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Les plus connus des lecteurs sont Jeune Afrique, Paris Match, Onze mondial, Voici, France Football et les news magazines français (l’Express, le Point, le Nouvel observateur). Plus tard d’autres périodiques comme Afrique Magazine (AM), Bleu Blanc Foot, Planète Jeunes, Planète Enfants, Amina, Entre vue, Santé Magazine, Femme Actuelle, Africa International, le Nouveau Détective ont fait leur apparition dans les kiosques.


Comme des petits pains

D’autres sont encore plus jeunes comme Icône, Thiof, Lifa. Thiof et Lifa, deux magazines de mode produits au Sénégal voisin, connaissent un grand succès aujourd’hui à Bamako. Ils se vendent comme des petits pains et se retrouvent chez les couturiers, stylistes et promoteurs de salons de coiffure.

Par contre les magazines locaux tels Grin-Grin, Nyéleni, Sira, Graine d’espoir, Femme 2000 ont eu du mal à se faire vendre. La presse nationale parviendra-t-elle à s’adapter et occuper la place qui devrait être la sienne ? En tout les cas, elle essaie si on en juge à la prolifération des magazines people, de mode, de tourisme. Des titres comme Coura, Mali Mode, Figure, investissent un marché où ils côtoient des magazines gratuits : Duruni, Suma, Mali Tourisme, Dido, Jigiya Mag.

Si certains parviennent à tirer leur épingle du jeu, le plus grand nombre tire le diable par la queue. A ce propos, le constat général est que la plupart de ces magazines (payants ou gratuits) ne sortent pas régulièrement. Le manque de ressources humaines et financières constitue les deux principaux arguments avancés par les promoteurs des titres pour expliquer cette irrégularité.

Sira est un magazine mensuel créé en 2002 par notre consœur Fatoumata Maïga qui en est, la directrice de publication et la rédactrice en chef. « J’ai créé en 2002 ce magazine pour combler un vide : celui d’un magazine spécialement dédié à la promotion de la femme. C’est pourquoi je lui ai donné le tire de Sira, un mot emprunté à la langue malinké qui peut signifier « femme dévouée« , « chemin« , ou désigner le baobab qui est symbole de puissance et de résistance« , explique notre consœur.

Comme beaucoup d’autres magazines locaux, Sira connaît plusieurs difficultés dont la moindre n’est pas le non respect de la périodicité de la publication. Conçu pour être un mensuel, ce magazine ne publie que sept numéros dans l’année par manque de ressources. « Les ressources du journal sont très limitées. Nous recevons l’aide publique à la presse, mais elle n’est pas suffisante pour assurer la publication mensuelle. Il est vrai qu’aucun journal ne peut vivre de la seule vente du papier. C’est pour cette raison que nous nous battons pour avoir les annonces. Mais le marché de la publicité est très pauvre. On parvient quand même à décrocher quelques contrats de publicités et de publi-reportages« , confie Mme Maïga Fatoumata Maïga.

Véritable parcours du combattant

À la différence de Sira, Mali Tourisme est un magazine semestriel gratuit destiné à la promotion du tourisme et de l’artisanat au Mali. Créé et soutenu par le ministère de l’Artisanat et du Tourisme, ce magazine est imprimé à l’étranger. Ce qui explique sans doute sa qualité exceptionnelle sous nos cieux. « Nous avons fabriqué trois numéros et nous sommes en train de préparer le quatrième qui doit sortir vers la mi-octobre. C’est un magazine gratuit qui est distribué au niveau des compagnies aériennes, des hôtels, des agences de voyage », explique un responsable du titre.

Mali Tourisme a connu aussi sa période de flottement. Après quelques numéros en 2006, date de sa création, le magazine a raté plusieurs parutions à cause, dit-on, d’une incompréhension entre le ministère partenaire et l’agence de communication ayant décroché le contrat de publication.

Et si les responsables du journal sont aujourd’hui décidés à publier un 4è numéro, c’est pour ne pas rater un événement touristique majeur : le Salon international de tourisme (Sitour) que Bamako abritera dans quelques jours.

L’expérience du magazine Dido est encore plus révélatrice des difficultés que rencontrent les magazines pour tenir la distance. Lancé en grande pompe en 2007 par deux femmes, ce mensuel gratuit n’est sorti que 5 fois.

Et la fabrication de chaque numéro peut être assimilé à un véritable parcours du combattant. « Souvent, nos articles deviennent caducs avant la parution du prochain numéro. Ce n’est pas du tout encourageant. L’impossibilité de respecter la périodicité est entièrement liée au manque de ressources. Le magazine est gratuit. Il vit donc principalement des publicités. Or celles-ci ne tombent pas tous les mois. Ce qui fait que le journal ne sort pas régulièrement », explique un responsable de Dido.

Le mensuel gratuit Jigiya Mag tente d’être plus ou moins régulier. Créé en 2007 par le promoteur de l’agence Jigiya Com, Amadou Diarra, ce magazine est pour le moment soutenu par des partenaires financiers. « On essaye de faire décoller le journal avec le concourt des partenaires financiers. Pour le moment on ne se plaint pas assez. Notre objectif est que le magazine puisse se prendre entièrement en charge à partir de 2009. Et si tout se passe comme prévu on va lancer un autre titre« , explique Amadou Diarra.

Pour la famille

Comme souligné plus haut, les magazines étrangers ont le vent en poupe chez nous. Ce constat est confirmé par Mamadou Kida, un revendeur de magazines installé au centre commercial depuis 1993. « Il y a quelques années la vente des magazines en général était très lente. Mais depuis un certain temps, le marché commence à bouger. Maintenant il y a des jours où je peux même vendre 50 magazines étrangers pour seulement 10 ou 15 exemplaires de magazines locaux« , témoigne-t-il.

Mamadou Kida explique la mévente des magazines locaux par le fait qu’ils ne peuvent en rien égaler ceux venant de l’étranger. Aussi bien du point de vue de la qualité de l’impression et que de la richesse du contenu.

L’engouement pour les produits étrangers est manifeste. À peine avions-nous engagé notre entretien avec le revendeur Kida, qu’une cliente du nom de Sira Diawara, se présenta devant son kiosque. Cette étudiante de la faculté de médecine est un fidèle lecteur du magazine Planète Jeunes.

« J’aime Planète jeunes parce que ce magazine aborde l’actualité de la jeunesse africaine. Il traite aussi beaucoup d’autres informations utiles », commente-t-elle. Sira ne lit qu’un seul magazine local intitulé Coura qu’elle emprunte à des amies. La jeune fille pense que les magazines locaux affichent plus de photos qu’ils ne donnent d’informations utiles.

Un autre client confie son intérêt pour les magazines étrangers. « J’achète presque tous les numéros de Planète Jeunes et Planète Enfants pour mes enfants. Lorsqu’ils finissent de les lire, nous commentons ensemble les articles lus. Je pense que c’est très instructif. J’achète également le magazine local Femme 2000 pour ma femme, mais je ne peux rien dire sur ce journal parce que je ne le lis pas« , avoue-t-il.

Victor Weka était venu chercher « Jeune Afrique Économie » chez Kida, mais le numéro qu’il voulait n’était pas disponible. « J’aime Jeune Afrique Économie parce que je travaille dans le domaine de l’économie, dit-il. C’est dommage que je n’ai pas pu avoir ce numéro ici« .

Arouna Bouaré, revendeur de magazines lui aussi, opère dans le créneau depuis 1996. Lui aussi souligne que les magazines étrangers se vendent beaucoup plus que ceux publiés ici. « Je peux passer 2 ou 3 jours sans vendre un seul magazine local. Par contre, je peux écouler 10 à 15 exemplaires de titres étrangers par jour« , confie-t-il.
Le constat est donc implacable : les lecteurs maliens sont plus attirés par les magazines étrangers que par les publications locales. Qu’y faire ?

M. KÉITA

02 Octobre 2008