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La présidentielle ougandaise aura lieu le 14 janvier 2021. Le président sortant, Yoweri Museveni, au pouvoir depuis 1986, affrontera dix candidats de l’opposition. Le plus connu de ces derniers, est l’artiste musicien Bobi Wine. Il faut le dire, tout de suite, cette élection comme d’ailleurs les scrutins précédents, est un gâchis d’argent, une véritable orgie de dépenses électorales dont les Ougandais auraient pu se passer. Car, Museveni remportera haut la main sa chose dès le premier tour. Et le score sera pour sûr, soviétique. Car, un dictateur n’organise pas des élections pour les perdre. On peut même dire qu’il a déjà annoncé la couleur en ordonnant la suspension des réseaux sociaux. Au rythme où vont les choses, la seule possibilité d’alternance en Ouganda ne peut venir que de la nature. Cela dit, Museveni a beau être puissant, il ne doit pas oublier qu’il est avant tout un homme, donc mortel. Museveni donc sera toujours à la tête de l’Ouganda jusqu’à ce que la nature en décide autrement. Là dessus, le doute n’est pas permis. Depuis 1986, date de son avènement au pouvoir, il a travaillé avec méthode pour que les choses se passent ainsi. A cet effet, il a tout verrouillé de l’intérieur. L’opposition n’existe que de nom, ses principaux ténors sont permanemment embastillés et la presse libre est étouffée. Le décor donc de la dictature est là. Pour le parfaire, l’homme a pris le soin d’associer étroitement son clan à la gestion du pouvoir. Aussi, un de ses fils est le patron de l’armée ougandaise et l’épouse du dictateur est à la fois députée et ministre de la République. Dès lors, l’on peut comprendre que Yoweri Museveni considère l’Ouganda comme sa propriété privée. L’on se rappelle, en effet, que lors de l’une de ses sorties, il n’avait pas hésité à filer la métaphore jusqu’au bout en comparant son pays à sa bananeraie personnelle. Le message ne souffre donc d’aucune ambiguïté.

Les Occidentaux sont conscients que Museveni est loin d’être un démocrate

Ce ne sont pas les résultats issus des urnes qui vont exproprier le planteur Museveni de sa bananeraie. Il en sera le propriétaire tant qu’il sera en vie. Et même après lui, l’héritage reviendra à ses ayants droit. De ce point de vue, l’on peut dire que le scrutin de jeudi représente un non-événement. C’est une vaste comédie destinée à amuser la galerie et à la consommation extérieure, notamment les Occidentaux. En réalité, ces derniers sont conscients que Museveni est loin d’être un démocrate. Seulement, celui-ci est l’un de leurs plus sûrs alliés dans la sous-région. Et il le leur rend bien en termes d’avantages géostratégiques. A cela, il faut ajouter le fait que Museveni joue le rôle de stabilisateur en Afrique de l’Est et dans les Grands lacs. Tant qu’il sera dans cette posture, il peut régenter l’Ouganda comme il veut. Aucune voix ne s’élèvera du côté des Occidentaux pour le condamner. Et si par extraordinaire, des voix autorisées occidentales venaient à s’offusquer des dérives de Museveni, l’on peut parier sans grand risque de se tromper, qu’elles seront timides, juste pour se donner bonne conscience. C’est pourquoi les peuples qui ploient aujourd’hui sous la dictature en Afrique, seront mal inspirés de croire que leur salut viendra des chantres occidentaux de la démocratie. Cette triste réalité est connue de tous les satrapes d’Afrique. Et ils l’exploitent à fond pour tenir éternellement leur peuple en laisse. Museveni, en premier, le sait. Et avec lui, tous les autres de son genre qui semblent avoir fait de l’Afrique de l’Est et des Grands lacs, leur paradis.

« Le Pays »