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Le 15 mars 2021, était le  jour de prestation de serment du nouveau gouvernement libyen, avec à sa tête, le Premier ministre par intérim, Abdelhamid Dbeibah. Une prestation de serment délocalisée à Tobrouk, à l’Est, en lieu et place de la ville de Benghazi où elle était initialement prévue. En tout cas, c’est l’annonce qui avait été faite, le vendredi dernier, par le porte-parole du parlement, Abdallah Bliheq qui, démentant des rumeurs d’une « attaque par des hommes masqués » ayant visé le bâtiment où se réunissent depuis 2019 les représentants nationaux à Benghazi, imputait les causes de cette délocalisation à des « raisons logistiques et d’organisation ».   Quoi qu’il en soit, dans cette Libye profondément déchirée par la guerre depuis la disparition tragique du Guide de la Jamahiriya, en 2011, une telle cérémonie de prestation de serment est un événement qui revêt suffisamment d’importance pour ne pas passer sous silence. Surtout qu’il s’agit là, théoriquement, d’un gouvernement d’union et de réconciliation nationale, censé supplanter les deux entités antagonistes que représentent le gouvernement de Tripoli reconnu par la communauté internationale et dirigé par Fayez Al Assad, et les forces du Maréchal Khalifa Haftar, l’homme fort de l’Est.

Réussir à organiser des élections dans ce capharnaüm libyen était devenu, par la force des choses, une gageure

 Mais aussi conduire le pays à des élections libres, transparentes et inclusives d’ici à la fin de l’année 2021. Un pari qui est loin d’être gagné à l’avance, eu égard à l’ampleur du chantier de la réconciliation nationale et le rafistolage du tissu social qui va largement au-delà des rivalités entre groupes armés, pour se perdre dans l’abîme des intérêts des grandes puissances occidentales qui se livrent une guerre par procuration pour le contrôle des richesses gazières et pétrolières du pays. C’est dire si le plus dur commence maintenant. Car, d’abord, réussir à organiser des élections dans ce capharnaüm libyen était devenu, par la force des choses, une gageure depuis la disparition du Colonel Khadafi dans les conditions que l’on sait. Ensuite, parvenir, dans le contexte actuel, à pacifier un pays qui ne parle que le langage des armes depuis près d’une décennie pour aller à des élections démocratiques dans moins de neuf mois, n’est pas non plus une sinécure.  D’autant que tout porte à croire que le sort de leur pays ne dépend pas que de la seule volonté des Libyens eux-mêmes. Bien entendu, il leur revient de savoir taire leurs divergences et autres rancœurs  pour donner une chance à la paix dans leur pays. C’est en cela que l’on peut saluer la création d’un ministère chargé de la réconciliation nationale dans le nouvel Exécutif.  Mais quid des puissances occidentales qui s’acharnent tels des vautours sur la carcasse de la Libye et dont certaines se sont investies jusqu’au cou, dans la guerre fratricide au pays de Mouammar Khadafi au nom de leurs seuls intérêts ?  Si, comme il y a des raisons de le croire, ces grandes puissances tirent particulièrement intérêt de la situation chaotique qui règne en Libye, l’on peut craindre que le retour à la paix dans ce  pays ne soit finalement une arlésienne. 

Tant que cette situation perdurera, on peut être pessimiste pour un retour rapide de la paix en Libye

C’est dire s’il est temps que les grandes puissances cessent leur hypocrisie en Libye pour donner des chances à ce pays meurtri par tant d’années de guerre, de rebondir afin de se donner les moyens de signer son retour à l’ordre constitutionnel normal dans les meilleurs délais.  Autrement, à défaut d’être impossible, la feuille de route pour pacifier le pays et le conduire à des élections pluralistes, risque d’être la mer à boire pour le nouveau gouvernement libyen. C’est dire si bien plus que dans celles des Libyens, une bonne partie de la solution au conflit qui déchire leur pays, est dans les mains de la communauté internationale ; particulièrement les grandes puissances qui tirent leur force de l’impuissance de l’Organisation des nations unies (ONU) à faire respecter ses embargos sur les armes ; embargos qui sont allègrement et impunément violés par plusieurs de ses membres et pas des moindres. Ainsi, plusieurs rapports ont, tour à tour, mis à l’index des pays comme la Turquie, la Russie, les Emirats arabes unis, la Jordanie, l’Egypte et la Syrie, tandis que la France a été aussi mise sur la sellette pour son jeu trouble et son soutien présumé à l’une des parties au conflit après la découverte de missiles lui appartenant, sur le champ des opérations. En tout état de cause, tant que cette situation perdurera, on peut être pessimiste pour un retour rapide de la paix en Libye, et  plus encore pour le retour à l’ordre constitutionnel normal dans les délais que s’est fixés le  nouveau gouvernement. 

« Le Pays »