’issue des législatives, qui fixeront les contours du futur parlement et trace des directives pour la formation du nouveau gouvernement post-crise.

Mais cette réflexion n’est pas du goût de nombreux autres observateurs. Qui, estiment que le Président IBK est dans l’obligation de nommer un nouveau Premier ministre eu égard à la forte pression à laquelle il est déjà soumis de la part de sa famille politique et alliés. Dont certains seraient déjà en campagne de positionnement dans la presse. Ceux-ci, risquent d’être les plus surpris. La sortie du Président IBK, mercredi a planté le décor du futur attelage gouvernemental. Ceux-là qui croyaient qu’ils sont des Premiers ministrables naturels peuvent déjà commencer à déchanter. La disposition des chaises suivant le centre de gravité, qu’est le fauteuil présidentiel, en dit long sur la place dévolue à chaque membre de la cour. Au-delà de cette métaphore, le président élu même a dit dans un langage clair qu’il n’y aura pas de partage de gâteau.

En d’autres termes, ceux-là qui ont gouté à la beure avec ATT, qui pensent que l’embellie peut continuer avec IBK, vont apprendre à leurs dépends. Ils peuvent continuer à rêver, puisse que c’est leur droit, quant à arriver à leur fin, cela constitue une autre perle de manche.
Comme nombreux de ces faiseurs d’opinion, qui ne cessent de dessiner et redessiner le portrait robot du futur Chef du gouvernement. Ce qui reste évident est que l’urgence des solutions à apporter à la demande sociale, restreint la liste des postulants et les marges de manœuvres du nouveau Président.

Sauf si celui-ci ne veut pas s’attaquer dans l’immédiat aux sollicitations de son électorat. Avec une économie en berne et un climat sociopolitique encore lattent, Ibrahim Boubacar Kéïta n’aura probablement le salut qu’en choisissant un Premier ministre issu du secteur économique. Sinon des finances. Mieux que tout le monde IBK sait qu’il a besoin dans l’immédiat d’un grand économiste pour conduire les premiers pas de son régime. Sinon, d’un homme qui répond aux idéaux des pays partenaires économiques et financiers au Mali. Pour la dernière hypothèse Tièman Hubert Coulibaly, semble ravir la vedette à tous les autres, cités de nos jours comme prétendants à la primature.

Tièman Hubert, une tête qui plaît à la France !

A en croire certaines sources, quand IBK a appelé au Quai d’Orsay en début d’année pour solliciter le soutien de la France dans son ambition de briguer la magistrature suprême. La réponse n’est pas tombée comme une tarte de beure dans la gorge. Il y aurait eu des conciliabules sur le choix du premier ministre entre IBK et son ami Fabius, ministre des Affaires Etrangères français. Lesquels ont porté sur l’actuel ministre des Affaires étrangères et de la coopération internationale, Tiéman Hubert Coulibaly, qui aurait assisté à l’entretien des deux hommes (des vieux amis).

La semaine dernière sur les petits écrans, les téléspectateurs les plus avertis ont du se faire une idée en voyant Tiéman H. Coulibaly à droite d’IBK. Une place généralement réservée aux Premiers ministres. On peut donc conclure avec une certaine reserve que le futur locataire de la Primature est Tiéman Hubert Coulibaly, le fils de Moussa Balla Coulibaly, un vieux routier de la politique, qui a placé son fils à la tête de son parti, UDD.

Mais, en plus de Tiéman Hubert Coulibaly un autre premier ministrable est à l’affût. Il s’agit du président directeur général de la Banque de développement du Mali (BDM-SA) Abdoulaye Daffé. Pour des raisons stratégiques, sa candidature est maintenue encore dans les bois. Tout comme Moussa Alassane Diallo de la Banque nationale de développement agricole (BNDA-SA). Le choix de Daffé selon nos sources, serait une recommandation venue de la ville sainte de Nioro. Il est l’un des protégés du puissant chef de la confrérie des Hamalistes, le très vénéré El Hadj Bouyé Haidara. En outre, d’autres raisons motivent le choix de ce grand banquier, qui a donné à la BDM-SA, la plus grande banque nationale de la place, toute sa notoriété.

L’enjeu de la situation socioéconomique

En effet, le communiqué de l’avant dernier conseil des ministres lève le voile sur l’état défectueux de notre tissu économique. Il s’inspire du rapport général de la revue 2012 du Cadre stratégique de croissance et de réduction de la pauvreté (CSCRP). Ce rapport affiche une récession considérable de notre économie en 2012. Le taux de croissance du Produit intérieur brut (PIB) s’est affaissé. Au lieu de 5,6% de prévision initiale attendue, il est tombé à -1,2 %. Les secteurs d’activité, les plus affectés par la crise ont été le secondaire en l’occurrence l’industrie et les BTP (Bâtiments et Travaux Publics) et le tertiaire notamment le commerce, le tourisme et l’hôtellerie.

Comme, il fallait s’y attendre, les effets d’entraînement de cette contre performance s’est étendue sur l’ensemble des autres indicateurs.
Cela pour dire que IBK et son nouveau gouvernement ont obligation de booster davantage ces actions pour redonner espoir à la population, qui a durement été éprouvée des effets multiples de la crise. Pour cela, il faut un économiste à la tête d’une équipe de technocrate, qui s’occupera de la gestion quotidienne du gouvernement. Le président IBK, lui-même un acteur politique très futé se chargera du volet politique. Il est plus prudent de mettre son gouvernement à l’abri des soubresauts politiques, comme ce fut le cas avec Younoussi Touré entre 1992 et 1993.

Les deux banquiers, Daffé et Diallo ont l’avantage de connaître également les mécanismes de mobilisation sociale autour des projets de développement du Président. Abdoulaye Daffé comme Moussa Alassane Diallo, grâce à la puissante Association professionnelle des banques et établissements financiers du Mali, ont des entrées dans la presse. Celle-là qui fait et défait les opinions. En tout cas, la voie est toute tracée, mais la dernière décision revient au Président, qui dispose d’un pouvoir discrétionnaire.

Mohamed A. Diakité

Tjikan du 23 Août 2013