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L’espoir suscité au soir du 28 Septembre 2007, suite à la nomination de Modibo Sidibé au poste de Premier ministre, par le Président de la République, Amadou Toumani Touré, s’estompe de jour en jour. Et pour cause : l’ex-Secrétaire Général de la Présidence de la République, grand commis de l’Etat depuis près d’une trentaine d’années, n’arrive toujours pas à donner une réponse suffisante aux préoccupations du peuple malien. Qu’est-ce qui ne va pas, et que lui arrive-t-il? Telles sont, entre autres, les interrogations soulevées par nombre d’observateurs, à quelques encablures du premier anniversaire de l’équipe gouvernementale.

Le chef du gouvernement lui-même semble dépassé par les évènements. Pourquoi le grand engouement suscité par sa nomination à la Primature s’est-il transformé en désillusion?, se demande bien des citoyens. L’on pense que Modibo Sidibé a la réponse à cette question, dans la mesure où il n’a pas pu pleinement profiter de l’état de grâce qui lui a été accordé par le peuple malien.

Au contraire, le gouvernement l’homme s’est plutôt rendu célèbre par des scandales qui ont même failli avoir des répercutions négatives sur l’image du Mali. De l’affaire dite “OLAF-Ahmed Sow” au limogeage de Mme Ba Fatoumata Néné Sy, en passant par les quiproquos nés de la mise en oeuvre de “l’Initiative riz”, entre la Primature, le département de l’Agriculture, et celui des Finances, seul le nom de Modibo Sidibé véhiculait comme étant le maître d’oeuvre de toutes ces chamailleries et autres coups dits “tordus” portés à la gestion des affaires publiques.

Dans une famille, lorsque celui qui doit maintenir l’ordre et la cohésion se découvre en être le grand perturbateur, il y a réellement de quoi avoir peur, du moment qu’il s’agit de tout un Etat. Mais au delà de ces clivages, aujourd’hui presque à plat, il y a plus important qui est en train de donner du tournis au Premier ministre, Modibo Sidibé : l’homme est aujourd’hui rattrapé par sa propre gestion au niveau du Secrétariat Général de la Présidence de la République.


L’homme, ennemi de l’homme?

De sources sûres, on apprend qu’à ce jour encore, le Premier ministre peine ou traîne à donner un contenu au Programme de Développement Economique et Social (PDES), à cause des actes qu’il aurait lui-même posés alors qu’il était encore Secrétaire Général de la Présidence de la République.

Pour rappel, à l’époque, l’homme était parvenu à s’imposer comme l’alpha et l’oméga de la Présidence, pourrait-on dire, où tout partait de lui et où tout revenait à lui. Ce qui, selon les même sources, n’est pas du tout surprenant, venant d’un policier aussi expérimenté que lui.

En effet, il y a une méthode policière qui permet, à tout bon officier de police, de pouvoir tirer les ficelles des évènements et des circonstances, à partir de son bureau ou de son Q.G. Et Modibo Sidibé ne s’en est pas privé, lorsqu’il était Secrétaire Général de la Présidence.

Tous les dossiers passaient par lui ; et il avait son mot à dire dans tout. Un privilège que l’homme aurait utilisé à son compte, en classant sans suite tous les dossiers qui ne lui plaisaient pas, souvent de façon expresse, si les dossiers venaient de quelqu’un avec qui Modibo n’est pas d’humeur agréable.

Si seulement il savait, à l’époque, qu’il pourrait y avoir un renversement de rôle ! Par exemple, quelqu’un d’autre au Secrétariat Général de la Présidence, et lui-même à la Primature? Sûr qu’il n’avait pas envisagé une telle possibilité, sans quoi…

Et voilà Django Sissoko Secrétaire Général de la Présidence

Le premier ministre Modibo Sidibé savait-il, en ce temps, que sa nomination à la Primature allait être, pour lui, le début du commencement des cauchemars ? Toujours est-il que d’aucuns s’étonnent qu’il ait usé de tous les moyens pour “mettre à l’eau” le projet de nomination de Ahmed Sow à la Primature.

Voudrait-il simplement y voir la tête d’un de ses hommes de main ? En tous cas, le Président de la République, dissuadé de son choix qui était essentiellement porté sur l’actuel ministe des Mines, de l’Energie, et l’Eau, n’aurait eu d’autre option que de faire appel à un de ses plus fidèles compagnons : Modibo Sidibé lui-même.

Refuser une telle marque de confiance pourrait bien susciter des doutes chez le Chef de l’Etat. Modibo était donc obligé d’accepter la proposition présidentielle, bien qu’il ne voulût, pour rien au monde, laisser le Secrétariat Général de la Présidence. Certaines sources avancent même que l’homme voulait occuper les deux postes à la fois. Vrai ou faux ?

Toujours est-il qu’il a fallu un bon moment, au Président ATT, pour nommer le successeur de Modibo Sidibé, en la personne de Django Sissoko. D’après nos sources, ce dernier, une fois sa prise de fonction effectuée, aurait découvert une montagne de dossiers bloqués par les bons soins de son prédécesseur.

Certains de ces dossiers étant bien ficelés, pour ne pas dire, étant d’une importance capitale pour la gestion de l’Etat, Django se serait donné du plaisir à les “dépoussiérer” et à les envoyer un à un au Premier ministre qui n’est autre que son prédécesseur et auteur du blocage des dits dossiers. Le bloqueur bloqué donc?…

Selon nos sources, le premier ministre n’arrive plus à se retrouver dans ces dossiers. D’où l’explication de toute la timidité par laquelle le gouvernement s’illustre depuis bientôt un an. “L’Initiative Riz”, qu’on veut à tout prix calquer dans le PDES du Président de la République, ne serait, en fait, qu’une trouvaille par anticipation de Modibo Sidibé pour se tirer d’affaire, le temps de reprendre les choses en main.

Modibo Sidibé saura-t-il rebondir au milieu de toutes ces casseroles qu’il commence à traîner derrière lui, et donner ainsi raison à ATT quant à son choix au poste Premier ministre, et redonner de l’espoir aux Maliens qui attendent beaucoup de lui ? Et si le compte à rebours avait déjà commencé pour lui ?…

En attendant , ça ne marche pas du tout, ni pour le Premier ministre, ni pour les Maliens. Peut-être que le regain d’optimisme pourrait bien venir de “l’Initiative Riz”, qui sait?
En tout cas, les citoyens le souhaitent tous !

Adama S. DIALLO

10 Septembre 2008