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Le Premier Ministre de la Transition, Django Cissoko, après un an de bons et loyaux services à la patrie infiniment reconnaissante, doit rendre le tablier dès le 4 septembre 2013, date d’investiture du nouveau président élu Ladji Bourama. Mais Django Cissoko ne veut surtout pas dire définitivement adieu au pouvoir d’Etat: il tient à rempiler à la primature.

Selon des sources bien informées, Django Cissoko a proposé à Ladji Bourama de le reconduire à la tête du gouvernement jusqu’à la fin des futures élections législatives.

Argument-massue utilisé par l’illustre demandeur : le gouvernement actuel aurait fait un magnifique travail, serait rompu à la tâche, connaîtrait tous les dossiers, aurait organisé de bonnes élections et serait immédiatement opérationnel; il vaudrait donc mieux, pour Ladji Bourama, de reconduire cette équipe qui gagne et qui continuera à gagner, inch Allah ! que de nommer une nouvelle équipe sans expérience qui prendrait du temps à s’imprégner des réalités alors que les urgences pointent de tous côtés.

Pour bien appuyer son argumentaire et, au passage, forcer un peu la main du nouveau président, Django Cissoko propose déjà, à travers son ministre de l’Administration Territoriale, le tout nouveau général amateur de « tendances » électorales, un calendrier des législatives dont le premier tour se tiendrait le 27 octobre 2013 et le second tour trois semaines plus tard.

L’offre de service de Django Cissoko ne manque pas, en réalité, d’intérêt.

En effet, Ladji Bourama a besoin d’une équipe qui, comme celle de Django, est immédiatement opérationnelle et imprégnée des dossiers de l’Etat. Mais la médaille a son revers : si Django est reconduit, les observateurs en déduiront que Ladji Bourama avait, avant même son élection, des atomes crochus avec le gouvernement de Transition, ce qui ne serait pas bon pour l’image du président élu et pourrait être utilisé par l’opposition politique.

En outre, la reconduction de Django Cissoko laisserait entendre que Ladji Bourama, élu à 70% par les Maliens, manque de cadres susceptibles de prendre les rênes de l’Etat. De plus, comment Ladji Bourama pourrait-il évaluer la gestion d’ATT et de la Transition s’il nommait Django à la tête du futur gouvernement ? Enfin, la reconduction de Django Cissoko romprait avec la volonté de changement affichée par Ladji Bourama et pourrait faire déchanter nombre de ses proches qui caressent le rêve de mettre le pied à l’étrier.

On le voit, la proposition de Django Cissoko encourt de forts risques de rejet.

Elle lui attire d’ailleurs des critiques de l’entourage de Ladji Bourama, qui se sent déjà menacé par la concurrence du Premier Ministre sortant. Dans une interview accordée, samedi dernier à RFI, Bokari Téréta, secrétaire politique du RPM, a désavoué le fait que le gouvernement sortant veuille imposer un calendrier des législatives : « Tout ce qui a été demandé au ministre de l’Administration Territoriale, c’est de faire un rapport d’évaluation du scrutin présidentiel en soulignant les forces et les insuffisances. Le gouvernement qui sera nommé après l’investiture se servira de ce rapport pour organiser les législatives en corrigeant les insuffisances constatées ».

Si Django Cissoko n’est pas reconduit à la primature, il n’en mourra certainement pas.

En effet, il pourrait rejoindre son ancien poste, le Médiateur de la République, qui, curieusement, est restée vacante depuis qu’il a pris la tête du gouvernement. Signe qui ne trompe pas, le gouvernement de Transition s’apprête à augmenter, dans la plus grande discrétion, les avantages et émoluments du Médiateur. Comme quoi, dans ce pays, certains citoyens ont l’art de retomber toujours sur leurs deux pieds!

Tiékorobani

Procès Verbal du 26 Août 2013