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Le monde célèbre aujourd’hui 13 octobre, la Journée internationale de la réduction des risques de catastrophe (séisme, inondations, éruption volcanique, tremblement de terre, etc.) Le thème de cette année est : «La gouvernance des risques de catastrophe». Il oblige les autorités à agir en se fondant sur des bases scientifiques et en mettant en place des stratégies nationales et locales contre tous les types de menace : naturelle ou anthropique.

La célébration de la Journée au Mali intervient dans un contexte marqué par la récurrence des inondations, en particulier à Bamako. Selon une source officielle, en 2013, les inondations ont affecté plus de 34.000 personnes, couté la vie à 56 autres et entrainé environ 20.000 déplacés, rien que dans la capitale. En mai 2019, le phénomène a engendré d’importants dégâts matériels et des pertes en vies humaines.

Très souvent les inondations interviennent à Bamako après une pluie diluvienne. Et ce, malgré une panoplie de dispositions prises par l’État qui sont, entre autres, la stratégie nationale pour la réduction des risques de catastrophe (élaborée en 2015) ainsi que la politique et la stratégie nationale sur les changements climatiques (2011). Sans parler des financements de l’État et ses partenaires dans le secteur. Alors, qu’est-ce qui explique cela ? Qu’est-ce qu’il faut aujourd’hui pour efficacement endiguer les inondations ?

Pour avoir des réponses à ces questions, notre équipe de reportage a rapproché des spécialistes en environnement. Selon ces derniers, les inondations à Bamako sont dues, en grande partie, à l’occupation «illicite» par la population des collecteurs naturels (marigots). Mais également au manque d’aménagement de ces ouvrages. Sur ce dernier point, ils sont loin d’être «cartésiens» : «Tant qu’on n’aménage pas ces collecteurs, ce serait une série d’inondations que nous allons constater».
Pour la directrice du Cabinet d’ingénierie conseil en environnement (Cice), la situation est également imputable à l’obstruction des infrastructures d’assainissement (collecteurs et caniveaux) par «l’incivisme» des populations, qui entravent ces instruments par des ordures.

Fatoumata Kassoum Denon estime également que le phénomène est aussi causé par l’absence de caniveau dans certains quartiers et à la «défaillance» du système de canalisation des eaux. «Nous devons faire le curage des caniveaux chaque année et libérer les lits et berges des cours d’eau et du fleuve Niger», propose-t-elle.

Certains experts pensent de leur côté que les inondations sont dues, d’une manière générale, à un problème environnemental. En ce sens qu’elles proviennent beaucoup du réchauffement climatique lié au dégagement des gaz à effet de serre.

«Quand les gaz à effet de serre se dégagent dans l’atmosphère, il y a un réchauffement qui se produit. Et ce type de réchauffement perturbe le cycle de la pluviométrie», explique Mamadou Niang, expert en environnement. C’est pourquoi, selon lui, nous assistons, ces dernières années, à des fortes pluies dans nos grandes villes, notamment à Bamako.

Pour les spécialistes, il faut éduquer la population dans le sens du respect de l’environnement et du climat. Selon eux, cette éducation consiste à la bonne gestion des ordures et à la protection des caniveaux, qui sont destinés à l’écoulement de l’eau. «J’ai l’habitude de faire le tour à Bamako après les fortes pluies. Souvent, je vois les gens, sortir de chez eux, pour déverser les déchets dans les caniveaux». Et l’expert en environnement d’indiquer par la suite que 75% de nos caniveaux sont remplis, aujourd’hui, d’ordures ménagères. Or, selon lui, ces ouvrages ne sont pas destinés à cela.

«Une fois les caniveaux bouchés, après une forte pluie, c’est le quartier qui est inondé», avertit-il.
Malheureusement, depuis la famille jusqu’au niveau du quartier et communal, aucune disposition pratique n’est prise pour que les gens se comportent bien, dit-il. «Il y a un manque d’autorité à mettre les gens dans l’ordre.

Sinon, ce n’est pas un problème de carence de textes», martèle l’environnementaliste. Pour Mamadou Niang, la situation est également imputable à la mauvaise planification de l’urbanisation. Il ne faut pas qu’on urbanise en pilotage automatique les quartiers, conseille l’expert.


Bembablin DOUMBIA

Source: L’Essor