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Des membres de la famille du lieutenant Mohamed Ouattara interrogés par L’Aube ont exprimé leur indignation face aux accusations portées contre le jeune officier. Aux dires d’un proche, qui pense que la thèse de déstabilisation des institutions du pays est un montage, le lieutenant Ouattara qui passe le clair de temps à la mosquée est incapable des comportements qui lui sont reprochés et a été sur tous les théâtres d’opération au nord. Un sacrifice que ses parents tiennent à porter à la connaissance du peuple.

A en croire le frère aîné du lieutenant Ouattara, les nombreuses insultes à l’encontre de son petit frère sont insupportables, alors que la lumière n’a pas encore été faite sur l’affaire pour laquelle le présumé coupable a été arrêté. «Nous ne voulons pas aller à l’affrontement avec l’Etat. Ce qui nous intéresse, c’est la réputation de notre frère », a déclaré le frère aîné du lieutenant Ouattara. Ce frère aîné qui s’apprêtait à embarquer dans un avion pour Paris a dû annuler son voyage, l’arrestation de son cadet lui ayant été annoncée par sa mère. Mais ce qui lui fait le plus mal est que son frère soit traîné dans la boue et accusé à tort de vol de véhicule.

Un oncle du lieutenant Ouattara a expliqué que l’histoire du vol d’un véhicule V8 dont est accusé le présumé coupable remonte au moment où l’officier était au nord. «C’est lui qui dirigeait la compagnie qui a arrêté un trafiquant de drogue vers Tarkint au nord du pays, un certain Baba Ould Cheik. Le monsieur a porté plainte car son véhicule a disparu après l’arrestation. Mon frère en tant que commandant de compagnie a été obligé d’assumer la responsabilité, sinon il n’a pas volé », a expliqué le frère aîné.

Un autre fait troublant pour la famille est la façon dont le lieutenant Ouattara a été arrêté par les services de sécurité, d’après les témoignages de ses parents.

En effet, dans la nuit de mercredi à jeudi quelqu’un aurait appelé au téléphone le jeune lieutenant qui était à la maison avec des amis, lui demandant de le rejoindre rapidement au quartier de Lafiabougou. Un de ses camarades, un autre béret-rouge, qui était aussi présent à la maison l’a ainsi accompagné en moto dans ce quartier, mais arrivé au lieu indiqué des hommes en uniformes l’ont arrêté.

Depuis, la famille du lieutenant Ouattara n’a aucune nouvelle de lui, encore moins du lieu de sa détention.

Pour rappel, le lieutenant Ouattara avait été arrêté par l’ex-junte suite aux affrontements entre béret-rouges et bérets-verts en 2012. Le lieutenant Ouattara a par ailleurs passé 8 mois de détention dans le cadre de cette affaire. Libéré par la suite, il avait été envoyé au nord, notamment dans la région de Gao où il a passé la majeure partie de sa carrière.

A juste 27 ans, le lieutenant Ouattara est au cœur d’une mêlée politico-militaire dont les Maliens voudraient comprendre les dessous. En réalité, le doute habite beaucoup de citoyens quant à la véracité de cette tentative de coup d’État, et l’information est même passée inaperçue dans certains milieux de la capitale.

En attendant la fin de cette histoire jugée comme un montage de toutes pièces, la famille du lieutenant Ouattara affûte ses armes de défense en prenant à témoin l’opinion nationale et internationale. Déjà, elle a porté plainte contre un site d’information qui a publié la photo du fils du lieutenant qui est un mineur.

Soumaïla T. Diarra

L’Aube du 9 Juin 2014