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A l’annonce de la liste des membres du gouvernement d’union nationale, le 20 août 2012, nombreux sont nos compatriotes qui se sont posé la question de savoir le sort réservé à deux ministres de l’ancienne équipe : Sadio Lamine Sow, ministre d’État, ministre des affaires étrangères et de la coopération internationale et Hamadoun Touré, ministre de la poste, de la communication et des nouvelles technologies, porte parole du gouvernement. Au moment où les maliens se posaient cette question, le Premier ministre Cheick Modibo Diarra avait sa petite idée derrière la tête. Le 21 août 2012, par décret N° 2012-482/PM-RM, il a fait de Sadio Lamine Sow, Conseiller spécial du Premier ministre avec rang de ministre, chargé des relations internationales. Le même jour par le décret N° 2012-480/PM-RM, il a nommé Hamadoun Touré, conseiller spécial du Premier ministre avec rang de ministre, chargé des questions relatives à la communication gouvernementale et aux nouvelles technologies.

En prenant ces deux décrets, Cheick Modibo Diarra s’est référé à la constitution, au décret N° 2012-195/PM-RM du 7 mai 2012 fixant l’organisation de la Primature et le décret N° 2012-193/P-RM du 17 avril 2012 portant nomination du Premier ministre, histoire de rappeler qu’il n’a pas démissionné avant la mise en place du gouvernement d’Union nationale, la date du décret de nomination faisant foi. Qu’à cela ne tienne, la nomination de Sadio Lamine Sow et de Hamadoun Touré comme des conseillers spéciaux du Premier ministre avec rang de ministres pose problème. En plus d’augmenter de façon inutile les charges de l’Etat, sinon dans l’unique but de faire plaisir à des amitiés, il faut craindre que ces deux personnalités fortes qui ont été éjectées du gouvernement contre leur gré ne deviennent pas des doublons qui soient les véritables décideurs, à la place des véritables ministres.

Pour qui connait le traitement d’un ministre sous nos cieux, en cette période de crise, sinon de guerre, entretenir 31 ministres dans un gouvernement d’union nationale n’est pas déjà chose aisée. Mais, quand par complaisance, le Premier ministre décide de donner le rang de ministre à deux de ses conseillers qu’il a voulu spéciaux, l’on peut sans risque de se tromper que Cheick Modibo Diarra n’a pas encore compris, qu’en cette période où le trésor public est au plus bas niveau de sa forme, le Mali a besoin de faire des économies pour faire face à la guerre qui va nécessiter des moyens colossaux. Voilà pourquoi des voix s’étaient élevées pour demander un gouvernement de mission de seulement 16 membres pour sortir le pays de l’impasse.

Et après les élections transparentes, on pourrait aller vers un nombre plus élevé de ministères. Même aux heures fastes, le pays a rarement eu autant de ministres et de hauts fonctionnaires avec rang de ministres. En plus de grever le budget d’État et de réunir les conditions d’une pagaille dans la direction des affaires publiques, la décision de Cheick Modibo Diarra est tout comme s’il voulait dire : « Si vous ne voulez pas les voir dans le Gouvernement d’union nationale, vous les verrez quand même ministres ».

Assane Koné

23 Août 2012