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L’épidémie de sida a remis en question dans de nombreux pays, les progrès acquis dans la lutte contre la mort, conduisant bien souvent à une baisse significative de l’espérance de vie. Au Mali, l’épidémie connaît actuellement un répit à cause des campagnes de sensibilisation. Mais le risque d’une augmentation de la prévalence n’est pas exclu.

La prévalence du virus dans la population générale est difficile à évaluer. Les estimations habituelles s’appuient le plus souvent sur les données accessibles dans les centres de santé ou sur des enquêtes ciblées sur des populations particulières (prostituées, femmes enceintes).

Mais ces données concernant des populations particulières, pour certaines les plus vulnérables au VIH, les indicateurs surestiment souvent la séroprévalence. En 1997, le taux de prévalence était de 2,5% chez les femmes enceintes à Bamako et de 32% chez les prostituées de Bamako. Au niveau national, on avait l’idée d’une prévalence de l’ordre de 3%.

1,7% de séropositifs en 2001

Afin de disposer d’une estimation récente sur l’ensemble de la population malienne, une enquête de dépistage du VIH a été réalisée dans le cadre de l’Enquête Démographique et de Santé (EDS) de 2001, avec prélèvement de sang auprès d’un échantillon de 3 882 hommes et femmes. Il s’agissait là d’une démarche inédite que le Mali est le premier pays à avoir testée dans le cadre d’une EDS.

Ces données ont permis d’obtenir une évaluation faible de la prévalence du VIH au sein de la population adulte et par âge. Ce taux de prévalence a été évalué à 1,7% au niveau national avec un niveau plus élevé chez les femmes de 15 à 49 ans (2%) que chez les hommes de 15 à 49 ans (1,3%). Le nombre de séropositifs serait ainsi de l’ordre de 80 000 dont 48 000 femmes.

Chez les hommes, la prévalence du VIH est maximum entre 30 et 35 ans (3,8%). Du fait de la précocité de l’âge au premier rapport sexuel chez les maliennes, le taux de séroprévalence dépasse 3% chez les femmes dès 15 ans et se maintient en pallier jusqu’à 40 ans.

Le District de Bamako a le taux de séroprévalence le plus élevé (2,5%), suivi des régions de Kayes, Koulikoro et Ségou (1,9% chacune). Les trois autres régions ont des taux inférieurs à la moyenne nationale : Mopti : 1,4 ; Sikasso : 1% et Gao, Kidal, Tombouctou (0,7%).

Un niveau bas au mali

Le taux de séroprévalence évalué par l’EDS s’avère inférieur aux estimations antérieures et confirme le niveau relativement bas du VIH au Mali qui se situe parmi les pays africains les plus touchés par l’épidémie. Mais il serait prématuré de penser que le pays restera épargné par l’épidémie, loin de là. Les risques de diffusion du VIH sont importants.

La séroprévalence est déjà élevée entre 5% et 30% dans certains groupes de la population qui sont les prostituées, vendeuses ambulantes, coxeurs. De plus, le Mali est un pays où les mouvements migratoires sont nombreux notamment vers la Côte d’Ivoire qui, en 1994, se situait au premier rang des pays d’Afrique de l’Ouest touchés par l’épidémie du Sida.

Enfin, une grande partie de la population malienne s’avère peu au fait des moyens à utiliser pour éviter la contamination. Ainsi, en 2001, la quasi-totalité des enquêtes (90% des femmes et 98% des hommes) connaissent l’existence du VIH/Sida, mais une femme sur deux et plus d’un homme sur cinq déclaraient ne connaître aucun des trois principaux moyens de protection que sont le préservatif, la limitation du nombre de partenaires, l’abstinence sexuelle.

Le taux de séroprevalence en augmentation à GAO

Le Secrétaire Exécutif du Haut Conseil National de Lutte contre le Sida, Malick Sène, lors d’un entretien à Gao, à l’occasion du lancement de la saison touristique 2007-2008 faisait savoir que le taux de prévalence du sida qui était de 0,7% en 2001 a presque atteint son double en 2007.

Cette situation trouve son explication dans le fait que cette région est devenue la route principale des immigrants clandestins vers le Maghreb.
Actuellement, la séroprévalence connaît un répit, mais le risque d’une flambée de l’épidémie plane s’il n’y a pas un réel changement de comportement.

Mamoutou DIALLO (Stagiaire)

21 Mai 2008